Genre : New Wave
UK
Note : ***
Quand un groupe culte, autant que populaire (un paradoxe sans doute pas évident à vivre), qui a tout de même trouvé le moyen de traverser trois décennies sans essuyer trop de plâtres, repart sur les sentiers de guerre, on se méfie tout en espérant retrouver les ambiances qui ont fait chavirer plusieurs générations. Cure, qui a depuis retrouvé son "The" (un signe ?), avait laissé sur sa faim nombre de ses admirateurs il y a quatre ans, avec un Wild Mood Swings éclaté et boursouflé autant qu'essoufflé. Aujourd'hui, Bloodflowers ressemble fort à une rédemption. Ici, les guitares sont (re)devenues prédominantes, et le ton, le son, renvoient ouvertement au dernier grand disque commis par Robert Smith, Disintegration. Le groupe joue serré, la voix s'évanouit pour laisser place à de longs passages instrumentaux passionnés, inquiétants. Le quintette a retrouvé son sens du danger, son sens de l'équilibre. Selon son créateur, ce disque serait le troisième côté d'un triangle ébauché en 1982 avec un Pornography incontournable – le Loveless des années 80, pour les plus jeunes –, poursuivi en 89 par le susmentionné Disintegration. Dès lors, aucune surprise à chercher. Ou plutôt une hénaurme surprise. Car The Cure – résumé à son seul Smith – fait ainsi l'impasse sur toute sorte de pop-songs – adorateurs de Just Like Heaven ou Friday I'm In Love, ne perdez pas votre temps – pour ne privilégier que des climats en clair-obscur, des plongées en apnée, se permettant toujours de rester à la limite de l'implosion. Ce qui ressemble, pour lui, comme pour nous, à une cure de jouvence.
Christophe Basterra dans Magic!
N°38 de Février 2000
© 2000 (Hi Press). Tous droits
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Cure entame l'an 2000 en éternel zombie. Magnifique au départ, Bloodflowers s'enlise ensuite dans la marée noire.
Depuis de longs mois déjà, les corbeaux colportaient une rumeur insistante qui faisait de Bloodflowers un fier héritier de Pornography : un album sombre, crépusculaire, lourd de sons et de sens, une somme de romantisme échevelé et glauque avec ses atmosphères ténébreuses. Déjà entendues à l'époque de The Head On The Door, puis de Disintegration, ces foutaises de corneilles devaient mobiliser l'arrière-garde des pigeons cold-wave et des pleurnichards gothiques nostalgiques de leurs dépressions adolescentes. Que ceux-là rentrent chez eux : il n'y a sur cet album de Cure ni les rythmiques martiales de Hanging Garden, ni les spirales démoniaques de One Hundred Years, ni les brumes cinglantes de Cold. Tant mieux. Plutôt que de traîner ce vieux fonds de commerce refroidi, Robert Smith a emmené Cure vers des horizons plus dégagés, ces plaines musicales baignées par un soleil d'hiver. Du grand Cure à l'évidence, lorsque la lente mélancolie d'Out Of This World ouvre le champ de vision en explorant cette palette chromatique pastel et diaphane qui fit défaut sur les précédents albums – le navet pop Wild Mood Swings et l'insipide Wish. Quelques plages plus tard, Robert Smith tutoie les mêmes cimes sur un There Is No If quasi acoustique, évanescent et à peine zébré de quelques traits de claviers, puis dans un The Loudest Sound lancinant et hypnotique. Trois titres d'authentique Cure, qui parcourent le périmètre musical établi depuis Three Imaginary Boys jusqu'aux rénovations sonores engagées par le groupe à la fin des années 80. Inexplicablement, entre ce quart d'heure d'extase et les six autres chansons de Bloodflowers, c'est un monde qui s'écroule, un groupe presque irréprochable qui se transforme en une espèce de monstre mélodique errant. Lumineux, Cure se mue en un groupe détestable, empilant dans des chansons interminables (entre sept et onze minutes) des collections d'arpèges broussailleux, des amas de sons compactés et complexes à faire fuir les oreilles les plus endurcies. Les textes de Robert Smith eux aussi quittent les rives gentillettes de la romance pour pactiser avec le côté obscur de la dépression, débitant au kilomètre de la solitude maladive et des tourments métaphysiques dans un vocabulaire savamment choisi dans le lexique du parfait suicidaire. Sonorités datées, travaillant maladroitement sur des climats dont seuls les Psychedelic Furs surent en leur temps tisser les plus nobles mailles, les chansons de Cure ( 39, Watching Me Fall et Bloodflowers ) défilent comme un vent mauvais, inutiles et bêtement suicidaires, comme si elles devaient matérialiser la fin du parcours pour un groupe né et (finalement) mort avec les années 80.
