The Cure : les archives disponibles  posté le samedi 03 juin 2006 10:05

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THE CURE: ARCHIVES PRESSE


Chroniques
chronique DVD: Trilogy (DVD, 2003)
chronique DVD: Greatest Hits (DVD, 2001)

chronique album: Pornography (2005 Deluxe Edition 2 CDs)
chronique album: Faith (2005 Deluxe Edition 2 CDs)
chronique album: Seventeen Seconds (2005 Deluxe Edition 2 CDs)
chronique album: Three Imaginary Boys (2004 Deluxe Edition 2 CDs)
chronique album: The Cure (2004)
chronique album: Join The Dots : B-Sides & Rarities 1978-2001 (compilation coffret 4 CDs, 2004)
chronique album: Greatest Hits (compilation, 2001)
chronique album: Bloodflowers (2000)
chronique album: Galore The Singles (compilation, 1997)
chronique album: Wild Mood Swings (1996)
chronique album: Paris (live, 1993)
chronique album: Show (live, 1993)
chronique album: Wish (1992)
chronique album: Mixed Up (compilation remix, 1990)
chronique album: Entreat (Live, 1990)
chronique album: Disintegration (1989)
chronique album: Kiss Me Kiss Me Kiss Me (1987)
chronique album: Staring At The Sea the Singles (compilation, 1986)
chronique album: The Head On The Door (1985)
chronique album: Concert The Cure Live (live, 1984)
chronique album: The Top (1984)
chronique album: Japanese Whispers (compilation, 1983)
chronique album: Pornography (1982)
chronique album: Faith (1981)
chronique album: Seventeen Seconds (1980)
chronique album: Three Imaginary Boys (1979)

Articles
article INROCKS:      Bombe glacée (2003)
article INROCKS:      A Cure ouvert (2001)
article MAGIC:          Bloody Valentine (2000)
article INROCKS:      Caprice d'adieux (2000)
article LIBÉRATION: A propos de Bloodflowers (2000)
article INROCKS:       L'attrape-cœur de Robert Smith (1997)
article ROCK&FOLK On ne vit que deux fois (1996)
article INROCKS:       Me faner en paix (1996)
article TÉLÉRAMA:   Le groupe dont le prince est un enfant (1996)
article LIBÉRATION:  Un dernier Cure avant fermeture ? (1996)
article LIBÉRATION:  Le journal d'un Cure de campagne (1996)
article LIBÉRATION:   Robert Smith contre Jacques Chirac (1995)
livre:             La trilogie de The Cure (1) Seventeen Seconds (La Thérapie de Robert Smith, 1993)
livre:             La trilogie de The Cure (2) Faith (La Thérapie de Robert Smith, 1993)
livre:             La trilogie de The Cure (3) Pornography (La Thérapie de Robert Smith, 1993)
article BEST:             Robert & Gilles (1993)
article T.I.B.:              Dans les méandres du Wish Tour (1992)
article BEST:             Vendredi 12 juin 1992, DALLAS (1992)
article TÉLÉRAMA:    Thérapie de groupe (1992)
article BEST:              Meilleurs vœux (1992)
article LE MONDE:      Portrait d'une adolescence éternelle (1991)
article BEST:              Back to compact (1991)
article ROCK SPIRITS: Un album à écouter le samedi soir (1990)
GUITARE&CLAVIERS: Incurable Robert Smith (1990)
article BEST:               Réintégration (1990)
article ROCK&FOLK:   Robert & Partners (1990)
article ROCK&FOLK:   Cure et dur (1989)
GUITARE&CLAVIERS: Aux grands maux les grands remèdes (1989)
article ROCK&FOLK    Smith Univers (1987)
article BEST:               Bon baisers de Rio (1987)
article INROCKS:         Le parfait baiser (1987)
article LIBÉRATION:     Kiss me, les sessions (1986)
article MELODY MAKER:    Under the chéri moon (1986)
article BEST:               Plages de Cure (1986)
article ROCK&FOLK:   Côté Cure (1986)
article LIBÉRATION:    Le concert d'Athènes (1985)
article BEST:               Le grand Robert (1985)
article BEST:               Le Smith (1985)
article BEST:               Curiosités (1985)
article BEST:               Une cure de jouvence (1984)
article N.M.E.:             Une cure de rire (1981)
article LIBÉRATION:    C'est un peu court jeune homme (1981)
article BEST:               Gueules d'atmosphère (1981)
article ROCK&FOLK:   Sculpteurs d'ombres (1981)
article BEST:               Play For Today (1980)
article BEST:               Les étrangers (1979)

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Mes liens favoris  posté le samedi 03 juin 2006 10:02

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THE CURE : LIENS FAVORIS


the cure.com • Le site officiel de The Cure avec des mises à jour assez fréquentes.

