Swell : ... Well ? (1992) (*** SWELL : les archives ***) posté le dimanche 07 mai 2006 21:30

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Genre  :  Rock Alternatif USA
Note :  ****


Dans la vie, dans la musique (pléonasme ?), l’argent n’a jamais fait le bonheur. Et comme je devine déjà les sentiments houleux qui saisissent les fauchés chroniques face à cette assertion un brin péremptoire, je me dépêche de fournir l’argument indiscutable : pour neuf cents malheureux dollars, les Swell se payent un deuxième album autoproduit qui, passé le cap de la surprise, procure mille et un plaisirs. Entre grunge (Nirvana) et noisy (Yo La Tengo) yankees, ce quatuor venu de San Francisco invente un nouveau genre où la sérénité acoustique le dispute sérieusement à la hargne électrique. Plutôt que d’opter pour la facilité à-fond-les-canettes-à-fond-les-manettes, d’appuyer en permanence sur le champignon de l’accélérateur, les Swell travaillent la lenteur décadente, trempent leurs ballades d’une subtile perversité. “At Long Last”, “Everything”, “Down”, “The Price” développent des climats lancinants sur lesquels la douce voix de David Freel cause plus qu’elle ne chante mais distille une puissance hypnotique aux confins de l’érotisme le plus troublant. “Showbiz”, “Wash Your Brain” penchent pour le rentre-dedans direct, laissent les guitares imprimer tout leur mordant. “Thank You, Good Evening” concluent poliment nos garçons qui en profitent pour entrer de plein pied dans la légende avec ces quatorze minutes et quelques retraçant les événements d’une nuit aoutienne, d’une party on the beach à coup de vrombissements de moteurs, de claquements de portières, de brise et de vagues, de flashes de conversations, de longues plages de silence, d’échos de répète. Quand Swell dit “Well ?”, la critik conclue : Okay, foncez !

 

Valérie Coroller  dans Rock & Folk n°300 d'août 1992
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Eté 92, le vent souffle de là-bas, loin, l'Amérique. La horde des chevelus électriques est parmi nous. Qui s'en plaindra ? Mais on aurait tort de prendre Swell pour un chien de la chienne. Vu d'ici, on les imagine plutôt jouant assis, baskets délacées et mines absentes. Down, Turtle Song, Tired, Suicide Machine ... Swell porte sa croix au sommaire du disque. Un groupe fatigué, désolé, dévasté. Et un disque à digestion auriculaire lente : première écoute, rien ne se passe, ou rien qu'on n'ait déjà entendu sous une autre forme. Un genre de Pixies indolent, de Nirvana cafardeux. Seconde écoute, on suit l'obsédante guitare acoustique et on se retrouve en plein désert ou au matin d'une nuit sans sommeil, gorge sèche et nerfs à nu. Troisième écoute (et suivantes), on suivrait le groupe n'importe où, les yeux fermés et bras devant. C'est de l'hypnose, une danse du ventre mou. Entre Can et Mazzy Star, voix lancinante, tout rebondit et s'écoule à l'infini dans cette musique. Et on finit par espérer que ça ne s'arrête jamais (It's OK). Musique de bubble-gum au goût perpétuel. Faux teigneux, fausses feignasses, mais vraiment inquiétants. Mère San Francisco est bien heureuse de vous annoncer la naissance de Swell, dernier suppôt du psychédélisme.

 

Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles n°38 été 1992
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