The Cure : Dans les méandres du Wish Tour (T.I.B., 1992) (*** THE CURE : les archives ***) posté le samedi 03 juin 2006 08:06

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, The Cure : Dans les méandres du Wish Tour (T.I.B., 1992)

Interview exclusive de Robert Smith recueillie à Madrid par les responsables du fanzine français Three Imaginary Boys


Madrid, à l’approche de la fin de la tournée, Robert se penche sur le bilan et tire des conclusions. Avec distance et calme, il revient sur les différents événements qui ont ponctué les huit mois du Wish Tour et dévoile les aspects cachés des voyages et des concerts, ses sentiments sur son public, comment il voit les fans, la façon dont il conçoit les set lists.. et dresse en somme, le portrait d’une année sur les routes dans ses détails et ses secrets.

Three Imaginary Boys : Après plus de cinquante concerts quel est ton sentiment général sur la tournée ?
Robert Smith : Je pense qu’il y a eu quatre tournées différentes. Cela ne m’a pas paru comme une tournée mondiale. Les dates anglaises, américaines, et australiennes et puis les européennes ont formé quatre tournées distinctes qui ont leurs propres caractéristiques. C’est en partie dû à la nature des pays mais aussi à celle des fans et des salles et aussi du personnel.
Lorsque l’on a commencé les dates anglaises, il y avait un niveau d’énergie... simplement aller et jouer dans de petits endroits et voyager en bus, c’était exactement comme il y a dix ans, c’était une très bonne atmosphère.

 


« Aux Etats-Unis,
ce fut, en ce
qui me concerne,
la tournée
préférée de toutes
celles que j’ai faites. »

Aux Etats-Unis, ce fut personnellement la tournée préférée de toutes celles que j’ai faites. J’ai vraiment, vraiment apprécié. Bien sûr, il y a eu des choses que je n’ai pas aimées, quelques nuits, mais en général, l’atmosphère a été très bonne. Dans une tournée de cette longueur, il y a toujours quelque chose qui ne va pas aller, il y a toujours des disputes, des tensions... mais je m’étais bien préparé mentalement pour cette tournée, j’ai simplement ignoré tout ce qui n’allait pas mis à part une ou deux nuits, certainement dans les deux premières semaines, où là, j’ai eu envie d’abandonner et retourner à la maison, ça a été vraiment bien.

Le Mexique fut une sorte de mélange étrange, un peu comme l’Amérique du Sud. Ce fut une expérience mémorable mais tout le temps où j’ai été là-bas, je pensais que j’en rirais une fois sorti. Je dois admettre que cela ne fut pas aussi agréable que prévu. Je suppose qu’avoir été atteint au visage sur scène... Si cela n’était pas arrivé, j’aurais certainement eu de meilleurs souvenirs mais même le public n’a pas semblé... En Amérique du Sud, le public semblait vouloir vraiment nous voir... A Mexico, c’était plus le sentiment que, comme peu de groupes vont y jouer, ils vont voir n’importe qui, ce qui était évidemment aussi le cas au Brésil et en Argentine. Les gens dans le public sur les photos portaient des T-Shirts d’Elton John, de Queen, d’Iron Maiden, les groupes qui y sont allés avant. Mais ils avaient l’air d’être plus concernés. Alors qu’au Mexique, ce sont de drôle de gens, c’est je pense un pays assez difficile pour vivre. Et puis, il y a toujours ce sentiment étrange de culpabilité d’aller dans des endroits comme l’Amérique du Sud ou le Mexique, tu vas jouer un concert et leur prendre de l’argent. Même si tu es très bon, tu te sens toujours coupable, enfin moi, mais bon, on nous a demandé de venir jouer, on vend beaucoup de disques...

T.I.B. : Et le public est content de vous voir jouer...
R.S. :
Oui. Je n’essaye pas de faire croire que c’est négatif car la réaction fut bonne, c’est simplement ce que j’ai ressenti. Cela aurait été mieux si, sachant qu’on allait au Mexique, on avait pris une semaine et joué trois concerts, par exemple deux à Mexico City et un à Monterrey ou trois salles plus petites. Cela aurait été mieux parce que ce qui est arrivé, c’est que sur les 40000 au moins 10 ou 20 000 personnes ont du voyager de Mexico à Monterrey. Nous aurions dû annuler un ou deux concerts du Sud des Etats-Unis et jouer une ou deux nuits de plus au Mexique.

