The Breeders : Last Splash (1993) (*** 1990's ***) posté le vendredi 26 mai 2006 16:42

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  **


Avec Pod, un apprentissage où il s’agissait plus de désapprendre, Kim Deal et son gang n’avaient pas le souci de faire leurs preuves. Mais pour Last Splash, The Breeders ont à prouver qu’ils forment un vrai groupe, ayant quelque chose à dire. Alors, les promesses du premier album sont-elles tenues ? Dépassées ? Last Splash est un très bon disque de rock américain, absolument sans prétention, accessible, sûrement l’oeuvre la plus réussie de la part de la famille Pixies depuis... Pod. Cannonball par cxempie, et ses breaks faramineux est l’une des trois ou quatre chansons de l’année. Hag, le seul lien évident avec la comète de 90 nous montre une Kim Deal corrosive. Drivin’ On 9 est une magnifique ballade "countrysante". Il est à remarquer le nombre incroyable de musiciens, des plus honnêtes (Palace Brothers) aux plus mercantiles (Lemonheads), redécouvrant leurs racines. Il y a aussi I Just Wanna Get Along, attaque insidieuse de Kim envers Franck Black, "We were rich once, before your head exploded", que chante Kelley par procuration et Invisible Man, un amusant pastiche des quatre de Boston, avec des violons majestueux. Do You Love Me Now, le single de l’année passée, sous-estimé à sa sortie, prend ici toute son ampleur. Les choeurs y sont angéliques et malsains à souhait. Curieusement, les faiblesses ne viennent pas d’un héritage Pixies trop lourd à supporter. Certes, No Aloha et les instrumentaux ne sont pas très inspirés. Mais, le plus gênant est la répétition de riffs de guitare, de breaks souvent placés aux endroits attendus (Saints). Quant à Mad Lucas, le morceau soi-disant le plus étrange, il donne plus le sentiment de vouloir faire tarabiscoté avec sa voix retravaillée, perdant toute sa magie naturelle malgré une ligne de basse extraordinaire de nudité. Last Splash ou le fantôme de Pixies abattu du premier coup.

Daniel Dauxerre dans M@GIC m u s h r o o m n°8 de l'automne 1993
© 1993 Association PSYLÖH. Tous droits réservés.

Au risque de provoquer émeutes posthumes et courrier de lecteurs indignés, osons une hypothèse : les Pixies, c'était Kim Deal. Oui, bien avant le faire-part officiel, les Pixies ont mis un pied dans la tombe le jour où on a privé Kim Deal de micro. Bouche cousue, retranchée derrière sa basse, c'est les Pixies qui perdaient leur latin. Un jour, Frank Black paiera pour ça. Alors, on a béni les Breeders et sucé la moelle du bouillant Pod. C'était il y a bien longtemps, avant PJ Harvey. De l'eau a coulé sous les ponts, les Pixies ont coulé à pic, les Breeders ont bu la tasse, Kim Deal entre deux eaux. Miraculé, Last Splash. Kim Deal ne sait plus bien s'il faut encore montrer les dents ou jouer la Cajoline comme sa copine de Belly. Riche, Last Splash. Trois ans après Pod modèle et taille uniques, on trouve de tout chez les Breeders. Des crises de nerfs, des accalmies, des mélodies, des guitares couleur framboise écrasée, des gags. Succès assuré et singles pour l'année. Une vraie orgie de tubes noisy. Last Splash est riche comme un repas de fin d'année. Danger. Crise de foie. Pour l'apprécier vraiment, on évitera la gloutonnerie. Car avalé d'un trait, l'album est indigeste. Sans l'exubérance des Pixies ni le dépouillement de Pod - ses parents -, Last Splash stagne et s'enlise parfois. Une antirévélation. Comme Yo La Tengo de Painful, qui confond évolution et exercice de style, les Breeders se cherchent. On croit retrouver de vieux amis, mais ils ont tout compliqué. Les Breeders jouaient pépère - mémère ? -, nature, simple. Pourquoi ces morceaux aux breaks incessants, mollassons et finalement maladroits ? Comme s'ils s'improvisaient devant nous, voulaient tout dire et ne parvenaient qu'à noyer l'essentiel dans des banalités bafouillées. Pourtant, à la carte, Last Splash mérite trois étoiles. On commencera par une paire d'instrumentaux endiablés (Flipside, SOS), poursuivra par quelques fausses ballades endiablées chamallows, spécialités locales (Divine Hammer, Saints), Cannonball en plat de résistance et dessert en fin d'album : Driving on 9, retour à la nature, délicieuse fuite en avant où les Breeders jouent enfin à l'instinct, heureuse issue de secours sur un tempo country. On croyait que Last Splash traînait les pieds, le droit dans la chaussure gauche et vice versa. Faux il prenait son temps.

Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles n°49 octobre 1993
© 1993 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.