Chain of Flowers.com • Un site non officiel consacré à The Cure : très vivant,  avec des mises à jour régulières. Visite indispensable.

curiosity.de • The Cure Anomalies : Le site le plus impressionnant bâti autour de The Cure. Le concept de ce site est de traquer la rareté ! On y trouve beaucoup d'images rares, et des liens intéressants pour télécharger des fichiers MP3.

plainsong.net • Le site français le plus intéressant concernant The Cure. On y trouve notamment la Curebase qui répertorie - de manière judicieuse et précise - l'ensemble des disques et des chansons du groupe. A consulter également, une galerie qui expose les disques les plus rares de The Cure !

imaginary boys.com • Vous êtes à la recherche d'un bootleg extrêmement rare de The Cure : pas de problème !! Le site français Imaginary Boys est là pour permettre les échanges entre amateurs des performances Live du groupe.

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La trilogie de The Cure (1) Seventeen Seconds  posté le samedi 03 juin 2006 09:59

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, La trilogie de The Cure (1) Seventeen Seconds
« Je préfère cet album à Three Imaginary Boys. Le premier album était un tel amalgame de chansons différentes, certaines avaient même été écrites deux ans avant d’être enregistrées »
Robert Smith

Le Cure de Seventeen Seconds est sans conteste un Cure nouveau. Pas radicalement différent dans l’esprit, mais plus expérimenté et plus mûr dans l’approche et le développement de ses thèmes. Après avoir montré qu’il savait générer des ambiances à l’infini, Smith s’attèle avec cette nouvelle formation à approfondir ses émotions et ses atmosphères personnelles. Les caractéristiques principales de Seventeen Seconds sont en effet la spontanéité et l’unité, la concentration d’un sentiment et d’un feeling particuliers dans l’espace d’un album. Intense, comme la vie du groupe durant cette période. Pas un souffle de répit pour les Cure. Chris Parry voulait les pousser en avant, en fait il les propulse littéralement sur le devant de la scène, et Smith se donne sans compter. C’est pourtant dans une voie sombre qu’il s’élance, et il poursuivra cette fascination pour l’introspection douloureuse, le cauchemardesque et le morbide, le temps d’une TRILOGIE qui marquera les esprits au fer noir.

Dès le mois de janvier 80, le groupe s’enferme au Morgan Studio pour l’enregistrement de ce second album. Ne voulant pas réitérer la douloureuse expérience de Three Imaginary Boys, Smith convainc Parry de lui laisser carte blanche pour la production. Assisté de Mike Hedges, il contrôle la réalisation de l’album jusque dans ses moindres détails.


« J’ai demandé à Bill de ne pas venir dans le studio car il tentait de se mêler à la production du disque. Je voulais le faire avec Hedges. Je savais exactement quel son il fallait pour Seventeen Seconds, je voulais que ce soit inspiré de Nick Drake, avec le son clair et abouti du Low de David Bowie. J’imaginais ça sonnant plutôt acoustique. »
Robert Smith

Les sessions ne durent qu’une semaine, sept jours et sept nuits durant lesquelles Smith se déconnecte du réel et s’évertue à transcrire sur bande l’émotion d’un instant de sa vie. Hartley et Gallup, pour qui l’expérience du studio est toute neuve, apportent une énergie intacte et primaire. Leur fougue et leur excitation sont canalisées par un Smith qui prend plaisir à travailler dans l’urgence. Avec Hedges dans le rôle du garde-fou, il expérimente tout un panel de techniques d’enregistrement et de traitement de sons, tâte de l’écho et goûte de la reverb. L’économie de moyens reste pourtant une priorité pour lui, pour preuve la sobriété de l’album. Toute la recherche du Smith producteur se fait dans la création de sonorités et dans l’enchevêtrement des instruments de base des Cure.


