Genre : Rock alternatif UK
Note : ***
La pop britannique, comme un héros mythique, renaît toujours de ses cendres. Après l’acide déluré de 88, Manchester enfumé de 89/90, les narcissiques de la Scene that celebrates itself (Ride and friends) et les Shoegazers (Chapterhouse and co) en 91, l’année passée fut de triste facture. Mais, nous assistons, en ce début d’année, a un ravalement de façade, à la grâce de Bowie, de Bolan, le glam clinquant et les 70’s à paillettes, de nouveau à l’honneur. Et de ces vieux pots sort la meilleure musique du moment. L’Angleterre a fini de manger son pain noir. Après les atermoiements de fin de siècle tourbillonnant, la scène anglaise se (re)tourne vers ses valeurs sûres (ses family values à elle), mâtinées de new-wave new-yorkaise. D’où le titre de ce premier album des Auteurs, en forme d’hommage superficiel au cinéma français mais, surtout, appuyé envers cette culture rock tarte à la crème, des Kinks à Television, de Tyrannosaurus Rex (pas T Rex, les connaisseurs apprécieront) à Neil Young. Ces Auteurs, révélés en tournée avec Suede (la valeur étalon du moment), font leur cinoche depuis début 92. En moins d’un an, en un single coup de poing (“Show Girl”, aux guitares dévorantes) et en un album percutant (douze chansons taillées dans l’airain), le trio londonien de Luke Haines, le songwriter-dictateur avoué du groupe, cristallise un renouveau nécessaire, entre grunge de salon et pop agressive. Ecartelé entre des guitares à la Television (sans artifice, dépouillées mais senties) et une rythmique à la Smiths (ce côté emporté, tchac-tchac, péremptoire mais riche d’espérance), “New Wave” est un premier album très honorable, qui révèle une direction nouvelle (pointée par Suede) pour la période renaissance de la scène anglaise.
Alain Galès dans Rock & Folk n°308 d'avril 1993
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Avec leurs trop bonnes manières et leurs têtes de fayots de ces pages - ils citent l'influence des Cahiers du cinéma autant que celle de Television, Godard au même titre que le Velvet -, les Auteurs ont bien failli se prendre deux baffes et rentrer à la maison. Pour les lèche-bottes de la critique rock, deux balles dans la nuque, le sort des traîtres et des lâches. Mais, heureusement pour eux, il y avait à côté du discours un disque tout court, Showgirl, résumé en single de notre discothèque d'île déserte : les guitares qui crient grâce de Marquee Moon, les clochettes de Sunday Morning, le tue-tête de Eight Miles High. Comme chez les La's, la mélodie y soufflait toute velléité de poussière, envoyant aux quatre cents diables les relents de naphtaline, le rémugle écoeurant du musée du rock. Pas l'amère odeur de pipi de chat du grenier des Stairs, pas le formol des Milltown Brothers. Le grand vent - ce doit être un mistral, puisqu'à la fois doux et impétueux - souffle d'un bout à l'autre de New Wave, ce qu'on peut faire de mieux avec six ou douze cordes. Une histoire incompréhensible du rock américain pour qui n'a pas vu les précédents épisodes de Television. La plus belle pourtant : comme chez Peter Astor ou Wenders, c'est d'Europe qu'on voit le mieux l'Amérique, toute en clichés, comme il se doit. Incapables, les Américains, de faire aussi bien leur rock, pas fascinés du tout par leur nombril, la tête trop basse.
