Genre : Rock alternatif UK
Note : ****
Plusieurs fois, à l’écoute de Just For a Day, l’envie nous était venue de secouer le mange-disques. Dans le périmètre resserré de son premier album, Slowdive venait de produire un concentré de neurasthénie, à base de couplets qui baissent la tête et de refrains qui traînent les pieds, sans compter cette armature de guitares qui, dans un chuintement sinistre, semble se dégonfler, se liquéfier. Avec un tel bagage, Slowdive pouvait être soupçonné de faire revenir ie courant d’air cold par la fenêtre noisy. Souvlaki, pourtant, confirme que sa musique s’habille moins de couleurs sombres que de tons fatigués. D’entrée, le flamboiement contenu d’Alison en dessine les nuances. On décèlerait même par moments comme un début de courage et des brouillons de sourires : Altogether ou Here She Comes ont tout d’une berceuse et rien d’un requiem. Naturellement, c’est le laisser-aller qui marque le plus la musique abandonnée de Slowdive. Seulement, cette faiblesse, ce désœuvrement, ne sont pas pures créations de l’esprit ni fascination morbide. Ils ne font que rendre compte des envies d’abandon, des peines sèches et de la mélancolie sournoise qui s’accrochent parfois à nos basques. Slowdive en est devenu l’un des peintres attitrés, sans doute irritant parce que méticuleux jusqu’à l’obsession. Mais Souvlaki est là pour rappeler que cet art peut se pratiquer sans affectation. Et qu’il serait hâtif de classer Slowdive parmi les premiers rangs de l’école de la chiale.
Richard Robert dans Les Inrockuptibles n°47 de juillet 1993
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