Genre : Electronic France
Note : ***
Spyworm, le morceau qui introduit ce disque, commence plutôt bien : on se croirait en pleine scène d’introduction d’un film d’espionnite aigüe, entre un James Bond fauché et un Michael Caine encore plus parano que d’habitude... Le tout, bien sûr, faisant penser à ces BO signées John Barry, mais sans jamais pour autant sonner comme des plagiats ou de trop éphémères décalcomanies. Au contraire, ce que l’on aime bien chez Shinjù Gumi et que l’on avait déjà repéré sur ses précédents singles, c’est bien cette capacité à créer et laisser s’installer des atmosphères semi-diurnes, des ambiances de fin de siècle. Chez ce bonhomme, on sent d’emblée une volonté de pousser à bout les machines, de les faire suinter jusqu’à rendre leur son humain, c’est-à-dire acoustique et insaisissable. Ce disque dissèque des fantômes et nous rend palpable la musique. Au final, les vignettes musicales se succèdent, courtes, hallucinées, souvent mordantes (Homesick, Darkstar), parfois touchantes et troublées (Ghost World, Innerscar). Pour un premier essai, ce disque est bien plus qu’une réussite : il marque le passage à la maturité de ces artistes qui inventent un langage électronique dont les accents rappellent le blues le plus primitif, celui que l’on marmonnait sous les porches... Décidément, les machines s’humanisent...
Joseph Ghosn dans magic! n°30 de mai 1999
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Qui est Shinjù Gumi ? Se planquant derrière un pseudonyme venu du pays de Cornelius, l’ex-vendeur de disques de Rough Trade échappe à la classification French Touch que lui auraient attribuée tous ceux qui ne voulaient pas se donner la peine d’écouter une note de son premier album. Car si Monsieur Gumi vient du même pays que Daft Punk, Air et Cassius, la comparaison s’arrête là. “Dissecting A Ghost” fait étrangement penser à du Tortoise tortueux, dans ses passages les plus limpides (c’est-à-dire plutôt rares) mélangé à du John Barry en plus étouffant que l’original, le tout agrémenté de quelques touches de Bentley Rhythm Ace. A l’image de son intitulé sinistre et déroutant, les titres des morceaux paraissent avoir été dictés par le Maître de la Crypte (des contes du même nom) ou couchés sur le papier en pleine nuit, pendant une crise d’angoisse insomniaque. Ouvrant sur un quasi-thème de James Bond suintant la paranoïa — on imagine l’espion siroter son Martini-Prozac avec, pour fond sonore, ces claviers lyrico-obsédants — “Dissecting” fait surgir à l’esprit des images d’horreur sophistiquée, des scènes de films, des bribes de cauchemars. Nul doute que David Lynch apprécierait le glas ponctuant l’indus léger d’“Ending”. Alfred Hitchcock aurait, lui, probablement utilisé “Inner Despair”, son piano pesant et ses à-coups de violons sonnant comme des cris, pour illustrer une scène à suspens s’achevant en douche meurtrière. Shinjù Gumi démontre ici qu’on peut être à la fois complexe et accessible et que, sans prononcer un mot pendant une douzaine de plages, il est possible de raconter des histoires. De fantômes, bien sûr.
Isabelle Chelley dans Rock & Folk n°386 d'octobre 1999
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