Pinback : Summer In Abaddon (2004) (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 14:00

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Pinback :   Summer In Abaddon (2004)

Genre  :  Rock alternatif UK
Note :  ****


Le souvenir, vieux de trois ans, mais toujours cuisant d'une interview en forme de désastre l'atteste : Pinback était jusqu'à présent un groupe musicalement très au-dessus de la moyenne, mais dont les deux membres, Zach Smith et Rob Crow, semblaient vouloir jalousement préserver les secrets. Comme si, assis sur leurs coffres à trésor remplis de chansons, ils conservaient quelques réticences à les faire partager de manière trop aisée au public. Grande nouvelle ! Sans rien abandonner de son mystère, le duo s'est enfin débarrassé des quelques résidus d'autisme qui pouvaient nuire à la clarté, désormais éblouissante, de son propos. Ce troisième album, tout aussi inspiré mais plus relâché que ses prédécesseurs, est par conséquent de loin le plus abouti, le plus épanoui et le plus ouvert que Smith et Crow nous aient donné à entendre. Un peu à la manière de The Sea And The Cake, Pinback a digéré depuis longtemps toutes les facettes du post-rock, des grands ancêtres Eno ou Can en tête, jusqu'aux développements chicagoans plus récents, pour mieux accoucher d'une musique à la fois complexe et totalement évidente. Summer In Abaddon est une œuvre à fragmentation ou les images les plus personnelles émergent de manière fugitive avant de se disperser au fil des circonvolutions rythmiques. Poussées au train par des harmonies vocales plus toniques qu'autrefois, et par des mélodies toujours aussi subtiles qu'efficaces, ces chansons aériennes prennent leur envol bien avant d'arriver en bout de piste et ne s'écrasent jamais. Une merveille.

Matthieu Grunfeld dans magic, n°84 d'octobret 2004
© 2004 magic. Tous droits réservés.

Tous ceux qui se sont laissé un jour happer par la beauté magnétique de Pinback possèdent une longueur d’avance sur le reste de l’humanité. Depuis 1998, le duo formé par deux anciens bétonneurs échappés du hardcore américain, Rob Crow et Armistead Burwell Smith IV, creuse le sillon d’une musique semblable à aucune autre, construite avec une précision d’architecte sur les brisées de la pop la plus instruite.
Leurs chansons ressemblent ainsi à des bâtisses sans âge, plantées au milieu d’une flore étrange irriguée lentement par des courants chauds/froids venus de la West Coast comme du Rhin, quelque part entre Steely Dan et Can (Steely Can ?). Leur chant bicéphale laisse échapper une douceur inquiétante, à la fois solaire et brumeuse, qui pétrit comme de la pâte à modeler des mélodies hantées, distantes et pourtant chaleureuses, dont le passage à répétition laisse des traces souvent indélébiles.
Summer in Abaddon est seulement leur troisième album, il succède à un mini-lp (Offcell) passé totalement inaperçu l’an dernier, reprenant le fil d’un dialogue intime tissé depuis les premières notes du splendide Pinback inaugural, reproduisant toujours cette sensation magique des premières découvertes. Pinback, à l’instar de quelques autres formations discrètes comme Low ou feu Galaxie 500, n’a pas besoin d’user d’effets tapageurs pour captiver l’attention.
L’allure virginale de ses chansons suffit à couper le souffle, leurs constructions minutieuses, mathématiques, diaboliques (écoutez en priorité le bien nommé Fortress), entraînent vers autant de labyrinthes que de clairières ensoleillées, abandonnent en route comme des traînées poudreuses qui enrubannent les sens un par un, provoquant autant de montées euphoriques que de plongées mélancoliques.

Christophe Conte dans Les Inrockuptibles du 10 novembre 2004
© 2004 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.

