TELEVISION (*** BIOS ***) posté le mardi 15 août 2006 05:50

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, TELEVISION
TELEVISION
  Groupe de rock américain, 1975-1978, 1991-1993 :
Tom Verlaine [Thomas Miller] (guitariste et chanteur), né le 13-12-1949 à Mount Morris, New Jersey ; Richard Lloyd (guitariste) ; Fred Smith (bassiste) ; Billy Ficca (batteur).

Marqué par la personnalité de Tom Verlaine, un des guitaristes les plus frappants de sa génération, inspiré par le jazz de Coltrane comme par la musique psychédélique, ce groupe s’est situé à la pointe de l’avant-garde artistique que constituait le mouvement punk new-yorkais. Sa froideur tranchante a inspiré tout un courant du rock de la seconde moitié des années 70, influençant les groupes anglais les plus novateurs de leur temps, de Wire et Magazine, jusqu’à Echo And The Bunnymen. Television a aussi marqué le rock français en profondeur, des Stinky Toys à Marquis de Sade, à égalité avec Talking Heads.

Dans l’école privée d’une petite ville du Delaware, Tom Miller se lie avec Richard Meyer (né le le 02-10-1949 à Lexington, Kentucky), c’est-à-dire le futur Richard Hell. Celui-ci fait le désespoir de sa mère en se faisant renvoyer de toutes les écoles où elle l’inscrit. Les deux amis ont pour ambition de devenir poètes à New York et consomment déjà diverses drogues. Miller, qui se fera bientôt appeler «Tom Verlaine», est obsédé par John Coltrane et le free jazz (il vendra plus tard le saxophone qu’il avait acquis pour 30 dollars pour acheter une guitare). Il rejoint Meyer à New York. Tous deux s’installent sur l’East Side, travaillant dans une librairie où ils chapardent bon nombre de livres pour les revendre (ou les lire), prennent des drogues et écrivent des poèmes qu’ils se lisent la nuit fébrilement. Verlaine chante un temps ses poèmes dans le circuit folk, s’accompagnant à la guitare sèche. En 1972, lui et Hell forment avec Billy Ficca, un ami d’école, les éphémères Neon Boys (1972-1973), un groupe inspiré par le rock garage (qu’on appelle déjà punk et que l’on commence à redécouvrir grâce à la compilation Nuggets de 1972 réalisée par Lenny Kaye, le guitariste de Patti Smith). Ils enregistrent six titres, dont les premiers textes de Richard Hell «Love Comes In Spurts» et «(I Belong To The) Blank Generation» lequel servira de manifeste au mouvement punk. Meyer prend alors pour nom de scène Richard Hell et Miller celui de Tom Verlaine. Afin d’enrichir le son du groupe, ce dernier se met à la recherche d’un second guitariste. Après plusieurs auditions infructueuses — dont celles de Chris Stein de Blondie et de Douglas Colvin, futur Dee Dee Ramone —, il recrute Richard Lloyd qui l’impressionne par ses riffs imprégnés de sa connaissance du blues.

En 1974, le groupe se rebaptise Television. Il ne tarde pas à se faire connaître dans le circuit underground new-yorkais en élisant résidence dès le mois de mars au CBGB’s (dont les initiales signifient «Country, Bluegrass et Blues»), qui accueille déjà chaque fin de semaine les New York Dolls, mais aussi les Ramones et les Stilettos (le futur Blondie), puis Talking Heads. Television produit alors un premier simple demeuré historique, «Little Johnny Jewel» (1975), pour le label indépendant fondé par Terry Ork. Ce long titre étendu sur deux faces est marqué par un solo de guitare échevelé de Verlaine, évoquant clairement le rock psychédélique, et dont les effets de vibrato rappellent fortement Richard Thompson.

Très vite, les deux fortes personnalités que sont Richard Hell et Tom Verlaine ont du mal à cohabiter ; le conflit a tôt fait d’exploser. Verlaine est exaspéré par le jeu de scène outrancier de Hell — qui accapare l’attention du public — et le peu d’intérêt que celui-ci manifeste pour son instrument, la basse. Hell, qui a vu ses chansons supprimées au fur et à mesure des concerts, quitte Television en mars 1975. Il refera surface avec les Heartbreakers, puis avec son groupe les Voidoids (d’après le titre d’une de ses nouvelles). Surtout, il se révélera comme le précurseur et le catalyseur du mouvement punk londonien. Malcolm MeLaren, à l’époque manager des New York Dolls, est fasciné par son allure — cheveux coupés au sécateur (d’après une photo de Rimbaud), tee-shirts déchirés retenus par des épingles de nourrice ; après lui avoir proposé en vain de venir à Londres pour le lancer, il s’inspirera largement de son style pour façonner la mode punk et lancer les Sex Pistols. C’est à cette époque que Fred Smith (ex-MC 5 et Blondie) rejoint Television, un groupe qui, ô ironie! lui paraît plus commercial que Blondie. Entre-temps, la compagnie Island a manifesté son intérêt pour Television et dépêché Brian Eno pour produire une maquette de six titres qui n’aboutira pas. Elle contenait pourtant les premières versions de titres appelés à entrer dans l’histoire : «Venus», «Prove It», et «Friction».

