Genre : Rock alternatif UK
Note : ***
Après avoir longé les côtes d’Espagne, le temps d’un «Straight To Hell» saignant et meurtrier, le radeau de la méduse Shane MacGowan est parti aborder les plages américaines, embarquant au passage un Joe Strummer depuis (trop) longtemps désoeuvré. Tournée des grands ducs, «London Calling» en rappel, les Pogues ont fait une cure de Michelob ou de Budweiser en boîte avant de débaucher Steve Lillywhite (toujours fourré dans les bons coups !) et sa tendre compagnie Kirsty McColl (aux lyrics à côté de notre édenté, la veinarde !), le temps de ce nouvel album pour le moins jouissif : «If I Should Fall From Grace With God». Tout un programme ! En rang par deux, en avant pour le quadrille ! A l’exception d’une ou deux ballades vite speedées («Streets Of Sorrow/Birmingham Six», cafardeux comme un jour sans pain, puis rageur comme un ciel d’orage ? ou «Fairytale Of New York», sublime single de cet hiver), ce disque sans faux col, d’un bout à l’autre, n’est qu’une folle cavalcade. Une gigue képon, galopant, sur fond de fifre, d’accordéon ou de banjo, dans les lambeaux d’un folklore déchiré. Une kermesse héroïque, mélangeant pub et saloon dans de curieux zig zags, mixant mirage et oasis dans de surprenants effluves exotiques jusque-là inexplorés («Turkish Song Of The Damned», foxtrot irlando-oriental, ou «Fiesta», bamba des Caraïbes arrosée de Guinness !). Changez de cavalière ! Avec le temps, la joyeuse auberge irlandaise des Pogues semble s’être enrichie de nouvelles influences (et d’un son sans doute plus léché), et réussit plus que jamais une surprenante fusion. Un fabuleux folk mic-mac où plus personne ne reconnaît ni ses racines, ni sa canette. Un incroyable souk à faire pogoter les arsouilles et danser les ours. Une grande fête. Remettez-nous donc une tournée !
Philippe Blanchet dans Rock & Folk n°249 de février 1988
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J'en pleure encore... Si seulement l'Irlande avait été la Corse, si Shane Mc Gowan avait été Tino, "Fairy Tale of New York" aurait remplacé "Petit Papa Noël" dans le genre classique de fin d'année et Noël serait enfin devenu supportable TOUS LES ANS. Et puis, imaginez les gamins reprenant en coeur des lignes aussi classiques que "You scumbag/you maggot/ You cheap lousy faggot/Happy Christmas your arse/ I pray god/It's our last ... (en gros, "espèce de tas de merde, espèce d'asticot, pauvre pédale pouilleuse, Joyeux Noël mon cul, je prie Dieu que ce soit notre dernier"), paroles qu'ils ont réussi à faire monter jusqu'à la deuxième place des charts british...
Leur navire (radeau ?) est donc de retour, après avoir vogué sur tous les océans, leurs soutes emplies de nouveaux parfums de contrées lointaines, ce qui donne quelques bizarreries comme l'hilarante "Turkish song of the damned", ou "Worms", qui laisse présager ce qu'aurait été un Tom Waits né à Galway. Signalons aussi "Fiesta", futur hymne à taper dans les mains du Club Med, qui commence à la Licence IV ("Viens à la maison, nous avons du Brandy, des macaronis et Leonardo à l'accordéon") pour finir en espagnol sur un clin d'oeil à Elvis Costello et son épouse ("Costello el rey del America"). Leurs récits, eux, sont toujours les mêmes: aventures épiques de marins grandis trop vite, histoires d'amours impossibles finissant dans une mare d'alcool. Pour ceux qui ont déjà claqué leurs étrennes en Guiness, un séjour en Irlande profonde ne coûtera encore cette année que 60 francs. Et ce n'est pas la production de Steve "lave plus blanc" Lillywhite qui m'empêchera d'y retourner ce soir. Quitte à avoir une sacré gueule de bois demain matin.
Pascal Bertin
dans Les Inrockuptibles N°10 Février/Mars 1988
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