Ron Sexsmith : Retriever (2004) (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 09:10

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Genre  :  Pop Rock & Folk USA
Note :  ***


À force de constance et d'excellence, Ronald Eldon Sexsmith, découvert un jour béni de 1995 à l'écoute de son extraordinaire deuxième album (l'éponyme Ron Sexsmith, considéré par d'aucuns comme son premier Lp officiel), figure sans conteste parmi les deux ou trois songwriters les plus importants de ces dernières années. Pourtant, est-ce son visage joufflu d'éternel poupin qu'on n'ose prendre véritablement au sérieux ou l'anonymat public dans lequel il enrichit, à intervalles réguliers, une discographie ô combien exemplaire qui expliquerait, à défaut de la justifier, une malédiction légendaire ? D'ailleurs, en appendice de son septième album (depuis 1991), le Canadien quadragénaire, publié sur le tard après avoir longtemps exercé le métier de coursier, rend hommage à l'un des rares songwriters qui pouvait réellement rivaliser avec lui : Elliott Smith, tragiquement disparu en octobre dernier dans les circonstances que vous savez. "Pour quelques titres, je suis enfin arrivé à composer un vrai refrain !", concède-t-il dans une note explicative, avec l'affabilité qu'on lui connaît. Peut-être faisait-il prioritairement allusion à From Now On, titre visionnaire s'il en est. Car cette chanson est le premier tube potentiel de la carrière de Sexsmith, qui peut lui permettre de dépasser le soutien inconditionnel de ses pairs (de Chris Martin, la voix de Coldplay, à Elvis Costello, en passant par le fidèle Mitchell Froom ou son compatriote Daniel Lanois, qui signe là les portraits de la pochette). D'ailleurs, ce disque bénéficie, plus que du renfort de la section rythmique de Travis sur quelques titres, de la présence d'un invité de marque en la personne de son frère d'âme Ed Harcourt, autre génie adulé par la critique, qui signe des parties de piano à faire pâlir de jalousie bien des apprentis-musiciens. Ainsi, sur Imaginary Friends, l'imparable From Now On ou la bien nommée Happiness, l'Anglais rivalise d'inventivité et d'élégance. Au point que des lignes de fuite se dessinent aisément entre les disques de l'un et de l'autre. Dans un registre moins euphorique, Dandelion Wine, chantée d'une voix à la franchise bouleversante, fait mouche. Tout comme For The Driver, où les intonations faussement plaintives ne doivent masquer ni le propos ni le dénuement formel. Mais c'est sûrement la onzième plage du disque, How On Earth, qui force le plus l'admiration et suscite un enthousiasme quasi béat. Ici, tout l'art de Ron Sexsmith, qui reconnaît d'ailleurs qu'il s'agit là d'une de ses chansons les plus romantiques jamais écrites, est résumé en quatre minutes et neuf secondes : composition limpide, voix chaude, romantisme échevelé et arrangements ourlés se marient comme dans un rêve éveillé. "Dreams come true in heaven", chante-t-il fort à propos. Comme si ce compatriote de Leonard Cohen ignorait tout de son extraordinaire pouvoir d'évocation. Puisse le ciel ne jamais lui tomber sur la tête.

Franck Vergeade dans magic, n°81 de juin 2004
© 2004 magic. Tous droits réservés.

Qu’il semble déjà loin – presque dix ans – le temps où Ron Sexsmith semblait incarner l’assurance d’une relève pour les songwriters canadiens vieillissants, Neil Young et Leonard Cohen, ou pour certains de ses laudateurs les plus enthousiastes, Paul McCartney et Elvis Costello. C’était à l’époque d’un second album éponyme, le premier à imposer une vraie stature internationale à ce jeune contribuable de Toronto, joufflu comme une brioche, dont l’ourlet de voix n’avait d’égal que la délicatesse chambrée de son écriture. Quelques (grands et moins grands) albums plus tard, alors que la routine semblait installée dans le couple que cette musique oblige à former avec l’auditeur, on tend machinalement l’oreille à Retriever dans l’espoir de retrouver les frissons des premières fois. Et ça marche ! Ce que Blue Boy et Cobblestone Runway, les deux précédents albums – ses premiers sans l’apport tactile de Mitchell Froom –, avaient généré de frustrations, celui-ci les balaye d’un revers de manche de guitare câline, de mélodies au souffle retrouvé.
Marchant à rebours sur les traces indélébiles de Other Songs (1997) et Whereabouts (1999), Sexsmith ne ronronne plus sur ses lauriers mais il s’emploie à en reverdir les branches, retrouvant une sève qui avait peut-être tari en chemin. Plus beatlesien dans l’âme que jamais, le revoilà flirtant avec l’orthodoxie pop sixties sans pour autant risquer le torticolis, sur des chansons pétant la santé vues du dehors mais toujours aussi plaintives en dedans. On retient d’emblée les minitubes en puissance que sont Not about to Lose, ses cordes et carillons en chute du Niagara (région d’origine de Sexsmith), ou les très carrés From Now on et Wishing Wells. Plus tard, la nuit aidant, on tombera sous le charme amer des ballades piano ou guitare/voix de velours froissé comme Tomorrow in Her Eyes. Enfin, Ron n’a pas oublié les amateurs de frotti-frotta sensuels et il s’offre avec le prodigieux Whatever It Takes son véritable premier morceau Philly sound, dont Billy Paul ou Teddy Pendergrass n’auraient pas refusé les chatoyantes avances. Ce disque, qui se termine par un émouvant I Know It Well – qui aurait une sacrée gueule sur le nouveau Morrissey –, est dédié à la mémoire de Johnny Cash et Elliott Smith. Dormez tranquille, les gars, Ron assure (toujours) la relève. 

