Genre : Rock alternatif USA
Note : ****
C’était en 1996. Sur la pointe des pieds, Jim Putnam s’imposa dans notre chambre, avec ses morceaux calmes entendus cent fois — de Neil Young à Galaxie 500 —, mais toujours aussi magiques. Remis des expériences au sein de Medecine et autres Maids Of Gravity, il venait de sortir sous le nom désorienté des Radar Bros, un disque OVNI. Trois ans ont passé, et revoilà Jim et ses partenaires lymphatiques avec un nouvel album, aussi énergique qu’un Lp de Low ou des Red House Painters. Mais, cette fois-ci, Putnam a placé la barre très haute. Si les morceaux possèdent toujours ce sens de l’espace et de la retenue, ils sont transcendés ceffe fois par des harmonies vocales magnifiques, non sans rapport au Pink Floyd de la grande époque (Shifty Lies), et par une variété d’arrangements adéquats, ici grâce à un piano (All The Ghosts), là, grâce à des cordes mémorables. Et si vous aimez la mélancolie des espaces désertiques de Calexico, alors, vous apprécierez la majesté de Find The Hour. Vous l’avez compris, The Singing Hatchet est un album qu’on ne bouscule pas.
Philippe Morrison dans magic! n°33 de septembre 1999
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Radar Bros invente la fusion de Pink Floyd et Neil Young et accouche de chansons élégiaques. Visite en planeur.
Bizarre, comme il intimide, ce deuxième album des Radar Bros — le troisième en fait, si l’on compte un fondamental premier E-P. Etrange, comme il laisse impuissant devant la page blanche — peu de choses à dire, peur de mal les dire, quand elles n’ont pas déjà été dites. Résumons : Radar Bros, c’est le groupe de Jim Putnam, peintre raté, aérophobe avéré et songwriter négligé, laissé-pour-compte d’une vague néo-country mourante, faire-valoir d’autres Will Oldham, Jim Callahan ou Josh Haden dans l’ombre étroite desquels il se tient timidement depuis trois ans, le laps de temps interminable qu’il lui a fallu pour écrire et enregistrer The Singing Hatchet. Exactement le disque qu’on attendait de lui — lui, l’alchimiste des genres, seul musicien connu à avoir réussi l’alliage de la country et du rock progressif, le seul à faire planer Nashville et ses cowboys obtus. Les Radar Bros, c’est un peu comme si Neil Young jouait avec le Pink Floyd louche et atmosphérique de Meddle : une alliance hybride, contre nature, accouchant de chansons célestes, ailées et élégiaques. Sur The Singing Hatchet, il y a de la batterie, de la basse et de la guitare, ni moins et à peine plus. De cette trame classique, dramatiquement basique, Jim Putnam se sert comme d’une piste d’envol pour sa voix de chérubin, qui tire vers le haut des mélodies cotonneuses, plus légères que l’air, flottant par-dessus l’instrumentation, des refrains désincarnés, désossés, comme gonflés à l’hélium puis lâchés aux quatre vents. La basse et la batterie ont beau jouer comme un coeur qui bat, marteler des tempos lourds et monotones, c’est encore et toujours le cristal de cette voix unique qui arrache le disque à la glèbe, à peine piquetée de quelques gouttes de piano (Tar The Roof, Gas Station Downs), soulignée de minces traits d’orgue (Find The Hour), de nappes de synthés clouées à la surface de mélodies vaguement narcotiques, franchement ailleurs (You’re On An Island). On évoquait naguère un jacuzzi à la soude caustique, pour parler de cette musique aux bienfaits trompeurs, faussement émolliente. C’est qu’il y a quelque chose de sous-tendu chez les frères Radar, un drame familial, intime et refoulé, qui n’en finit plus de couver pour ne jamais éclater — le calme qui précède les grandes tempêtes. Et c’est parce qu’il impose patience et attention que ce prog-folk éthéré fonctionne, parce qu’il tient tous les sens en éveil, parce qu’il fait redouter le pire, et que le pire est ici l’ami du bien. Voilà pourquoi il intimide tant, le deuxième album des Radar Bros, parce qu’il porte la marque des grands disques malades, ceux qui forcent le respect en même temps que la gêne et la compassion. Ceux qui fascinent, par-delà la conscience et l’entendement.
Gilles Dupuy dans Les Inrockuptibles n°215 du 6 octobre 1999
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Le premier album des Radar Bros n’ayant été que peu divulgué en France (fort heureusement importé en 1996 par Pias), on peut penser que beaucoup découvriront le groupe de Jim Putnam avec cet étonnant “Singing Hatchet”, second album toujours pas énervé mais suffisamment inspiré pour qu’on l’extirpe avec enthousiasme du lot habituel des productions néo-country américaines. Souvent comparés au Will Oldham de Palace et consorts en raison d’un même goût immodéré pour les ballades crépusculaires, les Radar Bros affichent un sens surréaliste (ce titre, la hachette qui chante...) et des aspirations harmoniques qui ont tôt fait d’annihiler les comparaisons avec l’auteur de “Arise, Therefore”. En fait, dans ses meilleurs moments (disons le majestueux “Shifty Lies” ou le gracieux “Find The Hour”), “The Singing Hatchet” tendrait surtout à évoquer la beauté fragile et éthérée de quelques-unes des pépites récoltées par le Neil Young d’“After The Gold Rush”. Les compositions de Jim Putnam sont irréprochables et semblent toutes relever de cette même sève à la fois rurale, apaisée et pourtant toujours sous-tendue par une sorte de menace indéfinissable. C’est d’elle, sans doute, qu’émanent la beauté grave de “All The Ghosts” et “Tar The Roofs” ou cette fantastique variation de tempo à faire tourner la tête sur “You’re On An Island” (sommet d’onirisme du disque). Cette succession de chansons lentes relativement tristes pourrait se révéler usante sur la durée mais “The Singing Hatchet” donne à écouter l’une des plus remarquables collections de ballades néo-country entendues depuis Spain. Une affaire sérieuse, donc.
Cédric Rassat dans Rock & Folk n°386 d'octobre 1999
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