The POLICE : Outlandos d'Amour (1978) (*** OLDIES ***) posté le lundi 08 mai 2006 10:35

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Genre  :  Pop Rock UK
Note :  ***


Il est bien connu que la frustration est souvent la source des plus belles réussites. Le brio de ce premier album de Police en est une preuve supplémentaire. «Nés dans les années 50», comme le révèle l’un des morceaux du gâteau, voici trois musiciens qui se sont ennuyés à mourir dans la morne pacotille des infernales Seventies, aliénant leur personnalité profonde au profit de l’air vicié de ces temps résignés. Stewart Copeland fut ainsi le batteur de Curved Air, sombre groupe dont toute la production réunie ne pèsera pas plus dans les mémoires qu’une seule des plages de ce présent album. Andy Summers, le guitariste, plus chanceux, joua les utilités derrière Kevin Coyne ou Ayers, cependant que Sting, bassiste-chanteur, joua même, gulp, du Jazz. Vint la New~Wave et son explosion libératrice qui décomplexa tout le monde. Enfin ! On respirait. Avec un autre guitariste, parti depuis officier derrière Wayne County, Police donna tout d’abord dans le punk dur de dur, puis, avec 78 et une paire de remarquables singles, trouva sa voie. La force du trio réside dans son registre de talents sans défaut, et dans une parfaite et rare compréhension de la trame rythmique du reggae. Les vocaux de Sting, chauds et aériens, propulsent des mélodies hyper-bienfaisantes, radieuses, pop à l’extrême, contrebalancées au point optimum par une rythmique et des riffs motivés. Le rapport avec l’actuel 10CC s’en tient à la théorie. La pratique de Police est infiniment plus percutante. Derrière la formule on trouve ici une vie, une passion qui ne trompent pas. «So Lonely», «Roxanne», «Can’t Stand Losing You» ou le fantastique «Truth Hits Everybody» figurent parmi les meilleurs choses enregistrées outre-manche cette année et dénotent un sens aigu de cette fête instantanée, motrice et jouissive, que doit être le rock. Bébés tardifs intensément gavés de reggae — la nourriture du temps — pour compenser leur trop long manque de vrai rock vitaminé, les trois Policiers se sont ici préparés une croissance des plus heureuses.  

Christian Lebrun dans BEST n°126 de janvier 1979
© 1979 BEST. Tous droits réservés.

La tornade punk est déjà loin. Envolée. OK, The Clash est toujours bel et bien là. Mais The Clash est-il encore punk ? Plus qu’un plaidoyer pour on ne sait quelle résistance, son appel de Londres n’annonce-t-il pas la démarcation définitive à la rébellion ? Passer à autre chose, donc. Mais quoi ? Ah, il y a bien ce hard rock qui semble renaître de ses cendres, une résurgence qui a même un nom : New Wave Of British Heavy Metal. Iron Maiden, Judas Priest, Motörhead, Def Leppard, ça s’agite dans tous les coins. Well, laissons-les s’étriper entre eux. Le reggae ? Pas mal, ça. Gentiment fédérateur, politiquement concerné. Trop ? A voir. Et pourquoi ne pas imaginer l’alliage improbable, la copulation sidérale, le métissage fantasmagorique ? Punk et reggae. Avec un peu de mise en scène, genre blondeur oxygénée pour tout le monde, un doigt de provocation dans l’appellation — et encore, on aurait pu trouver pire... Kingdom Come, par exemple — et une remise au goût du jour des ancestrales valeurs du power-trio, on devrait bien arriver à quelque chose. Surtout que le bassiste, là, Dard qu’il se fait appeler, des compos tranchées et instantanément mémorisables, on dirait qu’il en sort au moins une par jour de son porte-documents d’ancien instituteur.
On en veut en tout cas pour preuve ces “Roxanne” et autres “So Lonely” que quelques radios ont adopté sur le champ. En ville, on ne parle plus que de ça. Partout. De Portobello à Camden, en passant par Soho. Faut dire que le premier album vient tout juste d’arriver et qu’on a tous pris une claque. Oh certes, tout ça reste encore un peu bancal, délicieusement branlant, un peu jeté en pâture sur le mode “Voilà, on déballe tout en vrac, débrouillez-vous pour faire le tri”. Pas grave tout ça, au contraire même. Après tout, ça aussi, c’est dans l’air du temps. Et puis, cet omniprésent mariage gravité-légèreté dans leurs “Next To You” ou “Can’t Stand Losing You”, la hargne bien ordonnée de ce “Truth Hits Everybody”, les chaloupes faussement rigides de ce “Masoko Tanga”, bien délicat de s’en tenir à l’écart. D’ailleurs, on n’a pas essayé bien longtemps. Pas à dire, ces trois-là sont de sacrés malins. Jusqu’au titre de l’album, “Outlandos D’Amour”, brassage rusé d’anglais, d’espagnol et de français. Allez tiens, on veut bien prendre les paris... Cette police-là, on n’a pas fini de la voir se poster en faction au coin de nos rues. Pour cinq ou six ans ? Minimum.  

Xavier Bonnet dans Rock & Folk hors série n°11
  “300 Disques Incontournables 1965-1995”
© 1995 Rock & Folk. Tous droits réservés.

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