Genre : Rock alternatif UK
Note : ***
Où l’on reparle de contrastes. Entre la lumière et l’obscurité, la chaleur et le froid, le minimalisme et l’amplitude — présents dans la voix ensorceleuse de Siouxsie comme dans les rythmes tarabiscotés du grand Budgie. Les Creatures sont le passe-temps favori de la paire d’as d’un groupe qui se voulait uniquement provocateur et forcément éphémère («die young», cette foutaise) à ses débuts en pleine effervescence punk et qui treize ans après continue à tenir le haut du pavé post-77, j’ai nommé Siouxsie & The Banshees. Les Creatures, projet parallèle dont la naissance remonte à mai 81, au moment de l’enregistrement de l’album «Ju Ju», n’avaient jusqu’à maintenant à leur actif qu’un seul et unique album enregistré en 83 dans les îles Hawaï («Feast»). Cette fois, c’est en Espagne, dans un couvent reconverti en ranch, que les deux dissidents ont concocté leurs tropi-colderies expérimentales relevées d’un soupçon de claviers ou de cuivres. A l’arrivée, une quinzaine de déclinaisons percussives et vaguement «waveuses» sur le thème du mantra dont on retiendra l’élan incantatoire et un certain titillement érotique. Un croisement de laborantine et de romanichelle couplé à un sorcier (de) clinique au pays du flamenco — genre que la dame estime plus que tout — ça ne peut pas faire de mal. Quand les Sirènes se mettent au gaspacho...
José Guerreiro dans Rock & Folk n°270 de janvier 1990
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En premier plan, quelques épineux se détachent en arabesques sur un ciel bleu azur virant au turquoise. Debout, caché derrière ces herbes folles, se tient un couple nu. Appareil photo à la main, Anton Corbijn aurait-il saisi l'apparition furtive d'Adam et Eve perdus dans le jardin d'Eden ? A-t-il plutôt immortalisé Dame Siouxsie et son complice Budgie, batteur des Banshees depuis 79, dans leurs aventures musicales mais néanmoins parallèles ? La pochette du deuxième album des Creatures est résolument mystérieuse. Elle témoigne du même souci de renouvellement qui habitait déjà "Through the looking glass" et "Peep show". A ce titre "Boomerang" est plus dans la veine de ces deux disques que de "Feast", le premier Creatures. Pour l'enregistrer, celle qu'on a hâtivement qualifiée de prêtresse du rock gothique a emprunté les chemins de traverse. En compagnie de Budgie, Siouxsie s'est arrêtée en Espagne. C'est donc sous le soleil qu'ils ont péché en concoctant un album proche de l'exercice de style.
Non que "Boomerang" se perde en expérimentation sonore, mais l'album est riche, dense, difficile d'accès. Le climat y est langoureux, la musique lancinante. La tension demeure linéaire au fil des deux longues faces, mais l'impression de fluidité s'estompe vite. Ce sont les chansons ("You !") qui présentent de véritables contrastes. Tous les titres sont construits sur la même opposition, entrechoquent un minimalisme tout britannique et une fantaisie latine, presque exotique. Le chaud et froid des premières écoutes passé, "Boomerang" vous reviendra. Vous n'aimez pas ? Lancez-le.
Olivier Sarrazin dans Les Inrockuptibles n°21 de février-mars 1990
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