The FLAMING LIPS : The Soft Bulletin (1999) (*** 1990's ***) posté le dimanche 25 juin 2006 07:20

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Genre  :  Pop Rock USA
Note :  ***


L'an dernier, un groupe américain, dont personne n'attendait plus rien depuis un premier album sorti en 1992 et la défection d'un chanteur fantasque, s'est retrouvé encensé par tous les médias de la planète, classé dans tous les référendums de fin d'année. Grâce à un Deserter's Songs à la mélancolie nocturne, Mercury Rev et son leader-chanteur Jonathan Donahue venaient donc de se métamorphoser en référence majeure, incontournable. On s'est dit alors que, même dans notre beau pays, tout pouvait arriver. Et l'on s'en félicitait.
Dans le même ordre d'idée, The Flaming Lips - excepté pour Wayne Coyne, incontournable et erratique leader - n'a jamais "existé". Personne, pour ainsi dire, ne s'est jamais trop soucié des exactions sonores, des déluges psychédéliques, des incursions dub de ce groupe qui a compté dans ses rangs, le temps de l'album In A Priest Driven Ambulance de 1990, un second guitariste nommé... Jonathan Donahue et dont le tout premier Ep, réalisé en.,, 1984, était produit par un certain Dave Fridmann, homme que tout le monde a encensé pour son travail sur le Deserter's Songs pré cité.
Certes, les ficelles sont un peu grosses. Mais il serait tout de même temps que l'on s'intéresse au cas de ces Flaming Lips - quel nom… -, formation un rien cinglée qui s'est payée le luxe, voici deux ans, de sortir un disque complètement dingue baptisé Zaireeka, où, pour écouter un morceau dans sa version définitive, il fallait pouvoir jouer quatre Cds simultanément !
Flaming Lips, c'est aussi le groupe qui se permet d'organiser un concert à Londres, en invitant une trentaine de personnes (musiciens, journalistes) à monter sur scène pour jouer du... ghetto-blaster. Mais, Flaming Lips, c'est avant tout un groupe américain, qui connaît son histoire de la musique sur le bout des doigts. Et, à partir d'aujourd'hui, ce sera aussi - surtout - le groupe qui a enregistré l'un des plus grands disques de l'histoire du rock.
Car ce The Soft Bulletin est une incroyable odyssée, où chaque chanson fait œuvre de nouvelle halte dans un pays jusqu'ici inconnu et pourtant incroyablement familier, un recueil de quatorze chansons où chacune renferme plus d'idées - pertinentes - que la discographie complète des Beach Boys et des Beatles réunis, où Wayne Coyne, dont la voix évoque le croisement parfait entre le Neil Young de After The Goldrush et le Johnny Rotten d'Anarchy In The UK, dirige l'ensemble de main de maître, organisant un chaos d'où émergent cordes, arpèges de guitares, hénaurmes basses dub, bruitages électroniques, harmonies country, en un défi permanent d'inventivité.
Mais, ce voyage incroyable débute pourtant par un morceau d'une limpidité effrayante, single tout désigné et porte ouverte vers la reconnaissance, un Race For The Prize addictif et enjoué, où les violons font mine de dérailler mais dont la mélodie affiche une irrésistible pureté. Un peu plus loin, The Spark That Bleed se dévoile comme l'une des plus émouvantes ballades jamais entendues alors que Feeling Yourself Disintegrate ne s'écoute que les yeux mi-clos, dans l'espoir de mieux se laisser entraîner dans cette lente plongée mélancolique, qui réduit à néant, sans le vouloir bien sûr, les efforts déployés par... Mercury Rev. Waitin' For Superman se décline en groove lascif et débonnaire et The Observer, instrumental extatique, est sans doute le plus bel hommage rendu à Bernard Hermann.
Certes, d'autres artistes, contemporains qui plus est, s'étaient auparavant essayé à tel tour de force : les Boo Radleys de Giants Steps, les Moose de ...XYZ. Mais ils leur avaient manqué, peut-être, un tout petit grain de folie pour atteindre la terre promise. Alors, désormais, à la traditionnelle question - certes stupide - "quel disque emporteriez-vous sur une île déserte", The Flaming Lips vient de nous donner la plus pertinente des réponses. Elle tient en trois mots : The Soft Bulletin.

Christophe Basterra dans magic n°31 de juin 1999
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