Virus pervers, les arpèges de Pinback s’encrent dans votre système nerveux pour ne s’y déloger qu’après y avoir bien fait le ménage. Toujours très loin devant le peloton.
En l’espace de deux albums et une poignée de E-Ps, Pinback est parvenu à créer un univers à part dans le carcan pourtant segmenté du rock à guitare. Devenus l’un des secrets les mieux gardés du rock alternatif US, mais aussi l’un de ses représentants les plus dignes d’intérêt, Rob Crow et Armistead B. Smith IV (Zach pour les intimes) ont su capter l’attention avec une formule pour le moins archi-ressassée : basse, guitare, batterie. Pourtant Pinback parvient à tirer son épingle du jeu : l’originalité du duo résidant à travers l’usage de boucles d’arpèges sémantiques. Tout comme Death Cab for Cutie et Built to Spill, Pinback, entretient le goût pour les progressions d’accords axés essentiellement sur les quatre cordes graves de la guitare. Autre bon point : là où la plupart des groupes dit de rock à guitare électrique usent d’une distorsion plus que de raison, le parti pris d’utiliser un son clair et sans artifice fut sans doute la meilleure option optée par les Californiens.
Les deux E-Ps parus l’année dernière démontraient une réelle volonté d’utiliser des sonorités nouvelles - notamment avec des claviers plus présents qu’à l’accoutumée - tout en gardant leur style si spécifique. Malgré cela, les compositions péchaient par un manque de profondeur, et se révélaient au final moins percutantes que par le passé.
A l’écoute de Summer In Abaddon (troisième album et premier pour Touch & Go), on comprend vite que le duo de San Diego a choisi de revenir vers la quintessence de son art : des progressions solides qui s’imbriquent les unes aux autres avec un soupçon de mélancolie désincarnée. Nos amis pourraient bien évidemment virer electro ou s’encombrer d’un orchestre symphonique, ils ont préféré sculpter la matière déjà en place, peaufinée sur les épisodes précédents. Et le résultat parle, Zach et Rob Crow créent une musique assez originale pour se suffire à elle-même, du moins pour le moment.
Enregistré dans leur propre local courant 2003, la paire égrène dans ses compositions une mélancolie aussi froide et tranchante qu’une arme blanche. Cette façon de gratter les cordes de guitares, guidé par une rythmique rampante, rappelle les mouvements d’un insecte terrien, une bestiole imprévisible (“Sender”).
Pinback a peut-être perdu de son radicalisme des débuts, ils ont par contre gagné en concision. L’ensemble, plus lent, est moins désespéré mais reste définitivement poignant. “Syracuse”, ballade dominée par des claviers, démontre toujours un sens inédit de la mise en scène dramatique, prenant souvent à contre-pied l’auditeur sur des thèmes mélodiques qui semblent continuellement se reconstruire. On hésite même à parler de rock tant ses chansons à l’essence pop, privilégient l’intensité mélodique à l’urgence rock. On a pourtant bien affaire à un groupe électrique. C’est peut-être cette confusion qui fait tout l’intérêt de Pinback.
Toujours porté par des textes à l’humour morbide comme l’indique le titre, (Summer In Abaddon, traduire : « un été en Abaddon »), Abaddon est le nom de l’un des anges exterminateurs de l’apocalypse. Pas de quoi se la dorer au soleil, plutôt en enfer même. Délicieux brasier.

Paul-Ramone sur pinkushion - 19 octobre 2004
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Le temps de deux albums et d'une poignée d'E-Ps, Pinback a été le meilleur groupe inconnu au monde. Rock sans être rock, pop sans être pop, esprit décalé, mélodies maniant l'art perpétuel du contre-pied, Pinback avait tout ça en bagage pour leurs deux premiers opus. This Is a Pinback CD et Blue Screen Life offrent toujours à la 4000ème écoute leurs lots de surprises du type "Wow ce changement de mélodie, la classe" ou "Ah ouais tiens j'avais jamais noté cette nuance à la 37ème seconde de Talby". Ce genre de choses. Les mélodies des deux premiers albums survivront à la prochaîne guerre nucléaire sans aucun doute... ce qui, évidemment vous avez noté l'emploi de l'imparfait, ne sera pas vraiment le cas de Summer in Abaddon.
La force de Pinback, ces mélodies imbriquées comme des poupées russes, s'ouvrant et se fermant pour en entrevoir d'autres, ce charme des chansons parfois aériennes avec ces harmonies vocales évoluant sur du piano, une basse, une batterie cheap ou une boîte à rythme laissent place nette désormais à d'autres beaucoup plus quelconques (Bloods on Fire, transparente, Soaked, pire chanson jamais écrite par le groupe, AFK et ses effets de voix ridicules). Ça reste du Pinback mais avec ce petit plus en moins, ce petit plus qui commençait déjà à disparaître sur leur Offcell E-P. Toutefois le fan hardcore de Pinback ne trouvera sans doute rien à redire sur le titre d'ouverture ou sur Sender, titre très délicat, réminescence de Blue Screen Life.
Pour ce fan là, ce troisième album marquera une étape décisive dans la carrière du groupe : à la croisée des chemins, sorti sur un label majeur, Summer in Abaddon a de quoi laisser perplexe, signe que le groupe évolue peu à peu, lentement, mais vers quelque chose loin d'être satisfaisant, la faute sans doute à des premiers albums "trop" réussis et qui furent en 1998 et 2001 en tête de nos tops 10 virtuels. 2004 sera donc l'année de la petite déception pinbackienne.

Arnaud G. pour millefeuille.fr le 17 octobre 2004
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