« Tout l’album a été fait avec une économie de moyens, ce qui était un bon choix. Ils travaillaient toute le journée, se couchaient à quatre heures du matin, ce satané aspirateur les réveillait vers les dix heures, ils se levaient un peu grincheux mais ils étaient assez jeunes pour supporter ça, et ça créait une espèce de mystique autour de leur façon d’enregistrer. »
Chris Parry

Décidé à tirer les Cure de leur insularité, Parry met sur pied une petite tournée aux Etats-Unis pour le printemps. Pour préparer le terrain, il concocte une nouvelle version de l’album Three Imaginary Boys, accentuant les aspects pop-song accrocheurs et évacuant quelques titres moins accessibles comme la reprise de "Foxy Lady" ou "Meat Hook". Ceux-ci sont remplacés par les 45 tours, incluant "Killing An Arab". Nouvelle pochette, cette fois le mauvais goût cède la place à la laideur pure et simple (collage baclé palmiers-soleil-pyramide), et nouveau titre, celui de leur morceau le plus célèbre alors, "Boys Don’t Cry". Un peu plus dense dans sa production, il est une enfilade des perles acidulées et addictives égrenées par Smith, affinant et précisant au passage les thèmes chers au chanteur, de l’anxiété à la mélancolie brumeuse, de l’attirance pour la solitude à la complainte froide et lucide du sentimental blessé. D’abord uniquement destiné au marché américain, cet album sort tout de même en Europe pour des raisons d’imports douteux, et il y connait un succès croissant, devenant même la référence du Cure première cuvée.

Après les intenses séances d’enregistrement pour Seventeen Seconds - l’album a été conçu dans la foulée de leurs tournées frénétiques -, Parry leur accorde quelques semaines de repos. Smith s’offre quelques extras, histoire de temporiser la machine Cure.

En mars 80, les Cult Heroes donnent leur premier et unique concert à Londres. Frank le facteur-chanteur, Porl Thompson, Janet Smith, plus quelques copines et les quatre Cure s’offrent la première partie (de rigolade) des Passions au Marquee. Les Cult Heroes, qui n’ont à leur répertoire que deux titres, "I’m A Cult Hero" et "I Dig You", complètent leur set par des vieilles reprises du Top 10, dont T-Rex, Gary Glitter ou encore David Cassidy. Tout ce que Crawley compte comme amateur de bière et de rock est présent au Marquee, et la soirée ressemble plus à une grande fête qu’à un concert traditionnel...

Début avril, Smith joue à la guest-star, tout d’abord en assurant quelques vocaux dans l’album qu’enregistrent les Associates, le groupe auquel s’est joint Dempsey après son départ des Cure. Puis ii apparaît sur la scène du Finsbury Park lors d’un concert des Stranglers, où une pléthore de musiciens vient pousser la note pour protester contre l’emprisonnement d’Hugh Cornwell, le chanteur des étrangleurs meninblacks, arrêté en possession de quelques dizaines de milligrammes d’héroïne.

Après ces quelques semaines de repos, Chris Parry remet en branle la machine Cure. Le 5 avril, Fiction commercialise un 45 tours extrait de l’album à venir. "A Forest" surprend le public et la presse, amorçant le contre-pied imminent qu’est Seventeen Seconds. Les réactions sont partagées devant ce titre obsédant et répétitif. Le côté minimaliste des premières compositions est ici décuplé jusqu’à l’onomatopée autiste. Forêt enneigée, ambiance nocturne et froid saisissant, vision en négatif. Course effrénée dans ce décor irréel, chaque note de basse est un choc sourd contre un tronc rugueux, l’ensemble est un labyrinthe, les paroles de Smith sont tirées du pinacle de la solitude. Une ambiance parfaitement assimilée et rendue avec un maximum d’intensité et de précision.

 


« Une introduction follement longue amène une chanson tellement atmosphérique. Les vocaux sont bien intégrés dans le mixage, avec beaucoup d’écho, et il y a cette habituelle économie de guitare et de batterie. Clairsemé mais jamais ennuyeux. Il y a l’ajout de claviers également. Ce n’est pas une chanson directe, mais elle a quelque chose de très attirant. »
Sounds

D’autres commentaires de la presse spécialisée voient dans "A Forest" “la pop-song parfaite”, “le classique de tous les temps”, mais certains sont aussi froissés par le changement musical des Cure, taxant le 45 tours d’ennuyeux à mourir et l’accusant d’être totalement dépourvu de sens et d’émotion. Smith ne s’attarde pas sur ces menus problèmes et se joue des critiques, inventant plusieurs histoires différentes pour expliquer la génèse de "A Forest".

