Pinback : Blue Screen Life (2001) (*** 20 albums pour l'île déserte ***) posté le mercredi 03 mai 2006 10:02

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  *****


Pourquoi les meilleurs groupes du monde ne sont-ils pas ceux qui le méritent ? À l’heure où il est de bon ton de s’extasier sur ceux dont tout le monde parle (n’en déplaise à certains), le second album de Pinback arrive dans les bacs. On n’essaiera même pas de lui trouver une place sur le podium, là n’est pas la question. Les heureux possesseurs du premier opus, sorti il y a presque deux ans et passé (quasi) inaperçu, seront sûrement d’accord : Pinback peut postuler à mieux que des médailles. Blue Screen Life marque donc le retour aux affaires du duo surdoué, constitué de Rob Crow et Armistead Burwell Smith IV, pour le plus grand plaisir des amateurs de petites douceurs musicales. Mélodiques et mélancoliques étaient les adjectifs qui qualifiaient le mieux leurs précédentes chansons. La recette n’a pas changé d’un iota : rois de la chorégraphie vocale, nos deux compères excellent dans l’art de mélanger les harmonies vocales sur des mélodies envoûtantes (Tres, West). Quand Victor Hugo a écrit que “la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste”, il était loin d’imaginer qu’un jour la formule s’appliquerait si bien à la musique de Pinback. Impossible de ne pas penser à Elliott Smith, tellement l’univers musical est parfois proche (Bbtone). Et quand la rythmique s’emballe (la basse sautillante sur Penelope, l’intro de Seville), ce sont les Papas Fritas qui nous reviennent en mémoire. Pinback est unique et les comparaisons restent anecdotiques. L’automne ne sera pas triste, il sera mélodique et mélancolique.

Stéphane Gagnondans magic! n°55 d'Octobre 2001
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Secret scandaleusement gardé par l’underground US, Pinback offre cette semaine en France son rock magique et sensible.

Un site Internet mutique ; une bio où Rob Crow, moitié pensante du groupe, déclare tout de go et en substance “Les bios sont stupides” ; le même qui répond (?) aux interviews le regard vissé sur son ordinateur portable tandis que son binôme, l’invisible Armistead Burwell Smith IV, se fait porter pâle...
En véritables slackers, les deux Pinback sont à classer dans la catégorie autiste, pas du tout disposés à philosopher sur leur musique, incapables de traduire en paroles les actes qui les ont conduits de la frange bruitiste du rock américain à son versant le plus fuligineux. “C’est venu comme ça... “, se bornent-ils à répéter, comme si le fait d’enregistrer un premier album du calibre de This Is A Pinback CD — chef-d’oeuvre négligé de 1999 — relevait du hasard ou du tour de passe-passe. C’est pourtant bien de magie qu’il s’agit ici, celle qui opère chaque fois que s’égrènent les aigrelets accords de guitares, les minces mélodies caractérisant cette pop répétitive et envoûtante, presque chamanique dans l’effet hypnotique qu’elle produit. A défaut d’un éclairage intérieur, force est d’aborder Blue Screen Life (sous-titré This Is Another Pinback CD) de la même façon que son prédécesseur : les bras ballants et la tête pleine de vide. Inutile de chercher des références, sinon à convoquer sans trop y croire les Feelies pour la mécanique d’ensemble, les Young Marble Giants pour la basse métallique ou les Talking Heads pour le groove froid et robotique. Rétive aux étiquettes, cette musique agit d’abord par le mystère qu’elle crée ; dénuée de racines, elle n’entretient aucune relation avec les idiomes traditionnels anglo-saxons ; schématique, systématique, elle obéit à une logique presque implacable. A la base, on trouve toujours une boucle de percussions, autour de laquelle s’enroulent des guitares en ligne claire, des claviers improbables, des voix cotonneuses, des choeurs vaporeux, créant un univers nébuleux où chaque chanson semble s’entremêler à la suivante, jusqu’à n’en faire plus qu’une. Etrangement, l’envoûtement naît ici d’une pernicieuse monotonie, comme si, à force de ressasser, Pinback finissait par trouver la faille par laquelle sa musique s’engouffre, puis irrigue complètement celui qui prend la peine de l’écouter. Il y a quelque chose de profondément original chez Pinback, l’idée d’une forme sonore qui s’invente en permanence, au flux inouï d’une imagination mélodique débordante. Ainsi, au détour d’un disque monolithique, on trouve par exemple une espèce de reggae livide (XIY), chaloupé par défaut et comme dépourvu de chair, ou encore une relecture ascétique des Saintes Ecritures sixties, le très Beach Boys Tres, sans doute le seul moment du disque où Pinback se découvre un tantinet, laissant entrevoir une âme sous le contour opaque de sa musique. Tout le mystère — et donc le talent — de Pinback réside d’ailleurs là, dans cette volonté presque bornée de laisser l’auditeur à poil sur le seuil de ses disques, sans la moindre clé pour y pénétrer, avec juste la possibilité de regarder par le trou de la serrure. Ce qu’il y découvre, à force de voyeurisme, dépasse de loin le cadre étriqué de la pop formatée, pour entrer de plein-pied dans le domaine de l’indicible. On comprend mieux, dès lors, pourquoi sa musique laisse Pinback muet. 

Gilles Dupuy dans Les Inrockuptibles n°315 du 27 novembre 2001
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