Genre : Electronic Allemagne
Note : ***
Bien plus qu’une simple réunion distrayante entre cousins Germains, puisqu’on y retrouve le bassiste de Kreidler (Robert Schneider) et le programmateur de Tarwater (Ronald Lippock), le projet commun de To Rococo Rot s’avère être leur entreprise la plus "sérieuse", tout au moins la plus référencée au sein de la scène électronique allemande. Si le précédent Vehiculo avait su conserver quelques traces d’humanité et tenter même (quelle folie !) quelques timides escapades sur le dance-floor, The Amateur View prend le risque de n’être qu’un réceptacle de sons ouatés, une sorte de moelleux matelas gonflable à usage ambient, idéal pour s’abandonner à de douces rêveries et plus si affinités. C’est une belle Autobahn qui défile ainsi, soigneusement minimaliste, répétitive juste ce qu’il faut, tout en fuyant les efforts rythmiques (seul Telema et Cars - rien à voir avec Gary Numan - semblent remuer lascivement). À la limite du sommeil paradoxal, on peut distinguer quelques digressions planantes comme Prado où l’on compte les gouttes d’eau (plock, plock...) numérisées. Sur scène, To Rococo Rot sait se montrer envoûtant et réactif, cet Amateur View, trop abstrait et volatil a cependant le mérite de proposer un autre point de vue, moins éclairé, d’où le titre de l’album, sans doute, pour un résultat qui doit autant à Kant qu’à Kraftwerk.
Hervé Crespy dans magic! n°30 de mai 1999
© 1999 magic. Tous droits réservés.
L'arrivée du troisième album de To Rococo Rot évoque ce groupe de noisy-pop qui aurait eu l'idée malheureuse de sortir son disque quelques mois seulement après le Loveless de My Bloody Valentine. C'est qu'après s'être abreuvé de cette pop électronique allemande jusqu'à plus soif, on a fini par tomber sur l'album majeur, le Silur de Tarwater. On attendait ainsi de voir si la prochaine sortie en provenance de la scène musicale la plus incestueuse du monde allait prendre à nouveau le risque de glisser des chansons pop entre deux courbes mathématiques. De ce côté-là, on est déçu parce que ce disque reste désespérément instrumental. Aux commandes de cet Amateur's View, on retrouve par contre le Ronald Lippock de Tarwater, qui s'attaque cette fois à la dernière grande barrière qui le sépare de la foule. Alors, il éjecte la froideur institutionnelle, oublie Tortoise et reprend à son compte ce que son collègue Schneider avait essayé de conquérir : la souplesse et l'humanité. On n'hésite plus à parler de grâce et de romantisme devant la plupart des titres de l'album voir ce Prado tout en eau dont les légères percussions ne provoquent que quelques ridules sur les coulures de violon. Si ce qui plaît dans le krautrock est aussi un certain sens naïf de la figuration, on ne peut qu'être charmé devant ces Car et Tomorrow tranquilles tout droit sortis d'une nouvelle façon de concevoir le futur antérieur. Mais ce qui frappe le plus dans The Amateur's View fait aussi danser avec un Gameboy sur Telema, en frottant des baguettes en fer sur des cordes dans This Sandy piece. Adepte de l'humour fin, To Rococo Rot va jusqu'à proposer de l'authentique fantaisie sur Green, le titre le plus curieux de l'album où quelques timides boucles d'orgue subissent la rudesse des éléments. Si l'Amateur View de To Rococo Rot est sans doute musicalement plus intéressant que l'album de Tarwater, son aphonie ne lui confère certainement pas le même charme. Mais gageons que cette fois encore Herr Lippock et consorts gagneront des coeurs avec ce disque simple et racé, qui, loin de nous dégoûter du rock allemand des années 90, en repousse les limites vers plus de mélodie et de chaleur des éléments qui vont bien avec la musique de ces futures pop-stars.
Jean-Bernard André dans Les Inrockuptibles n°201 du 02 juin 1999
© 1999 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.