En 1976, Television signe avec Elektra, notamment grâce au prestige dont jouit Verlaine pour avoir joué de la guitare dans l’album Horses de Patti Smith. La sortie de l’album Marquee Moon, produit par Andy Johns (collaborateur des Rolling Stones pour Goat’s Head Soup), est un des grands événements de l’année 1977. Cet album est salué par Nick Kent dans le NME comme «une oeuvre de génie». Il est animé par une vision unique : Verlaine chante d’une voix étranglée, à l’accent caustique, ses poèmes parsemés d’images évoquant le vertige et le néant («Je suis tombé dans les bras de la Vénus de Milo» dans «Venus»). Le dialogue entre les deux guitares Fender de Verlaine (qui joue sur le modèle Jazzmaster) et Lloyd est exceptionnel : accords insolites joués en arpèges et incursions vers l’atonalité évoquent un psychédélisme mâtiné du jazz de Coltrane et Dolphy. Mais le contexte de New York en 1977 est différent : le ton est dur et urbain, d’une froideur tout hivernale, et le disque vibre de tension, voire de violence, d’autant plus cinglante que celle-ci est contenue. Depuis le percutant «See No Evil» à la gifle qu’est «Prove It» en passant par le feu d’artifice de près de dix minutes de la chanson-titre (écourtée en simple), Marquee Moon est un disque dont on pourrait tenter de définir l’identité si singulière en concluant qu’il est à la fois glacé et incandescent. Si l’album ne remporte guère de succès aux Etats-Unis, où il est passablement ignoré par la critique, il rencontre un plus large public en Grande-Bretagne. Pressé de donner une suite à ce coup de maître, Television publie dès le début de l’année suivante Adventure (1978). Incluant deux morceaux splendides, «Glory» et le simple «Foxhole», ce disque moins tenu que le précédent se heurte à un échec commercial retentissant qui précipite la chute de Television : le groupe se sépare en effet peu après la fin de la tournée suivant sa parution. En guise d’épitaphe, Television enregistrera l’album live The Blow Up (qui ne paraîtra qu’en 1982), révélant que ses concerts pouvaient surpasser, par leur énergie et leurs improvisations, ses productions en studio.

Tom Verlaine suivra dès lors une carrière solo régulière qui, quoique entourée d’un grand respect, ne dépassera jamais les limites d’un cercle d’admirateurs fervents. Appuyé par son jeu de guitare de plus en plus raffiné et l’écriture de textes littéraires, il s’ouvre à d’autres horizons, et ses mélodies expérimentales, teintées d’influences orientales, déconcerteront parfois une partie de son public. Après les prometteurs Tom Verlaine (1979) et Dreamtime (1981) chez WEA, il enregistre pour Virgin le remarquable Words From The Front (1982), qui comprend un de ses plus beaux poèmes, «Days On The Mountain». Soutenu par une tournée des deux côtés de l’Atlantique, Verlaine touche un public plus large. Dans Cover (1984), il s’essaie à des sonorités plus synthétiques ; l’album contient la superbe ballade «O Foolish Heart». Tom Verlaine s’installe alors pour quelque temps en Angleterre. Suivent Flash Night (1987), chez Fontana, un album dans lequel figurent quelques grands moments (dont «A Town Called Walker»), The Wonder (1990), et Warm And Cool (1992) où il révèle une fois de plus un talent intact. Entre-temps, il a reformé en 1991 Television dans sa formation de 1977-1978, enregistrant un magnifique album éponyme (1992) avec les titres «Call Mr. Lee» ou «No Glamour For Willi» : le quatuor a donné cette année-là une série de concerts aussi courts qu’intenses.

Tom Verlaine reste un artiste à l’influence inestimable : son jeu de guitare a particulièrement influencé The Edge de U2, Will Sergent d’Echo And The Bunnymen, Edwyn Collins d’Orange Juice. Son style vocal si fragile et touchant, enfin, a marqué de son empreinte Lloyd Cole. Peu de temps avant sa mort, en 1997, Jeff Buckley lui demanda de produire ce qui sera son album posthume Sketches (For My Sweerheart, The Drunk). La compilation The Miller’s Tale (A Tom Verlaine Anthology), parue en 1996, réunit les meilleurs titres de Television et du compositeur en solo, ajoutant des inédits et une partie live enregistrée à Londres en 1982. Un Best Of Television existe également. Tom Verlaine a participé en 1996 à la tournée mondiale qui a marqué le retour de la chanteuse et poétesse Patti Smith.

Benoît Laudier  dans Le Dictionnaire du Rock
(Collection Bouquins, Editions Robert Laffont © , 2000
)

Retrouvez tous les articles

Déposez un commentaire !


Mieux vous connaître (facultatif) :

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.18) pour vous identifier.

Tous les commentaires liés à l'article : TELEVISION

  • Jean Paul a posté :mardi 05 février 2008 21:43

    Le fred smith du MC5 et celui de Television ne sont pas la même personne.L'un a épousé Patti smith et est mort l'autre vit toujours .
  • c-dric a posté :samedi 10 mars 2007 17:29

    Le fred sonic smith du MC5 et le fred smith de Television sont deux personnes bien distinctes. De plus on sait que Sonic smith (paix à son ame) fut le compagnon de Patti Smith sans qui Televion n'aurait pu en arrivé là. La confusion etait possible...
  • françois a posté :vendredi 02 mars 2007 23:03

    Fred Smith n'a jamais fait parti de MC5, en tout cas pas celui de television.

 -