THE CLASH (*** BIOS ***) posté le mardi 15 août 2006 06:58

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THE CLASH
  Groupe de rock britannique, 1977-1985 :
Joe Strummer [John Mellor] (chanteur et guitariste), né le 21-08-1952, mort le 22-12-2002 ; 

Mick [Michael] Jones (guitariste et chanteur), né le 26-06-1955 ;
Paul Simonon (bassiste), né le 15-12-1955 ; Topper Headon (batteur), né le 30-12-1955.

Ce groupe londonien, le plus important du punk-rock avec les fulgurants Sex Pistols, a acquis un statut comparable à celui des Rolling Stones au début des années 80 avant de se saborder par fidélité envers l’éthique punk. Il fut le pionnier du mélange du rock avec le reggae puis le funk.

En 1976, à la fin d’un concert des 101’ers, un groupe de pub-rock très actif et qui venait d’enregistrer un simple (« Keys To Your Heart »), Mick Jones et Paul Simonon, deux anciens étudiants aux Beaux-Arts qui jouaient déjà dans le groupe London S.S., dirent à Joe Strummer, le leader de cette formation, qu’ils détestaient son groupe, mais qu’ils appréciaient sa présence et sa voix. Le lendemain, Joe quitta les 101’ers pour rejoindre Mick et Paul. La formation, baptisée The Clash, fut bientôt complétée par le batteur Terry Chimes, recruté sur audition. The Clash se fit en quelques mois une réputation assez chaude dans le milieu punk qui bourgeonnait alors, et après avoir été recruté par CBS, il vit son premier 45 tours, « White Riot » (1977), faire une brève carrière dans les classements, bien que totalement ignoré par les radios ; allant alors jusqu’au bout dans l’identification au mouvement punk, Joe proclame crânement sur la deuxième face : « En 1977, plus d’Elvis, de Beatles ni de Rolling Stones ! » Le premier album enregistré en trois week-ends et simplement intitulé The Clash sortit immédiatement après et créa l’événement en entrant directement au n°12 des meilleures ventes. Quelque vingt ans plus tard, il reste un classique qui se doit de figurer dans toute discothèque digne de ce nom ; l’hebdomadaire britannique Sounds l’a même désigné comme le meilleur album de rock de tous les temps. Une reprise d’un morceau reggae, « Police And Thieves » de Junior Murvin, donne une première indication de la voie que le groupe suivra peu après. CBS ayant, contre l’avis du groupe, extrait « Remote Control » de l’album, The Clash répliquera en sortant aussitôt « Complete Control » réalisé par le producteur de reggae Lee Perry, une attaque en règle de sa maison de disques.

En 1978, sortiront coup sur coup les simples « Clash City Rockers » et « White Man In Hammersmith Palais », un reggae signé Strummer-Jones qui impressionne suffisamment le public britannique pour être désigné comme 45 tours de l’année dans plusieurs revues. Le deuxième album, Give ‘Em Enough Rope, surprend quelque peu. CBS, ayant exprimé des réserves quant à la qualité technique du premier L.-P., avait imposé au groupe le producteur Sandy Pearlman, connu notamment pour son travail avec le Blue Oyster Cult. La gestation du disque fut longue et laborieuse, et certains ne manquèrent pas de déplorer que Pearlman ait dénaturé le son de The Clash en le tirant vers le heavy metal. Si, de fait, cet album est celui sur lequel le groupe aura exercé le moins de contrôle, cela ne l’empêche pas d’être une nouvelle réussite et de se hisser à la seconde place des classements. Une anecdote : la chanson « Guns On The Roof » évoque les problèmes qu’eurent les membres du groupe avec la loi du Royaume-Uni pour avoir tiré sur des pigeons du toit de leur immeuble.

En 1979, The Clash sort Cost Of Living, un E.-P. enlevé par une extraordinaire version d’« I Fought The Law » (popularisé par Bobby Fuller en 1966) et commence à travailler sur le film Rude Boy, qui sortira en salle l’année suivante. Par ailleurs, leur premier album est enfin publié aux Etats-Unis, mais dans une version différente de l’originale, comprenant la plupart de leurs 45 tours. Le troisième disque se fait attendre plus que prévu : c’est qu’il doit s’agir d’un double album où The Clash, aidé du producteur Guy Stevens, prétend enfin donner toute sa mesure sans subir de pressions extérieures. Le résultat est éclatant : le double album London Calling (1979), où le groupe fait une synthèse admirable entre le punk-rock et le reggae (voire le ska), est tout simplement un des plus incontestables monuments de l’histoire du rock. Il lui permet, pour la première fois, de voir un de ses titres (« Train In Vain ») figurer dans les classements américains. Suivra en 1980, dans un style très dub, « Bankrobber » ; ce sera un des plus gros succès du groupe, pour la plus grande confusion de la compagnie CBS, qui s’était d’abord opposée à sa publication.

