Genre : Rock
Alternatif USA
Note : *****
La rumeur voudrait que Sparklehorse soit l’oeuvre autarcique d’un ex-Camper Van Beethoven, nommé Mark Linkous. Mais, finalement qu’importe le pedigree, ce dernier aurait pu être roadie chez Motorhead que cela ne changerait rien à l’affaire. Car Vivadixies etc... affirme d’entrée sa volonté de brouiller les pistes. Ne jamais montrer son vrai visage, tel semble être le curieux pari de Sparklehorse. Dès Homecoming Queen à l’intimité presque dérangeante, puis plus loin, quand se succèdent ces ballades pour insomniaques chroniques, on pense tenir en Mark Linkous un digne collègue des Red House Painters. Mais d’un coup, Sparklehorse se réveille de mauvaise humeur : Tears On Fresh Fruit ou Someday sonnent le glas des illusions vaporeuses, les guitares deviennent furieuses, et cette voix lointaine et peu assurée, qui hésite à suivre une mélodie définie d’avance, s’avère rapidement incontrôlable. De fait on retrouve chez Sparklehorse une bonne partie de l’underground américain actuel : Red House Painters donc, mais aussi Beck, Pavement, Palace ou The Posies sont cordialement invités, lesquels ne s’incrustent jamais plus de deux minutes, le temps pour le maître des lieux de les rendre vert de jalousie. Car dans ce labyrinthe parfois déconcertant, Linkous possède à l’évidence tous les atouts d’un fabuleux songwriter : ces chansons presque flottantes, aux contours imprécis doivent beaucoup à Neil Young et Big Star, deux solides points d’ancrage qui empêchent Sparklehorse de se laisser aller à l’imprécision. A réécouter ces sublimes mélodies d’au moins vingt ans d’âge, plus ou moins maltraitées selon le degré d’approximation souhaité, il est clair que Vivadixies etc..., disque anonyme et artisanal mais incroyablement attachant, risque bien d’encombrer notre mémoire pour longtemps.
Hervé
Crespy dans magic! n°6 de janvier/février
1996
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A peine a-t-on appris à vivre au quotidien avec les chansons de Beck que, déjà, on lui découvre des frères, des sœurs et des cousins pour nous, une famille neuve, dont on ne se lasse pas d'admirer la généalogie. Des cousins éloignés, également, anglais comme le formidable Baby Bird ou virginien, comme Mark Linkous, la tête très pensante de Sparklehorse. Sans doute le vieux garçon de la famille, avec ses chansons bien pliées, admirablement taillées, jamais sabotées. Comme chez Beck, il se sert allégrement dans l'héritage laissé par les anciens chez Sparklehorse : Big Star essentiellement , mais pas question ici de lui faire subir le moindre outrage. Artisan patient, Mark Linkous recolle, repeint et redonne bonne mine aux trésors trouvés dans le grenier, là où Beck se (nous) contente de les détruire, de les tordre, de les détourner. Trop de respect pour les antiquités américaines pour les repeindre en fluo ou leur scier les pieds. Sparklehorse est habile de ses doigts l'art du songwriting est ici époustouflant mais il lui manque parfois une voix à la hauteur des compositions. Dommage, car quand ce timbre hésitant réussit à rattraper les chansons, Vivadixiesubmarinetransmissionplot donne à cette pop pastorale quelques-unes de ses plus belles chansons récentes, capables sans problème de chercher des noises à Ron Sexsmith ou Trash Can Sinatras. Mais on s'en rend compte à force de visiter encore et toujours cet album à la profondeur de champ étonnante : Mark Linkous est un faux sage. Il suffit d'un verre de trop, d'un coup de sang inattendu pour que ces chansons bonne pâte dérapent, irrémédiablement. Ça ne dure parfois que le temps d'un refrain, d'un coup de tonnerre, mais ça suffit à ne plus regarder ce banjo d'apparence benoîte du même œil, lui que l'on vient de voir baver et fumer quelques secondes avant. Petits éclats de bravoure où Sparklehorse joue à cache-cache dans les bois avec Crazy Horse (Tears on fresh fruit), petites fugues au grand air vite avortées par un besoin maladif d'intérieur et de chaleur. Après quoi, Sparklehorse rentre dorloter l'oreille avec des ballades le lou-reedien Sad & beautiful world, Heart of darkness, Saturday, Homecoming queen ou Cow déjà indispensables. Amoureux des belles causes perdues d'avance, on mise tout sur Sparklehorse, à une poignée de militants contre Seattle et le reste du monde. La chance des solitaires têtus, des romantiques incurables, tournera bien un jour.
JD Beauvallet
dans Les
Inrockuptibles n°33 du 22 novembre
1995
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C’est d’un de ces disques à part, de ceux qu’on offre à ses meilleurs amis, qu’il s’agit ici. Une de ces merveilles qui font rapidement partie de la famille, qu’on plante le matin dans le lecteur sans même s’en apercevoir, d’un geste familier et maintes fois répété. Sorti en 1995 mais seulement distribué depuis quelques semaines en Europe, l’album de Sparklehorse est une mine d’or country, riche et variée dont chacun des seize titres tient du miracle, oscillant sans prévenir de la ballade plaintive façon Vic Chesnutt au rock furibard et bricolo d’un Beck sous antidépresseurs. Sparklehorse, c’est d’abord Mark Linkous, sorte de Brautigan amateur de gros cubes, vivant en reclus dans une ferme de Virginie, au milieu de ses chiens et de ses serpents. L’homme se décrit comme socialement attardé, avoue ne jamais se déplacer sans son revolver et constate qu’il a commencé à écrire de bonnes chansons le jour où il a abandonné ses ambitions. Du coup, ses paroles évoquent volontiers les culasses de moteur, la beauté des animaux et de la nature. Subtilement produites et jouées par lui-même, des chansons du calibre de “Homecoming Queen”, “Rainmaker” ou “Most Beautiful Widow In Town” ne peuvent raisonnablement laisser quiconque indifférent au charme de “Vivadixie...”. En un mot, il faut posséder ce disque. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, on apprend que Sparklehorse sera bientôt en France pour une tournée. Avec son nouveau revolver en kevlar entièrement démontable, si pratique en avion.
David Angevin dans
Rock & Folk n°354 de février 1997
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