Christophe Conte dans Les inrockuptibles du 12 mai 2004
© 2004 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.

Ron Sexsmith..., quel nom génial tout de même, rien que le fait de le prononcer à haute voix, cela sonne tout de suite légendaire ! Étonnament, voilà le genre d’artiste dont on attend impatiemment chaque sortie d’album mais que l’on omet toujours cruellement de citer parmi nos albums préférés de l’année. Allez savoir pourquoi.
Et pourtant, depuis près de dix ans, le canadien pond avec une régularité confondante des albums de pop à l’excellence rare et dont la critique salue tout aussi ponctuellement le génie. Depuis son second album, Ron Sexsmith en 1995, ce grand bonhomme à l’éternelle allure d’adolescent mal dans sa peau, empile des compositions mêlant la finesse mélodique d’un Costello et l’élégance folk d’un Tim Hardin. Un pur régal pour les amateurs de pop exigeante.
En vérité, Ron Sexsmith fait partie des meubles. Pour les inconditionnels, sa place dans la pop musique est tellement évidente qu’on en oublie presque sa présence : un peu comme lorsqu’on évoque ses plats préférés et qu’on ne mentionne pas les bons petits plats de grand-maman. Cette cuisine-là nous est tellement familière... Mais depuis qu’Elliott Smith nous a quitté, il faut avouer que des songwriters de cette trempe ne courent pas les rues, aussi notre besoin d’affection s’accentue : on prend un peu plus conscience de l’importance de cette race singulière de musicien troubadour, amoureux d’une prose musicale très riche et dénué d’ambition "vénale".
En 2002, son cinquième disque Cobblestone Runaway renouait avec la fragilité de Whereabouts (1999), après un Blueboy (2001) produit par Steve Earle qui nous présentait Sexsmith s’essayant à un son plus rêche et électrique. Cette fois, notre songwriter renoue sa collaboration avec Martin Terefe, le producteur de son album précédent, et s’est adjoint les services de quelques guest-stars de haute-volée : le prodige Ed Harcourt a confectionné la plupart des parties de piano et la base rythmique des multi-platines Travis est venue consolider quelques nouveaux titres également.
Mais le grand changement sur ce sixième album, c’est surtout le songwriting du maître. Là où l’on s’attendait à un nouvel album dans la digne lignée de ses prédécesseurs, Sexsmith vient de surélever prodigieusement son art. « Je suis enfin arrivé à composer un vrai refrain », s’exclame-t-il dans la bio de presse. On ne le contredira point. Le canadien explose ses complexes et n’a plus aucune pudeur à composer des refrains dignes de ce nom : Retriever regorge de chansons irrésistibles qui vous trottent dans la tête dès la première écoute. Un véritable exploit tout de même de la part de ce songwriter réputé d’une timidité maladive.
Disséminés méticuleusement aux quatre coins du disque, Retriever (nom donné au chien du chasseur qui va chercher le gibier) contient quelques purs joyaux pop dont ne renieraient pas les pontes de la power pop seventies via "Happiness" ou "Imaginary Friends". Le piano d’Harcourt fait également des merveilles sur des bleuettes sentimentales comme "Tomorrow in her Eyes" et autres chants plaintifs seul avec sa guitare, qui sont devenus sa véritable spécialité. Quelques tempos plus relevés viennent se greffer à l’ensemble, histoire de casser un peu la routine et contribuent à ne pas perdre le fil de l’écoute, si j’ose dire ("Whishing Wells", "From Now On"). Petite révolution également, "Not About to Loose" est certainement le tube potentiel qui a toujours fait défaut jusqu’alors sur les albums de ce grand monsieur. Peut-être lui permettra-t-il d’élargir enfin son audience. On l’espère de tout cœur.
Toujours avec ce sens pointu de la dérision, il nous raconte ses petits malheurs qui continuent à s’acharner sur lui, tel un petit nuage gris qui ne cesse de tourner autour de sa tête. C’est peut-être pour cela que ses chansons nous donnent l’impression d’être toujours marquées par la saison d’Automne alors que le mois de mai pointe déjà le bout de son nez.
Une bien belle surprise et son album le plus accessible, le plus varié, tout simplement son meilleur. A bon entendeur...

Paul Ramone sur 
Pinkushion le 7 mai 2004
© 2004 Pinkushion. Tous droits réservés.

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