 


« Sortir ce titre en 45 tours a été une bonne chose, cela a eu de bonnes répercussions. Nous ne l’avons pas sorti dans le but d’être diffusés à la radio, mais en fait il a fait mieux que les précédents singles des Cure. Je pense que Bill a alors accepté le fait que j’avais atteint un stade où je savais exactement quel son il failait pour les Cure. La boucle était bouclée et nous étions à nouveau complètement autonomes. »
Robert Smith

Quelques jours après la sortie de "A Forest", Parry emmène son petit monde aux Etats-Unis où le groupe doit donner une petite dizaine de concerts entre Washington, Philadelphie, New-York et Boston. Concerts sur la côte est uniquement, que les Cure abordent avec beaucoup d’assurance et de décontraction, pas mal d’alcool également, et ils s’amusent à frotter leur personnalité à l’establishment rock local. Parry a bien préparé les choses, et leur notoriété est comparable à celle qu’ils ont en Angleterre. Difficilement impressionnable, Smith évite les traditionnelles party post-concert “où tous les gens te posent les mêmes questions et veulent tous te serrer la main”, Il se contente de quelques minces heures de sommeil, se levant le plus tôt possible pour déambuler dans les rues de New-York.

 


« Ils entrent en scène quelque peu distants, mais apparemment assez sûrs d’eux, démarrant avec deux titres que personne aux U.S.A. n’a jamais entendu, "Seventeen Seconds" et "Play For Today". Ensuite ils alternent entre les morceaux plus anciens, plus pop, et les nouvelles compositions, qui semblent carrées et graves en version studio, mais le live y ajoute une dose plaisante de bourdonnements sourds et de fracas. »
Trouser Press

Le 21 avril, après un concert des Cure à Boston, le groupe fête le vingt et unième anniversaire de son chanteur, et Smith ne peut se soustraire à une partie donnée par le gratin mondain du business rock. Il échappe de peu à un cliché aux côtés de la pulpeuse Debbie Harry, et bien qu’ayant fait passer quelques hallucinogènes avec du champagne, il s’ennuie ferme, insiste pour rentrer, et sur le chemin de l’aéroport, se casse le pouce en tentant de changer la roue de leur van...

Dès leur descente d’avion, Parry les conduit tout droit aux studios de la B.B.C., où ils doivent jouer "A Forest" sur les plateaux de l’incontournable machine promotionnelle qu’est l’émission Top 0f The Pops. Moroses et fatigués, les Cure ne se plient guère à la mise en scène publicitaire : seul l’énorme bandage de Smith anime l’écran en se baladant le long de son manche de guitare.

 


« Je détestais Top Of The Pops parce que j’étais dans cette période anti-pop, j’étais contre toutes les choses de ce genre. Je ne voulais pas que les Cure soient un groupe de pop, et malgré tout j’étais convaincu que l’on devait faire Top Of The Pops, car j’ai compris que si nous n’y allions pas, quelqu’un d’autre irait et que cela ne ferait aucune différence pour la majorité des spectateurs de nous voir jouer ou non. »
Robert Smith

Pourtant, loin de perdre son identité dans le laminage promotionnel, Smith développera une aisance dans ces exercices médiatiques. En fait, sa capacité à faire le guignol devant les caméras (Top 0f The Pops, Ed Sullivan, Drucker...) s’affirmera en même temps que le “look” Cure, sorte de rempart entre l’artiste et le cyclope, mais aussi trait d’union entre le chanteur et son public.

Le lendemain de leur passage à Top 0f The Pops, les Cure s’embarquent dans la seconde partie de leur tournée. Après les Etats-Unis, Parry les fait tourner en Angleterre et en Ecosse du 25 avril à la mi-mai. Rythme soutenu d’un concert par soirée, en tête d’affiche cette fois. Alors que le groupe avale les kilomètres et remplit les salles, la presse musicale s’intéresse de près à l’album que Fiction vient de commercialiser. Pour beaucoup, Seventeen Seconds est une douche froide. Les critiques insistent bien plus sur le changement musical des Cure que sur le contenu du disque. Mais voilà, Smith n’a foutrement pas l’intention de bâtir la carrière du groupe autour des remakes sempiternels de ses premiers succès :

 


