Genre : Rock alternatif UK
Note : ****
Alors que le charme de son magnifique premier album éponyme se dissipe à peine, l’irlandais Perry Blake revient sans tambour ni trompette. Mais c’est tout un grand orchestre qui aurait aussi bien pu annoncer le retour triomphateur de l’enfant prodigue. Comme l’étoile du Berger, Still Life brille dans le firmament des disques touchés par la grâce. En treize morceaux à la mélancolie à fleur de peau, le minuscule crooner délivre des hymnes chaleureux pour soirées solitaires. Enivrantes, lumineuses, toutes de classe vêtue, ses nouvelles aventures musicales sont d’ores et déjà des classiques. Dans la parfaite continuité de son prédécesseur, Perry Blake développe des mélodies célestes autour de thématiques contemporaines comme... l’usage du préservatif (No Lullabies), les rapports conflictuels entre les communautés irlandaises (War In France, où la voix de Françoise Hardy est l’apanage de la discrétion). Entouré de Glenn le bassiste et de l’ex-batteur de Japan Steve Jansen, Perry envoûte avec le tube programmé Sandriam. Le coeur touché en pleine cible par la magie de l’espiègle lutin, on se laisse prendre aux envolées lyriques de Give Me Back My Childhood et du lancinant If I Let You In. Sombre et passionné, Perry Blake est définitivement le plus bel héritier de Nick Drake et Scott Walker.
Jean-Noël Dastugue dans magic! n°36 de décembre 1999
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Avec un second album aussi souvent imposteur qu'imposant, on commence à y voir plus clair dans le Blake. Entre coup de génie et moment plaisant, Perry Blake, premier album éponyme, fut salué comme la découverte maniaco-dépressive la plus talentueuse de ce côté-ci de Jay-Jay Johanson. Etiqueté crooner trip-hop comme on élit une boîte de petits pois, l'Irlandais fut qualifié soit de pur génie, soit d'habile escroc. Très vite, on sut (ou crut savoir) tout de lui : enfant de vieux, méticuleux jusqu'à l'obsession, introverti mais déterminé, Blake revendiquait de secrètes amours (Kate Bush) et tentait maladroitement de briser le carcan de poète maudit dans lequel ses obsessions l'enfermaient : "Je ne souscris pas au mythe de l'artiste torturé. J'aime picoler, j'aime la vie, quand la musique m'en laisse le temps c'est-à-dire jamais." Vaguement irrité par cet inconnu surgi d'on ne sait où, dubitatif face à un musicien mûri sous l'arc électrique tamisé des oeuvres complètes de Scott Walker, mais emperlé d'émotion par le fondamental The Hunchback of San Francisco, on attendait pour voir. Avec ce second disque, on voit. On voit que le changement de label, la mise en place autour de Blake d'une structure plus stable (même si Graham Murphy n'est plus l'unique alter ego du compositeur), le retour planifié vers l'Irlande natale n'ont en rien affecté les options prédominantes des enregistrements précédents. Comme si le presbytère n'avait rien perdu de son charme, cette Nature morte affine tout au plus le parfum délétère de chrysanthèmes qui nimbait déjà les premières chansons. Entouré d'une brigade internationale discrète, Blake capte ce réel qu'on ne prend plus la peine d'apercevoir, reporter photographe de l'humble et de l'anecdotique. On ne pénètre pas l'oeuvre de Perry Blake. On peut, tout au plus, la mettre momentanément en adéquation avec les madeleines de Proust que sont ces instants où l'on cesse de respirer, où on se dit adieu, où on se quitte. Et, parfois, c'est une pureté gracile, quasiment enfantine, qui nous est offerte : dans ces instants en apesanteur, le chant, gravé avec la perfection maniaque usuelle, offre tant de fragilité et de dénuement qu'on en revient bouleversé. War in France, chanson discrète, enregistrée en un duo lunaire en compagnie d'une Françoise Hardy pour une fois utilisée non pas comme une icône mais bien comme l'empreinte d'un chant rêvé, a l'exacte texture des plaines de la Somme, désormais emperlées de cimetières militaires, entre boucherie névrotique et champs de betterave. Et cela constituera le passable résumé de l'un des Perry Blake que le chanteur nous laisse à entendre. Les autres, tous les autres (le grelottant, le timide, le rêveur), à chacun de les découvrir à sa convenance.
Christian Larrède dans Les Inrockuptibles n°226 du 19 janvier 2000
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Découvert il y a deux ans grâce à un très bon premier album (sans titre), Perry Blake passe ici de manière remarquable le cap, pourtant réputé piégeux, du deuxième album. Sans changer d’orientations musicales par rapport à ses premières compositions, chansons calmes faisant la part belle à sa voix érigée en instrument véritable, Blake gagne toutefois en maturité, sa voix de crooner irlandais atteignant des sommets, ceux jadis tutoyés par Scott Walker, ni plus, ni moins. Servi par une production sobre mettant en valeur son chant qui a perdu en lyrisme et en emphase par rapport à “Perry Blake”, l’artiste, plus qu’il ne se livre, exprime ces tourments propres à l’homme, l’amour et ses désillusions (cf “Bury Me” qui s’envole littéralement). Les arrangements sont efficaces et discrets : quelques boucles, du piano furtif, des violons enrobent ses mots bleus et parfois une guitare, bien seule sur “Wiseman’s Blues”, plainte finale toute chargée d’adieux. La beauté qui émane de ces chansons fait peur, elle reste intense après que le disque a cessé de tourner. Les ombres de Nick Drake (période “Pink Moon”) et de Tim Buckley (entre “Happy Sad” et “Lorca”) visitent ces treize morceaux habités par la grâce et une écriture en apesanteur, hors du temps et des modes. Seule ombre à ce tableau, la participation de Françoise Hardy (“War In France”) reste pâle face au talent, immense, de Perry Blake. Durtal des temps modernes, l’homme avait enregistré son premier album dans une église, il bâtit ici une cathédrale avec cette série de natures mortes, souffles de vie somptueux au milieu de la peste émotionnelle de l’époque.
Florent Mazzoleni dans Rock & Folk n°389 de janvier 2000
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