Genre : Country Folk USA
Note : ****
La rencontre entre Will Sheff et Jonathan Meiburg est l’une des plus belles choses qui soient arrivées à la country alternative ces derniers temps. Les deux musiciens, respectivement membres de Okkervil River et de Kingfisher, ont commencé à enregistrer sous le nom de Shearwater à titre expérimental, sans jamais imaginer en faire un véritable groupe. Et puis voilà que sort Winged Life, un (déjà) troisième opus aux allures de surprise céleste. À la croisée des chemins entre Belle And Sebastian et Will Oldham, ces douze magnifiques titres ont l’évidence de classiques, aussi parfaitement manufacturés que bourrés d’honnêteté dans leur interprétation. L’arme favorite de Shearwater réside dans le chant falsetto à la Pete Townshend de Jonathan Meiburg, qui passe du murmure pleurnichard à l’envolée émotive et soudaine. De telles chansons ne passeraient probablement pas aussi bien, fussent-elles savamment orchestrées. Car ici, c’est le dépouillement de l’habillage qui rend Winged Life bouleversant de la première à la dixième écoute.
Gilles Duhem dans magic n°83 d'août/septembre 2004
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Cet automne plus que jamais, la première raison de se réjouir du pouvoir de l’Amérique viendra du Texas. Cet automne en effet, on ne pourra pas se remettre d’avoir déniché, après Midlake, Lift To Experience ou les plus bruyants The Baptist Generals, un autre secret bien caché des terres de Bush : Shearwater, formation officieuse de Jonathan Meiburg, clavier officiel d’Okkervil River. Everybody Makes Mistakes ("Tout le monde fait des erreurs") s’intitulait son précédent et deuxième album. Ben voyons.
Des erreurs, Jonathan Meiburg n’en fait pas des masses, malgré son emploi du temps bien chargé : lorsqu’il n’est pas occupé à faire ses gammes pour l’un de ses deux groupes, le jeune songwriter trouve le temps d’étudier l’ornithologie. Une passion pour les oiseaux qu’on retrouve d’abord sur la pochette de son nouvel album, montrant une nuée de volatiles au-dessus des fils électriques, mais aussi dans son titre (Winged Life, littéralement "Vie ailée") et, surtout, dans les morceaux qu’il propose : douze élégantes invitations à l’envol, douze petits billets d’avion à prix discount, sans parures ni chichis.
Avec Winged Life, Shearwater fait du ciel le plus bel endroit de la Terre et oublie la démonstration d’hôtesse de l’air : ni masques à oxygène ni gilets de sauvetage, juste une douzaine de morceaux – hublots survolant des contrées où ont déjà été aperçus les mélancoliques Sigur Rós, Tim Hardin, Radiohead ou American Music Club. Impossible ainsi à l’écoute de Whipping Boy de ne pas songer à Tom Yorke chantant Packt Like Sardines in a Crushed Tin Box. Impossible aussi, à l’écoute du raffiné My Good Deed, de ne pas songer à Jonathan Meiburg comme un homme à demander en mariage.
Johanna Seban dans Les inrockuptibles du 6 octobre 2004
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Premier choc, cette sublime couverture fantomatique, rappelant d’autres amis (Kozelek, Silver Mt Zion... ) trop longtemps fréquentés pour avoir longuement épluché le visuel de leur pochette sur le bord du lit, le casque de la sono pausé sur la tête. Et là toujours des oiseaux crépusculaires - la plupart du temps des corbeaux - viennent illustrer cette musique solitaire. Winged Life, troisième livraison de Shearwater, ne fait pas exception à la règle : une nuée d’oiseaux s’envole d’une ligne électrique, comme effrayée par un mauvais présage qui se dessine dans le ciel. Contre vents et marées, on s’y accrocherait tellement la musique de Shearwater est d’une grâce divine. Alors on vous dira, comme pour tout disque de cette tremp(é)e, que cette musique s’écoute les jours de pluie, la joue collée à la fenêtre, ou bien en s’amusant à dessiner du doigt sur la buée des cœurs (brisés).
Ce qui frappe à l’écoute de Shearwater, c’est que cet environnement semble définitivement plus hospitalier que le folk ébréché d’Okkervil River, pourtant priorité de Will Robinson Shelf et Jonathan Meiburg. Avec déjà deux albums derrière lui, le duo considère Shearwater comme un échappatoire. Personnellement, ce disque surclasse d’une bonne tête les travaux parfois un peu trop brouillons de leur premier amour.
Jonathan Meiburg, claviériste occasionnel du groupe de Will Shelf, a un jour pris son courage à deux mains pour présenter ses démos à son patron. Emballé par le matériel, Shelf et Meiburg bricolent ensemble sur un quatre-pistes puis accumulent assez de matériel pour finalement passer à l’étape suivante : ils accouchent de deux disques en l’espace de deux ans (2001 et 2002) à l’écho critique confiné.
Enregistré à Denton (Texas) par Matt Pence (Centro-Matic), et accompagnés du batteur Thor Harris (Devendra Banhart) et du bassiste Kim Burke, ce troisième opus semble avoir été conçu dans l’euphorie artistique : des vingt-deux titres qui ont émergés de ces sessions, douze ont été retenu ici. Si les chutes sont de cet acabit, et bien il faudra passer un coup de fil à la S.P.A.D (société protectrice des albums disparus), pour leur réclamer d’aller chercher les bandes.
Après deux disques plus tordus, le tandem semble désormais décidé à explorer les arrangements pimpants de la pop musique, gonflant désormais leurs belles progressions de violons, orgue Hammond, glockenspiel et Wurlitzer toujours bien pesés. Sans trop de sucre donc. Un peu comme si Neil Young s’était mis dans la tête d’enregistrer son Spirit Of Eden de Talk Talk. La source americana n’a donc pas trop disparu, mais le disque sonne résolument mélodieux.
Cela commence sereinement, sur quelques notes de guitares claires répétitives, décollage impeccable, puis l’émotion nous prend, autour de cette voix et de ces arrangements à la fois pastoraux et élégants. On tourne autour de ballades en cinemascope (“The Kind”, “Wedding Bells...”) assez proche d’After the Gold Rush : une voix fragile, des mélodies poignantes et sublimes. Puis quelques chansons plus flamboyantes, “Makeover” ou “(I’ve Got A ) Right to Cry”, où un orgue Hammond du plus bel effet mène la danse.
Ensuite le disque recèle quelques passages plus flous : un banjo sur “Whipping Boy” nous entraîne vers un no man’s land, où la solitude de la voix de Will Shelf coiffe l’espace de son omniprésence. Cette voix toujours sur la brèche rappelle d’ailleurs l’immense Paul Buchanan (Blue Nile). On ressort complètement trempé de ces effluves de sentiments, délivrés avec autant de finesse.
Tout comme son nom - emprunté à un oiseau migrateur - la migration de Shearwater vers des horizons plus chaleureux vaut de toute façon définitivement le détour.
Paul Ramone sur Pinkushion le 21 octobre 2004
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