 


« Je ne peux plus
rester éveillé
jusqu’à 7 heures
du matin à boire
et m’attendre à
un bon show le
jour d’après
parce que je me
sens comme si
j’avais envie de
mourir »

L’Australie fut le tournant parce qu’en fait, je suis beaucoup sorti en Australie. Je suis sorti tous les soirs pour jouer au billard, boire. Parce que je savais qu’on avait trois semaines, j’ai essayé de fourrer tout dedans. Parce que je pensais que même si je me sentais mal, au bout de trois semaines, je rentrerais à la maison. Ce fut trois semaines très émotionnelles. J’étais très fatigué et certains shows s’en sont ressentis. Cela prouve que j’ai raison de ne pas sortir, parce que si les concerts en souffrent, cela ne vaut pas la peine, cela n’a aucun sens. Je ne peux plus rester éveillé jusqu’à 7 heures du matin à boire et m’attendre à un bon show le jour d’après parce que je me sens comme si j’avais envie de mourir. En Australie, il y a eu superficiellement beaucoup de bonnes choses mais d’une manière bizarre, il manquait quelque chose en Australie, je ne sais pas, c’est là que l’atmosphère a commencé à se détériorer un peu.

Je pense que dans un grand instantané de ce qui est arrivé cette année, tout ce qui entoure le groupe avec les traumatismes personnels, on a perdu quelque chose dans le sens où pendant le Prayer Tour, c’était plus une sorte de famille lorsque l’on voyageait, l’entourage ne tombait pas à moins de douze ou allait parfois jusqu’à seize personnes. Ce côté là n’est pas présent cette année dans la tournée, je pense que les autres en sont heureux mais d’une manière assez bizarre, cela me manque. Cela me manque vraiment. C’était un excitant, pas les concerts mais juste voyager dans le car ou sortir pour les repas. Cela n’est plus présent et j’ai commencé à m’apercevoir en Australie que c’était un côté important de The Cure, pour moi. De toute façon, je ne pense pas que cela soit le cas pour les autres.

Donc, quand nous avons commencé la tournée en Scandinavie, lorsqu’on est revenu après la courte interruption post australienne, il est devenu évident que Simon était vraiment malade, dès le premier concert. Je n’arrivais pas à croire combien il allait mal lorsque nous avons commencé. Je savais déjà, pour être honnête, dès le début. Je pensais que quelque chose arriverait probablement avant qu’on atteigne l’Allemagne car nous avions de longs voyages. Je pensais que quelque chose arriverait et provoquerait le retour de quelqu’un à la maison. Je ne savais pas qui ce serait, je savais que ce ne serait pas moi parce que je n’en ai pas le droit mais il y a eu tout au long de cette tournée une sorte de conflit latent qui n’est jamais bon. Cela vient simplement de la frustration. La frustration qui se manifeste sous formes bizarres venant de l’entourage, une frustration venant à la base du mal que se faisait Simon à lui-même. Il se présentait sous des dehors très agressifs mais je compatissais parfois car c’est très difficile quand il y a quelqu’un que tu apprécies, que tu aimes énormément, quand tu essaies de lui faire faire quelque chose, tu essaies de lui montrer que ce qu’il fait est mal mais il se fout de ce que tu lui dis. Et si par hasard ta patience vient à bout, tu te sens comme si tu haïssais cette personne parce que c’est comme si elle te renvoyait tout à la figure. C’est comme si elle reniait l’existence de tout ce que tu as qui est bien. Dans un sens, j’aurais dû intervenir plus tôt. Je n’aurais pas dû attendre que Simon aille si mal qu’on doive l’envoyer par avion à l’hôpital mais mes rapports avec Simon sont si différents de ceux que j’ai avec les autres dans le groupe.

 


« The Cure cela veut dire
plus que juste monter
sur scène et faire une
bonne performance.
Il doit y avoir quelque
chose de plus sans cela,
ce serait ennuyeux. »

Dans le groupe, il y a le sentiment que j’aborde les choses de manière un peu plus professionnelle, je ne sais pas, je ne suis pas sûr... Teddy doit être comme moi, probablement le plus proche de ce que je ressens. The Cure cela veut dire plus que juste monter sur scène et faire une bonne performance. Il doit y avoir quelque chose de plus, sans cela, ce serait ennuyeux. On était devenu moins que ce que je pense être et il y avait quelque chose de cela. Tu ne peux pas te dire que juste parce qu’on est The Cure, on peut monter sur scène et merder pendant une heure parce que je ne le trouverais pas acceptable. C’est le mariage des deux idées et j’essayais de nier que ce côté s’en allait et en fait, on allait sur scène et peut-être la moitié des deux heures et demi n’était pas si bonne.