Des Breeders, on gardait le souvenir d’un super groupe indie féminin — une Pixies, une Perfect Disaster, une Throwing Muses — réuni pour l’enregistrement en 1990 d’un album intrigant, “Pod”, sous la houlette de Steve Albini. Trois ans après, toutes les données alors en cours ont changé. Le split de qui-vous-savez, la naissance de Belly et les Breeders, en nouvelle formation serrée autour de Kim Deal, prennent une toute autre dimension. Car, imaginez que tout le monde se soit trompé, n’attendant de l’après-Pixies que les exploits programmés du gnome bondissant. Une certitude à priori bien ancrée que cet album vient s’empresser d’ébranler. Dès “New Year”, ouverture agressive, on a compris que personne n’est là pour plaisanter. Et “Cannonball”  tombe à pic pour enfoncer le clou : un chant faussement candide, une basse métallique, un tourbillon de guitares. Tout au long du disque, ce sont ces dernières qui se taillent la part du lion. Ça grince, ça craque, ça crépite. Un son dense, une tension de tous les instants, un grain de folie parfaitement illustrés par “Roi”. Et si “I Just Wanna Get Along” prend les atours d’un futur classique, “Mad Lucas” pourrait être ce que l’on attend du Velvet 93 : une comptine malsaine pour une ambiance sombre et moite. En un tour de main, Kim et ses ami(e)s viennent d’éjecter Frank Black d’un fauteuil qu’il croyait réservé. Victoire par KO.

Christophe Basterra dans Rock & Folk n°313 de septembre 1993
© 1993 Rock & Folk. Tous droits réservés.

Pod, le premier coup d’envoi des Breeders, était superbe. Intelligent, mince et essentiel. Mais tellement rêche et squelettique qu’il en devint rapidement indigeste. Le disque avait un goût de gravier... Aujourd’hui, les choses ont changé. Tanya Donelly est partie fonder le délicieux Belly, et les Pixies de Kim Deal n’existent plus. Les Breeders ne sont donc plus un «super groupe» de séance. C’est même une affaire de famille depuis l’arrivée de Kelley Deal, soeur jumelle de Kim. L’ancienne bassiste de Black Francis, toujours aussi incroyablement sensuelle fait désormais tout le boulot. Composition, guitare, production... Trois éléments si bien maîtrisés dans ce nouvel essai que c’en est presque ridicule. «Last Splash» regorge tellement d’idées à peine dévoilées, de sketches sublimes, d’esquisses parfaites qu’on pourrait sans peine l’appeler le «Sergeant Pepper’s» du grunge si ce mot voulait dire quelque chose. C’est de l’artisanat à l’époque de la production de masse et du recyclage. Et on sait qu’il n’y aura jamais rien de mieux que l’artisanat, le «fait main»... Tout le génie des Breeders réside dans leur notion tellement rare de l’essentiel. Le superflu est anéanti impitoyablement à coups féroces d’idées de maître. Production redoutablement intelligente (voir le fascinant Cannonball ou encore ce No Aloha tellement sexué qu’il en devient orgasmique, sans parler de Mad Lucas, sorte de There She Goes maltraité par un Tom Waits travesti), compositions torchées les doigts dans le nez (I just Wanna Get Along entre Ramones et MC5, Invisible Man ou Divine Hammer, qui ferait passer Belly pourtant déjà très fort - pour Abba), guitares toujours imprévisibles, basse qui dérape, dissonances jamais superflues mais invariablement subtiles... Les Breeders sont déjà des stars. Ce qui remet les Pixies à leur juste place : quand on pense que les deux responsables de «Last Splash» et «Frank Black» jouaient dans le même groupe !... Il fallait bien que ce soit le meilleur de son temps.

Nicolas Ungemuth dans Guitare & Claviers n°144 de septembre 1993
© 1993 Guitare & Claviers. Tous droits réservés.

Le débonnaire Black Francis a bien fait d’exploser la maison Pixies et de lâcher ses ouailles dans d’autres directions. De même que l’on a attendu de pied ferme le premier avatar solo de l’ami Frank Black et sous-estimé les audaces évidentes de “Pod”, “Last Splash” devrait faire table rase des expériences passées et représenter l’heure d’un certain rachat, tout au plus le rétablissement de vérités : succès croissants de Belly et Breeders qui contrecarrent celui relatif du diablotin Frank Black. Expurgé de la fougue épileptique du gros braillard des Pixies, vidé des fluides et sémillantes guitares de Joey Santiago, les Breeders réapparaissent, sans Tanya, grandies et enfin libérées d’un carcan pesant. Le coeur ensanglanté et pourpre de la pochette n’évoque pourtant pas ce libertinage bon teint qui pimente dans ce second album finalement disparate. Cette tranquillité quasi champêtre (de “Divine Hammer” à “Invisible Man”) tempère parfois les ardeurs mélodiques et rythmiques sans toutefois risquer la moindre tachycardie sonore que chérit tant l’autre Kim (Gordon des Sonic Youth), leur supportrice clippeuse. Notre mansuétude (celle qui apprécie la reprise d’Aerosmith, “Lords Of The Thighs”, et qui est curieuse de voir Red House Painters faire de même avec un titre de Kiss !) ira même jusqu’à apprécier les insidieuses mélodies des soeurs jumelles enfin réunies pour un florilège de chansons courtes et alertes, même si on peut déplorer ces maladroites coupures et fâcheux entrechats pseudo noisy aussi ennuyeux que fort déplacés. En aparté, on préférera cette incartade country, “Drivin’ On”, qui sublime les gracieuses vocalises de Kim, Kelley et Josephine. Bienvenue du côté des rockeuses aux coeurs brisés, de ces histoires sentimentales aux douloureuses épines. Mais comme chacun sait - on le dit dans nos chansons - le monde n’est qu’un cactus.  

Pierre Veillet dans Rock Sound n°7 de septembre/octobre 1993
© 1993 Rock Sound. Tous droits réservés.




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