Marc Besse dans
Les Inrockuptibles N°229 du 09 février 2000
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Par les temps qui ruent dans les brancards du futur annoncé, le problème des grands groupes des années 80 n’est pas qu’on les attend au tournant, de pied ferme et la Reebok prête à jaillir, mais plutôt qu’on ne les attend plus du tout. Qui, en 2000, guette le prochain U2 ? Etrangement, The Cure suscite encore un intérêt mondial, bien palpable sur le Net et particulièrement français comme en atteste la frénésie qui accompagna sa récente apparition parisienne. Cela tient probablement à deux choses essentielles et cruciales pour qui veut perdurer. Tout d’abord, et “Bloodflowers” abonde dans ce sens, Robert Smith et ses oeuvres n’ont jamais déçu : “Out Of This World” qui accueille ici l’auditeur à bras acoustiques ouverts, “Where The Birds Always Sing” comme aux heures insalubres de “Pornography”, “There Is No If...” parcheminée d’angoisses contrôlées ou “39”, pavé mutant et ironique, ont conservé cette qualité artistique et sonique qui a contribué à établir la réputation du groupe. Et puis surtout, The Cure sonne toujours comme... The Cure. Mal lu, ce compliment pourrait se retourner contre Bob & Co mais, l’esprit mauvais laissé ailleurs, on constate que le groupe a su rester fidèle à lui-même. Ici, pas de reconversion techno, pas de tentatives easy-listening, peu de synthés au grain délibérément reconnaissable. Juste de longues plages grattées par des guitares, en vagues lourdes, à gros bouillons, gigotantes sous les doigts blancs, baveuses dans l’ampli. Smith ne sacrifie à aucune mode et démontre avec une insolence bon enfant que la personnalité reste l’instrument le plus efficace pour les musiciens qui veulent marquer leur temps.
Jérôme
Soligny
dans Rock a Folk n°391 de mars 2000
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Quel est le seul
point commun entre Tina Tumer et Robert Smith ? Tous deux, à
chaque album, laissent entendre que c'est le dernier... Mais
là s'arrête toute comparaison. Car Robert Smith,
depuis vingt ans qu'il oeuvre à la tête de Cure, a
toujours préféré l'ambiguïté
inconfortable à l'efficacité vulgaire. Ce type et son
groupe sont même un paradoxe vivant : à 40 ans,
toujours coiffé et maquillé comme un collégien
déviant, Smith n'a pourtant jamais été aussi
digne et pudique. Et sa musique, qui ne respecte plus aucun des
critères indispensables à toute bonne composition pop
(un refrain, un gimmick, du laconisme), est toujours aussi
fascinante pour qui veut bien s'y immerger.
Cet énième album, à peu près le
vingtième, se veut le dernier volet d'une trilogie
entamée avec Pornography, (1982) et poursuivie avec
Disintegration (1989). Pas de chansons dans ce disque, au
sens commercial du terme, mais de longues envolées lyriques
(six minutes en moyenne) ; le tout scandé par la voix
économe du leader, une sorte de non-voix, à la
diction quasi exténuée immédiatement
identifiable. Comme une symphonie introspective en neuf mouvements
dédiée à la frustration et au
désespoir. Définitivement au-delà de la
normalité, Smith et Cure – l'un ira-t-il jamais sans
l'autre ? – semblent avouer ici leur échec à
trouver un remède à la mélancolie qui les
habite et les façonne. Incurablement
émouvant.
Philippe Barbot
dans Télérama n°2616 du 1er mars 2000
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