Et tout le monde disait : “nous savons pourquoi ce n’est pas bon” et je savais pourquoi ce n’était pas bon et je savais pourquoi cela allait de pire en pire mais je ne voulais pas l’admettre alors que j’aurais dû le faire. Je ne sais pas, peut—être cela aurait été le choc dont Simon a besoin et avait besoin depuis quelque temps... Donc, cela a donné une couleur à la tournée. Il y a eu des nuits géniales, ayant dit tout cela. Quelques unes d’entre elles ont été parmi les concerts les plus intenses que nous avons faits cette année, dans la tournée européenne. Les trois nuits à Paris ne seraient jamais arrivées si tout le monde dans le groupe avait été heureux ou de bonne humeur tout le temps. Je ne pense pas qu’on aurait tenté ce que l’on a fait à Paris, je ne pense pas qu’on aurait obtenu cette intensité sur scène. Des choses bonnes en sont sorties, mais c’est vraiment un prix trop élevé à payer. J’ai aimé les concerts américains parce que je pense que nous avons atteint le point où en tant que groupe jouant sur scène, lorsqu’on a fait le Texas Stadium à Dallas je pense que c’était vraiment un concert brillant, simplement la façon dont on a réussi à jouer devant tant de personnes, de la façon dont on l’a fait et encore faire un bon concert. Je dois admettre que je me suis senti comme si j’avais fait quelque chose. J’ai vraiment adoré ce sentiment. Je suppose que c’est les deux extrêmes, les trois soirs au Zénith et le Texas Stadium et je les ai aimés tous les deux pour des raisons vraiment très très différentes.
Mais en général, depuis avril, je pense simplement que cela a été très long. C’est un peu plus que six mois ou sept, cela parait comme vingt.

T.I.B. : Quelle est encore la chose la plus difficile pour toi en tournée ?
R.S. : Je pense que les deux choses les plus difficiles sont de ne pas boire pendant mes jours de repos alors que tout le monde le fait parce que je sais que le jour d’après j’en souffrirai ou le concert en souffrira et je déteste me lever, c’est ce que je déteste le plus en tournée et aussi, le sentiment que l’on n’a jamais vraiment assez de temps pour faire quelque chose même les jours de repos où tu passes ton temps à voyager et c’est assez perturbant. Tu passes 90 % de ton temps en tournée à voyager ; c’est une sorte de stress ambiant, bien—sûr c’est un choix...

T.I.B. : Faire une tournée, cela pourrait être de la routine, qu’est—ce qui maintient ta fraîcheur et ta motivation ?
R.S. :
Plusieurs choses, je suppose. Essayer de temps en temps d’introduire de nouvelles chansons mais même ça c’est un combat de dire aux autres “Et si on faisait de nouvelles chansons”. Aussi, assez étrangement, le football parce que pendant cette tournée, je me suis fait envoyer des vidéos de foot, de football américain et de sports qui m’ont fait rester éveillé sur un sofa à regarder une heure ou deux dans le bus lors des voyages de six heures. Je restais en contact avec ce qui se passait dans le monde extérieur. On nous envoyait les journaux, les magazines, les journaux du dimanche. Tu essaies toujours de casser la routine par de petits trucs mais en fait tu ne peux pas car elle est là. On nous réveille le matin une heure avant de partir de l’hôtel puis on doit monter dans le car et puis on va à la destination suivante et puis on va généralement directement à la salle, on fait un soundcheck ; tout est similaire, dans un sens la routine est la seule chose qui te fait rester sain d’esprit. Pour moi, arriver dans un endroit, boire quelques bières et puis essayer de me préparer pour le concert fait partie de la routine dont je ne peux me passer car si nous restions à l’hôtel jusqu’à 9 heures et demi et arrivions pour le concert à dix heures puis montions sur scène, je détesterais cela.
Cela dérangerait ma routine. Donc il y a des côtés qui sont bénéfiques ; ce qui est ennuyeux c’est de voyager, mais enfin c’est ça faire une tournée. Si tu n’avais pas à voyager, ce serait génial. Tout ne serait que plaisir. Je déteste toujours les voyages, quelquefois un trajet peut être plaisant, si tu es en bonne compagnie mais... On voyage luxueusement, on a un car avec tout ce que l’on veut mais il y a toujours cette impression de perdre son temps, c’est du temps perdu, le temps que l’on passe à voyager.

