Genre : Reggae Jamaica
Note : **
Dur. Avec son agressivité naturelle et ses attitudes intraitables, tranchantes, Peter Tosh est parvenu à élever le reggae au degré infiniment regrettable d’une discipline de combat. «Mystic Man» est son quatrième album et d’entrée le Bush Doctor annonce qu’il ne prend ni morphine ni héroïne pas plus qu’il ne mange frankfurters ou hamburgers. La mélodie serait assez indigente s’il n’y avait le joli tricot du clavier de Keith Sterling qui assez curieusement pour du reggae est l’homme de ce disque, ou tout au moins l’élément séduisant. Mais là n’est pas notre propos, je veux dire, tout ce trip mystique est plutôt bénéfique quand il ne débouche pas sur l’intolérance et une aridité créative déjà aggravée par le fait que tous les disques de Tosh comme l’écrasante majorité des disques de reggae récite, au mot près, la même litanie. Personnellement je n’ai rien contre le rabâchage lorsqu’il concerne et met en scène un désir extraordinairement fort, une foi aussi vigoureuse, encore faut-il pouvoir lui insuffler un certain lyrisme. Il n’y a pour l’instant qu’une seule personne ayant réussi à faire passer ses illuminations, à en imposer la grâce et la bouleversante sensibilité et c’est Bob Marley. Et on prend très vite conscience de ce qui sépare les deux hommes, du gouffre qui les éloigne, car Marley est un poète et Tosh ne l’est pas. Tosh est un guerrier, un militant qui sait effectivement faire rimer «frankfurter» avec «hamburger». Ce qui me gêne le plus c’est que «Mystic Man» ne comporte que des chants belliqueux, ce qui n’est pas grave en soi, comme «Soldiers», «Fight On», «Rumours Of War», mais pas une seule chanson d’amour. Pas le moindre émoi, pas le plus petit attendrissement, pas un soupçon de sensualité. Non «Mystic Man» est dur, la musique est dure, Tosh est dur. La seule mélodie buvable s’appelle «The Day The Dollar Die», la muse de Tosh s’enfièvre, s’illumine par instant et ça nous donne une prophétie d’ordre monétaire. Cet album est imperturbable, impitoyable. Pas froid non, c’est assez difficile quand il s’agit de reggae et Tosh est tout de même un grand chanteur avec une voix profonde et ardente. Il y a aussi des choeurs, le seul élément féminin du disque mais qui n’ont pas le côté soulful des I Threes. Et puis la musique n’est pas négligeable. Tosh parvient même à s’étendre sur un truc genre reggae-disco, «Buck In Hamm Palace», un jeu de mot comme il les apprécie, et c’est loin d’être tarte, assez dansant et c’est la preuve que le reggae est une musique vivante puiqu’il évolue et que Tosh en est un des artisans. Le reste est du niveau du dernier Gainsbourg. Et moi je préfère Dennis Brown.
Francis Dordor dans BEST n°132 de juillet 1979
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Le deuxième album de Winston Hubert McIntosh pour Rolling Stones Records. En 1979, après avoir tourné avec les Stones aux Amériques, Tosh, inventeur du metal-reggae, commence à flipper sévère, jusqu’à la brouille terminale avec Keith Richards. “Mystic Man”, souple, cuivré - on y retrouve un certain “Blue” Lou Marini, pilier Stax et futur Blues Brother - et traversé de quelques fulgurances, sans être un énorme album comme “Equal Rights” deux ans plus tôt, devrait satisfaire à la fois les amateurs reggae et les rockers. Peter Tosh, ici dans ses studios fétiches de Dynamic Sounds où les Stones étaient allé enregistrer “Goat’s Head Soup”, entouré de l’inévitable paire Dunbar/Shakespeare, délivre une sorte d’internationale du reggae moderne.
rubrique rééditions dans Rock & Folk n°345 de mai 1996
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