La brocante – disques d'occase, affiches et clichés de cinéma – chez les Auteurs, on connaît. Luke Haynes – belle voix plaintive, pas entendue depuis les meilleurs étranglements de Feargal Sharkey – et Alice Readman officiaient dans les Servants, deux singles au Panthéon, The Sun, A small star et She always biding. Une participation éclair à C86, ce manifeste bout-de-rien du NME et un album raté, Desinterest, qui n'intéressera justement personne, et fin de Servants déjà dédiés au cinéma – ils avaient piqué leur nom au The Servant de Losey. Ce n'est pas Sardou et son Cinéma d'Audiard, ça. "Some people were born to write, some people uere born to dance / Thought I knew my place in the world" ... Les Auteurs, comme les auteurs de la nouvelle vague (new-wave, en anglais dans le texte) pillent méticuleusement l'héritage : la discothèque en lieu et place de Cinémathèque, Television de New York pour le cinéma d'Amérique. Un disque à la nostalgie très proche de celle de Denim, mais où la forme compterait plus que le fond. Une nostalgie comme on l'aimait tant chez House Of Love ou les Weather Prophets, où chaque son frappe les cordes sensibles d'une mémoire qui ne demande qu'à se soumettre. American guitars, écho troublant du American rock de Denim, même fascination viscérale pour une poignée de disques intimes comme aucun être humain ne pourra l'être. Ici, comme chez Suede, le frère jumeau qui a vendu dès la naissance son âme à Dionysos, on a grandi avec Ziggy Stardust et Aladdin Sane : comptez-moi le nombre de fois où revient le mot "star" dans cet album et devenez David Bowie, just for one day. Dans les chambrettes de la misère adolescente, l'Angleterre se préparait les plus improbables stars du plus orgueilleux glamour : celui du cygne, le panache du condamné à mort qui refuse qu'on lui bande les yeux. Du statut de laissés-pour-rien à la plus improbable position de pop-star, sans rien changer : Morrissey et ses lunettes sécurité sociale de quart-monde mancunien devenu miracle strass et lamé ; PJ Harvey et ses bottes de ferme incroyablement sexy ; Brett Suede, de l'anonymat glauque du petit rien punk au sex-symbol ; Jarvis, l'endive raillée de Sheffield métamorphosée vraie star de Pulp ; Luke Haynes et ses misères de chansons au quotidien, plus scintillant qu'Hollywood sous le soleil. Un timbre, un ton, une flamme, séduisants jusqu'à l'assujettissement : Junk shop clothes, les plus belles guitares acoustiques depuis Hunky Dory, très précisément soeurs jumelles des Bewlay brothers ; Startruck, l'élégance incarnée How could I be wrong ?, question idiote ; Idiot brother, un riff qu'on emportera dans notre tombe, House again, une mélancolie à ne pas quitter sa vitre... Elle sont douze (treize ?) comme ça, ni nouvelles, ni vagues, le pedigree autour du cou, avec l'allure d'un dandy warholien, la chaleur du meilleur Kinks, crâneuses et pourtant respectueuses, fougueuses et pourtant si bien élevées. "It's better than drugs, it's cool to be in your home again." De gré ou de force, vous y viendrez aussi.
JD Beauvallet dans Les Inrockuptibles n°43 de Mars 1993
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“Auteurs” ? “New wave” ? Certes, si on considère que Luke Haines, en gentil petit Mickey doté d’une paire de très grandes oreilles, a sérieusement potassé ses auteurs modernes et se présente à l’épreuve du D.E.U.G. de culture rock, option “nouvelle vague”, avec une tête bien pleine et pas trop mal faite. Pour l’exposé sur les grands ancêtres, il est au point : l’intro de “Home Again” est une jolie synthèse de certaines versions destructurées de “Waiting For The Man” et de l’un des thèmes de “Street Hassle”. Sur “Don’t Trust The Stars”, c’est la moitié discrète de Television qui se rappelle à notre bon souvenir, on jurerait entendre un extrait de l’un des albums solo de Richard Lloyd. Au détour d’un refrain, Peter Perrett pointe le bout du nez (“Bailed Out”) et le hasard fait que même les français ont leur place dans ce casting plutôt réussi : “Early Years” n’est pas très loin de ce que nos excellents Blue Valentines ont pu faire. Alors, entre un chant habilement travaillé et quelques prouesses à la guitare que n’auraient pas reniées les Weather Prophets - “How Could I Be Wrong ?”, meilleure chanson du lot, qui emprunte un violoncelle au néo classicisme ambiant - on ne s’ennuie en aucune façon à l’écoute de ce disque raffiné, parfois drôle et toujours malin. Quand le candidat Luke avoue “I was starstruck when I was young” “les stars me fascinaient du temps que j’étais jeune” - on le croit sur parole, on lui décerne une mention 'assez bien' et on lui donne rendez-vous dans un an pour son examen de licence, quand sa voix, agréable et agile, et son inspiration, sage et scolaire, auront eu le temps de parvenir à la maturité qui devrait en faire l’égal de ceux dont il s’inspire pour l’instant.
Bruno Juffin dans Rock Sound n°4 de mars/avril 1993
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