T.I.B. : A quoi tu penses généralement avant d’entrer en scène ?
R.S. : Je m’imagine toujours que je suis dans le public.

T.I.B. : Et alors ?
R.S. : Si on joue par exemple un lundi et que je me sens malheureux j’essaye d’imaginer que nous ne sommes peut—être pas venus ici depuis des années et qu’il y a des gens qui ne nous ont jamais vus et j’essaye d’oublier que c’est lundi, que j’ai la gueule de bois... C’est une façon de combattre une certaine léthargie. Mais c’est difficile. Je n’essaie pas de me lamenter en pensant “c’est cela, c’est cela”, parce que c’est naturel. Tout le monde monte sur scène dans l’idée que cela va être un bon concert, ce serait vraiment tragique. Il y a des fois où tu dois savoir qu’il y a une drôle d’atmosphère dans les coulisses. Il y a eu des fois pendant cette tournée où tout le monde souhaitait que le concert se finisse pour rentrer à l’hôtel ou aller dans un bar ou faire autre chose. Mais la seule chose qui me met vraiment en colère, c’est quand les gens essayent de bousiller le concert. Pour moi, c’est la seule raison pour laquelle nous sommes ici. Si le concert est mauvais, cela me touche tellement parce que ça a été une perte de temps totale, le voyage, la préparation, le travail du personnel et tous ceux qui vont au concert et si c’est un mauvais concert, la seule chose que tu peux faire c’est te rendre à l’endroit suivant, toute la journée est gâchée. Je déteste si quelqu’un laisse percevoir une attitude telle que “Oh, je suis un peu fatigué, rentrons, ne jouons pas trop de titres”, cela me met en colère. Mais je n’ai pas trop à me préparer pour un concert parce que c’est la seule chose que je fais dans une journée qui est physique. Je suis léthargique pendant le reste de la journée. C’est aussi un sentiment agréable que de crier et gueuler pendant deux heures, c’est pourquoi je ne suis pas trop stressé. Tout le monde devrait essayer de crier pendant deux heures.

T.I.B. : Mais j’imagine que tu n’as pas le même sentiment si vous jouez à Paris par exemple ?
R.S. :
C’est un sentiment en plus lorsque tu joues un concert particulier dans une ville particulière et tu peux prévoir que ce sera un concert spécial. On le savait pour les trois soirs à Paris, cela aurait été difficile pour nous qu’ils ne soient pas bons parce que tout le monde les voulait bons.
Ce qu’il y a de bien avec le Zénith, c’est que qui prouve que c’était un bon choix comme salle de concert, c’est que les coulisses sont un espace ouvert, tu pouvais sentir l’atmosphère de l’ensemble, tu en fais partie en fait, c’est pourquoi je sors voir les Cranes presque tous les soirs. Bien sûr c’est parce que j’aime les écouter mais c’est aussi parce que cela donne une idée de l’atmosphère plutôt que de juste te jeter sur scène directement ; cela peut être une expérience sérielle et quelquefois cela peut de prendre toute la nuit pour t’en sortir. Tu ne te sens pas concerné, tu te sens observé tout le temps. Mais si tu regardes quelqu’un d’autre en train de jouer sur scène, tu te sens un peu comme faisant partie du public. C’est autre chose que j’essaye. Je regarde les Cranes et je me dis que je peux faire ça.

T.I.B. : Quel est le meilleur moment sur scène pour toi ?
R.S. : Je crois que c’est quand je chante le dernier couplet de “End”, c’est mon moment favori. Et j’aime aussi quand Paul commence son solo dans “From The Edge” , parce que toutes les lumières sur scène me font me sentir bien. Mais chanter le dernier couplet de “End” parce que je chante si fort que je ne vois plus rien, c’est mon favori.