Pour l’album suivant, The Clash se met en tête de présenter à son public, sans faire de tri, tous les morceaux sur lesquels il aura travaillé au cours des séances d’enregistrement. Le résultat est le triple album (maintenant double CD) Sandinista ! (1980). Pour rester à la portée de tous, ce disque est vendu à un prix très modique, le groupe ayant pour cela renoncé à ses droits sur les 200 000 premiers exemplaires vendus. Comme on pouvait s’y attendre, l’ensemble est très inégal, mais avec toutes ses imperfections, ce disque est l’un des plus passionnants de la carrière du groupe. Il y développe en effet sa nouvelle passion pour le dub, mais ajoute à son inspiration les influences du rap et du funk (cf. le 45 tours « The Magnificent Seven », honni par les premiers fans), de la pop (« Hitsville U.K. », un autre simple) ou même du gospel (« The Sound Of The Sinners »). Ce mélange des genres et des cultures fait de ce disque (avec le très différent Remain In Light des Talking Heads, sorti la même année) un des grands précurseurs de ce que l’on appellera plus tard la world music. Par ailleurs, comme le titre l’indique, The Clash prend le parti de mettre davantage en avant ses positions politiques : une seule chanson sur trente-six prenant fait et cause pour le mouvement sandiniste au Nicaragua, il y avait quelque chose de délibérément provocant dans le fait de donner un tel titre à l’album. La presse anglaise se montrera très dure avec ce disque, mais les critiques de rock français le désigneront comme l’album de l’année.

Après un autre morceau funky au phrasé rap, le très puissant « (This Is) Radio Clash » (1981), et une forte implication dans l’enregistrement du second album d’Ellen Foley (Spirit Of St-Louis, Epic, 1981), The Clash revient en force avec l’album Combat Rock (1982), dont le titre peut apparaître comme un manifeste de l’esprit du groupe. C’est un disque encore une fois inégal, mais sur lequel on trouve certaines des plus grandes réussites de The Clash, comme notamment (« Rock The Casbah » et « Should I Stay Or Should I Go ? », qui passeront tous les deux près de la moitié d’une année dans le Top 100 américain. En 1991, ce dernier morceau deviendra aussi, à la suite de son utilisation dans un clip publicitaire pour les jeans Levi’s, le premier et le seul n°1 du groupe en Grande-Bretagne. Combat Rock est donc avant tout le disque de la consécration commerciale pour The Clash, et un indice de sa popularité d’alors est le cachet de 250 000 livres qu’il reçoit pour participer à l’U.S. Festival. Bien malheureusement, cette période sera de courte durée, car de très sérieuses tensions commencent à se faire sentir au sein du groupe. De fait, outre que ses problèmes de dépendance à l’héroïne forcent Topper Headon à partir, le 1er septembre 1983, Mick Jones en est évincé pour « rupture de l’état d’esprit initial ». Le prétexte laisse rêveur, quand on sait à quel point The Clash a su évoluer et se remettre en question, mais il semble que Jones ait voulu incorporer des éléments de hip-hop à la musique du groupe (ce qu’il aura toute latitude de faire avec sa nouvelle formation, Big Audio Dynamite) et que Strummer et Simonon, de leur côté, aient voulu revenir à une formule plus proche du punk-rock de leurs débuts ; à partir de 1984, avec deux nouveaux guitaristes, Nick Sheppard et Vince White, ainsi que le batteur Pete Howard, The Clash donnera une série de concerts qui confirmeront cette nouvelle direction. Le public attend avec quelque anxiété le premier album de The Clash sans Mick Jones : ce sera aussi le dernier. En effet, Cut The Crap (1985) est une telle débâcle artistique qu’il provoque aussitôt le départ des trois nouveaux membres et, de fait, la fin du groupe.

Aux albums originaux déjà cités, il faut ajouter les compilations The Story Of The Clash Vol.1 (il n’y a pas de vol. 2), The Singles, l’excellent coffret Clash On Broadway. Black Market Clash et Superblack Market Clash recueillent des morceaux rares, voire inédits, et constituent de très appréciables compléments à la série des cinq premiers albums.

Topper Headon fera une carrière solo sans conséquence, avant d’avoir de sérieux démélés avec la justice pour trafic d’héroïne. Paul Simonon formera un groupe, Havana 3 A. M., dont l’excellent album sans titre (IRS, 1991) ne fera malheureusement guère de bruit. Quant à Joe Strummer, après avoir sorti deux bons simples (« Love Kills » en 1986 et « Trash City » en 1988), puis un album assez décevant, Earthquake Weather (Epic, 1989), il n’avait plus avec la musique qu’un rapport de dilettante (il a par exemple accompagné les Pogues en tournée avant de produire leur cinquième album), préférant apparemment tourner de loin en loin dans quelques films et s’occuper de son ranch aux Etats-Unis. Cependant, il a publié fin 1999 un album de retour intitulé Rock Art And The X-Ray Style, sous le nom de Joe Strummer & The Mescaleros.