T.I.B. : Et les rappels alors ?
R.S. : Au sujet des rappels, j’ai toujours l’impression, quand nous avons fait “End” , lorsque nous sortons, la suite du concert est complètement différente. Je me libère presque entièrement émotionnellernent à la fin de “End” et après cela, beaucoup des chansons que nous faisons sont des chansons positives et ce sont des chansons pour rappels, et je me sens proche du public et je suppose qu’après avoir bu une bouteille de vin, je me sens un peu plus relax sur scène. Je me fais plaisir d’une manière plus idiote.
Mais quelquefois les trucs les plus intenses arrivent à la fin des rappels quand tout le monde est fatigué et tout le monde se laisse un peu aller, cela peut être vraiment bien. On a fait quelques versions de “Forever” qui ont été géniales. Et quelques versions de “A Forest” qui ont été géniales sur cette tournée. On a tout sur bande, mais je n’écoute jamais. Mais je suis content qu’on ait enregistré Paris car je pense qu’il y a des trucs là qui pour nous ne seraient pas impossibles à rendre mais plutôt difficiles à capturer, encore ce même sentiment. Je suis content qu’on ait fait le film aux Etats—Unis et pas en Europe parce qu’on aurait vraiment eu l’air horrible si on l’avait fait en Europe. Au moins, aux Etats—Unis, cela sonne comme si c’était un mensonge.

T.I.B. : Mais vous avez joué moins de vieilles chansons aux Etats-Unis.
R.S. : Oui. Je pense que c’est en partie parce que le public est plus jeune là—bas.

T.I.B. : Ici aussi...
R.S. : Mais je pense qu’il y a une grande part du public qui aime toujours The Cure en Europe qu’il y en a aux Etats—Unis. Je pense qu’aux Etats—Unis, on a tendance à attirer un public plus jeune et les vieux continuent d’aimer ce qui leur rappelle le passé mais maintenant ils se tournent plus vers des gens comme REM, ils ont migré, ils nous aiment et nous écoutent encore mais le groupe d’âge le plus important, ceux qui donneraient leur vie pour le groupe, est en général plus vieux en Europe où ils ont comme 20 ans ou plus. Les gens qui attendent à la sortie des salles et demandent des autographes sont plus vieux en Europe qu’aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis, on dirait qu’ils ont treize ans ou alors ils rajeunissent quand ils ont vingt-cinq ans, mais ils semblent plus jeunes. Peut—être est—ce parce qu’il y en a tellement.


« Seventeen Seconds
était bien comme album
parce que c’était très naïf
mais la manière d’écrire...
si je les écrivais
maintenant..., elles
ne dépasseraient pas
le cap des démos.»

T.I.B. : C’est bizarre parce qu’ils ont commencé à écouter Cure en 1987 et maintenant ils veulent entendre les vieilles chansons.
R.S. : C’est difficile quand tu es dans un groupe de comprendre que les gens veulent entendre les vieilles chansons, ils n’étaient pas forcément nés quand on a créé ces chansons. C’est comme quand on est allé voir les Stones en 1974, je voulais qu’ils jouent tous leurs vieux trucs, ceux que j’avais entendus quand j’avais 7 ans, c’est la même chose ; lorsque les gens viennent voir The Cure, ils veulent entendre ce que l’on jouait avant qu’ils aillent en concert, avant qu’ils sachent qui on était. C’est difficile de comprendre cela parce que la plupart du temps, si tu demandes au groupe qui veut entendre les vieilles chansons, ils diront les vieux fans mais ce n’est probablement pas vrai, c’est probablement les fans les plus récents qui veulent entendre les vieilles chansons.
Mais pour la question du vieux et du neuf, cela dépend de l’endroit où tu traces la ligne. Depuis The Head On The Door, on a fait de meilleures musiques et de bien meilleures chansons qu’avant. Il y a de très bonnes chansons parmi les anciennes mais à l’époque où on les a faites, elles ont été faites pour une certaine raison et elles n’auraient pas pu être mieux.
Seventeen Seconds était bien comme album parce que c’était très naïf, mais la façon d’écrire, je veux dire pour moi, si je les écrivais maintenant, je serais très déçu par au moins la moitié. Elles ne dépasseraient pas le cap des démos. Je les aurais jouées à la maison et j'aurais dit non. Pas parce que je les avais déjà faites mais parce que je pense qu’il n’y a pas assez dedans. Mais quand on faisait l’album, je voulais qu’il n’y ait rien dedans, donc c’est ce que je pense que nous faisons et la manière dont j’ai progressé dans l’écriture plus qu’autre chose. Mais c’est vrai. Le groupe qui a existé avec Michael ou avec Simon, Matthew ou même le trio, moi, Simon et Lol. On n’aurait jamais pu écrire et jouer une chanson comme “The Deep Green Sea”, c’était complètement au dessus de nous. Je n’aurais pas pu l’écrire et nous n’aurions pas pu la jouer, enfin Simon et moi si mais pas Lol.

T.I.B. : Qu’est ce que tu ressens aujourd’hui quand vous jouez des vieilles chansons. As—tu le même plaisir que quand tu chantes les pop songs ?
R.S. : Non, c’est un équilibre. C’est un équilibre difficile à réaliser, faire le set et choisir les rappels. Les trois premières chansons que l’on a apprises avec Roberto pour les rappels de Marseille, c’était “Primary”, parce qu’il l’aimait et voulait la jouer, “Boys Don’t Cry” et “A Forest”, donc trois vieilles chansons et elles sont des favorites reconnues et les trois suivantes furent “Lovesong”, “Close To Me” et “Why Can’t I Be You ?” parce qu’elles sont aussi aimées ; pas seulement en tant que chansons mais aussi parce que les gens savent que pendant cette partie du concert, je peux me balader, je ne suis pas rivé au micro, donc c’est plus pour la performance live du groupe et pour moi de me balader en chantant que pour la chanson en elle—même. Je pense que ce n’est pas si important quelle chanson nous faisons du moment que je me balade avec le micro et que cela me fait me sentir bien pour cinq ou six minutes. Si nous essayions de jouer des vieilles chansons dans le sens de “Vous devez écouter cela, c’est très important”, ce serait vraiment chiant, ce serait aussi ennuyeux pour le public. Même s’il y a beaucoup de gens qui trouveraient cela très intense, très gratifiant. Mais je pense qu’en tant que groupe, si on faisait cela tout les soirs, on perdrait quelque chose, l’émotion, je pense que c’est bien qu’il y ait les extrêmes.
Mais il y a des occasions et il y a eu des occasions pendant tous les concerts que nous avons joués, où nous avons soudainement sorti une vieille chanson et si tu es là, tu l’entends, si tu n’es pas là, c’est dur mais... Avant la fin de la tournée, nous ferons “The Drowning Man”, mais où et quand ? On fera “The Same Deep Water As You” dans un prochain concert mais maintenant Roberto, après quelques concerts, se sent bien, on pourra apprendre d’autres chansons qu’on n’a jamais faites auparavant comme “The Upstairs Room” qui correspondent plus à son style de basse, ainsi on aura tous à apprendre des nouvelles chansons. Je pense que cela améliorera le moral du groupe, améliorera l’atmosphère d’un cran si tout le monde pense à ce qu’il fait. C’est bien pour finir la tournée positivement plutôt que chacun ne pense “Oh non, laissons nous aller jusqu’à la fin de la tournée”, parce que de toute façon, on va y arriver et autant le faire en s’amusant et faire des trucs étranges. C’est une façon positive de regarder ce qui est arrivé parce que si Simon était resté et continuait à lutter tous les soirs pour finir, on n’aurait pas fait de nouvelles chansons, on aurait essayé de finir la tournée, en espérant que Simon ne craquerait pas. Et puis c’est plus sympa pour Roberto qui a appris toutes ces chansons en une journée que Teddy apprenne la ligne de claviers de “The Same Deep” et que je me rappelle les paroles, c’est le moins que l’on puisse faire.

T.I.B. : Est-ce que tu n’as pas le sentiment quelque fois de tourner en rond aujourd’hui ? Est-ce que tu essaies à chaque fois de faire quelque chose d’autre ?
R.S. : J’ai ressenti pour la première fois cette année que nous étions soumis à exactement la même routine qu’à l’époque du Prayer Tour and Disintegration et c’est pour cela que je sais que je ne le referai plus, parce qu’il y a d’autres choses que je veux faire. Quand on faisait Wish, quoi que je dise je ne l’aurais pas fait autrement parce que faire un album et ce qui suit est le meilleur ou un des meilleurs moments quand tu es dans un groupe. Mais il y a tellement d’autres choses. Ça a été très intéressant. Mais je ne voulais pas tourner avec cet album. J’étais vraiment la seule voix au Manoir avant Noël, et j’ai vraiment essayé que l’on ne parte pas en tournée alors que les autres voulaient y aller. C’est marrant car à la fin, c’est moi que l’on blâme parce que c’est trop long. Une fois la décision prise, une décision démocratique, que l’on allait partir en tournée, j’étais plus qu’heureux et j’ai essayé d’en profiter, et j’en ai profité plus parce qu’une fois ici, je savais que je n’avais rien préparé et beaucoup de pression n’était plus sur moi.


Interview recueillie par Marie-Arielle Digoix & Jean Tran pour Three Imaginary Boys (n°43, Novembre 1992, Page 20 à 32 )

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