En dépit de la relative brièveté de sa carrière, The Clash, qui a su tirer le meilleur de l’énergie punk avant de dépasser les limites du genre et d’abattre les barrières entre différentes musiques dont il fut parmi les premiers à réaliser la synthèse, a conquis sa place parmi les groupes les plus importants et les plus influents des années 70 et 80.

En octobre 1999, sort un album, From Here To Eternity (Sony), réunissant les titres enregistrés par le groupe de 1978 à 1982.

François Caron dans Le Dictionnaire du Rock
(Collection Bouquins, Editions Robert Laffont © , 2000
)

22-12-2002 > DISPARITION DE JOE STRUMMER

Tête pensante et hurlante du groupe le plus militant des années punk, il s’était engagé sur tous les fronts, politiques et musicaux.
   Il y a un peu plus d’un mois, à Londres, l’inespéré a eu lieu : Mick Jones a rejoint son vieux complice Joe Strummer sur scène pour interpréter ensemble quelques titres furieux du répertoire de Clash. L’émotion dans la salle était à son comble, et l’énergie des deux héros du punk intacte. Les chansons de Strummer et Jones, dans cette ère de retour au rock rageur et primaire, sonnaient plus pertinentes et percutantes que jamais. Et la rumeur d’éventuelles retrouvailles plus officielles d’enfler de nouveau. Mais depuis le 22 décembre dernier, c’est désormais certain, The Clash ne se reformera jamais. Joe Strummer ne glapira plus London Calling. Agé tout juste de 50 ans, la tête pensante du plus flamboyant gang issu de la «class 0f 77» a succombé à une crise cardiaque.
   Né John Graham Mellor, Joe Strummer était la figure la plus lucide et intègre du mouvement punk britannique. Ce fils éclairé d’un fonctionnaire du Foreign Office n’avait, à l’inverse de bon nombre de ses contemporains, rien du «rebelle sans cause». Au fiel et au nihilisme déversés par les Sex Pistols de Johnny Rotten, Joe Strummer, doux mais ardent militant, opposait un discours nourri d’une conscience politique et sociale qui éveilla celle de bien de ses jeunes auditeurs. Et si le tout premier album abrasif de Clash, paru au printemps 1977, demeure un bouillonnant chef-d’oeuvre du genre avec son impeccable succession d’hymnes incandescents (Janie Jones, White Riot, I’m so bored with the USA, London’s burning, etc.), il le doit d’abord à la plume pamphlétaire de Strummer dont chaque vers claquait comme un slogan. Chanteur approximatif avec sa savoureuse voix cassée, toujours à bout de souffle, guitariste instinctif et leader impérial, l’aîné des adeptes du «no future» (il avait 25 ans quand la plupart de ses contemporains n’en comptaient pas 20) retrouvait dans la crudité du punk toute l’urgence du rock’n’roll originel.
   Mais Strummer était aussi, avec ses trois acolytes, Mick Jones, Paul Simonon et Topper Headon, la classe et l’élégance rock incarnées. En treillis militaire ou en combinaison bombée à l’aérosol, le quatuor, tels quatre guérilleros du binaire, orchestrait sur scène le plus fabuleux des chaos sonores. Entre brûlots rock tranchants et plaintes reggae asthmatiques (leur reprise décharnée du Police and Thieves de Junior Marvin reste un modèle de sublime abâtardissement du genre), Clash ouvrait l’horizon musical d’un punk rock trop souvent monolithique. Pourtant, c’est ce mélange d’ouverture et de générosité qui mènera le groupe vers son éclatement prématuré, en 1983. Luttant sur tous les fronts (Strummer, en plus de ses engagements politiques tant contre le gouvernement Thatcher que pour la cause sandiniste au Nicaragua, s’acharnait à se mettre sa maison de disques à dos en imposant la vente à prix coûtant du majestueux double album London Calling puis du triple Sandinista !), se donnant sans compter dans des tournées toutes de bruit et de sueur, Clash finit l’année 1983 sur les rotules. Sans Mick Jones, Strummer tentera bien, en compagnie d’une bande de gamins enthousiastes, de raviver la flamme en 1985, mais la magie n’est plus au rendez-vous.
   Depuis, entre sagesse et résignation, Joe Strummer, citoyen punk au-dessus de tout soupçon. respecté par les jeunes générations, poursuivait avec passion une carrière discrète. Avec pour ambition de retrouver, nourri de sons contemporains, des plus électroniques aux plus exotiques, l’essence d’un rock authentique. Entre quelques touchantes apparitions au cinéma chez Jarmusch ou Kaurismäki, Strummer a publié deux ou trois albums plus sympathiques que foudroyants. A ses filles qui l’interrogeaient un jour sur sa notoriété, Strummer répondit : «Je ne suis pas célèbre, je suis une légende. Célèbre, c’est lorsque tout le monde connaît ce que tu fais et tu es riche. Légende, c’est quand tout le monde connaît ce que tu as fait mais que tu es fini».

Hugo Cassavetti  HOMMAGE à JOE STRUMMER, leader de CLASH
extrait de Télérama n°2764 du 04 janvier 2003

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