« Il y a toujours eu des gens pour nous faire savoir que nous prenions une mauvaise direction. A chaque fois que nous avons changé quelque chose dans notre musique, on s’entendait dire dans notre dos : ‘Ouais, c’était mieux ce que vous faisiez avant..’. Si tu écoutes ces commentaires, tu ne fais plus rien. Les médias anglais nous détestent depuis sans trop savoir pourquoi. Ils croient toujours qu’ils peuvent contrôler la carrière d’un groupe. Il y a des gens qui pensent encore aujourd’hui que "A Forest" est le meilleur morceau des Cure, alors que quand il est sorti beaucoup regrettaient "10:15". Cela n’a aucune importance pour moi. »
Robert Smith

Ainsi on déplore le manque de suavité des nouvelles compositions, on regrette la structure pop des titres - néanmoins cafardeux pour certains d’entre eux - de Three Imaginary Boys, on se plaint de l’atmosphère sombre, hantée et froide de Seventeen Seconds. Rares sont ceux qui pardonnent à Smith son indépendance d’esprit et sa liberté artistique, pour se livrer à une écoute de l’album :

 


« Pour un groupe aussi jeune que les Cure, il est étonnant de voir la rapidité de leur évolution dans un si court espace de temps. Deux 45 tours et maintenant deux albums, et il est impossible de voir un fil conducteur dans leurs travaux. Seventeen Seconds est bien plus oblique dans ses arrangements et sa construction que Three Imaginary Boys. Dans l’ensemble, l’album se situe dans une ambiance en demi-teinte où beaucoup de choses sont insinuées, mais rien n’est dit clairement. La musique et l’auditeur semblent pris dans la signification même de cette ‘distance’ que Smith entretient jusqu’à l’obsession. »
Nick Kent

Le chanteur s’est occupé de tout (ou presque) pour cet album. Il signe ici tout ce qui avait échappé à son contrôle lors de la conception de Three Imaginary Boys. Outre la production, Smith a conçu une pochette enneigée et vaporeuse qui ouvre la voie aux mélodies glaciales et aux textes fiévreux qu’elle contient.

 


« J’ai tenu à m’occuper du design cette fois car c’est un album dans lequel j’ai investi beaucoup de moi-même. Mais si Seventeen Seconds n’avait pas été comme cela, tout ce qui se serait passé après aurait été différent. C’est l’album le plus important que nous ayons jamais fait, car il a induit la façon dont le public nous percevait pendant les trois années suivantes au moins. »
Robert Smith

Cette oeuvre personelle, intime, et en définitive très introspective de Cure (pardon, de Smith) fera date dans l’histoire de la Cold-wave, rejeton désespéré et morbide de la new-wave. Seventeen Seconds, avec son hypnose d’immobilisme atonal, ses plaintes de solitude ouvragées en accords sériels, en est en quelque sorte le manifeste - le Closer de Joy Division, disque d’une autre planète, en est l’inégalable artéfact. La voix écorchée de Smith et les thèmes qu’il aborde (tradition romantique de la littérature anglaise, Shelley en étendard, refus de la fuite du temps, amour impossible, relations distordues, communication digne de l’ère glaciaire) seront largement décalcomaniés par une génération de groupes à l’attitude trop démonstratrice pour ne pas faire sourire, et par une génération de fans à l’uniforme impeccablement noir et au teint blafard.

Pierre angulaire d’un courant musical, mais surtout premier pan du triptyque sombre des Cure... et pourtant, lorsque Seventeen Seconds tourne sur la platine d’un critique rock fielleux :

 


« Les Cure, que l’on qualifiera de musiciens, ne sont guère enthousiasmants. Ces poupons ne font que trop penser à des marionnettes tristes. En plus du fait que la musique manque totalement d’intérêt, Smith se plaît à agacer son monde avec moults considérations philosophico-lourdingues, qui sont loin de faire honneur à Percy Shelley qu’il cite comme étant son maître en prose... »
Chris Q.

Alors que d’autres articles de presse les taxent de reclus, les Cure s’en donnent à coeur joie tous les soirs, ponctuant leur tournée des frasques les plus diverses (ne pas payer la note d’hôtel pour s’envoyer un resto sympa, entre autres tribulations...). Contrastant avec l’ambiance de Seventeen Seconds, la vie du groupe sur la route ressemble plus à un marathon épicurien qu’à un pèlerinage austère et dépressif.

Le 25 mai, toute l’équipe s’envole vers la Hollande pour la troisième partie de la tournée. La France et l’Allemagne vont ainsi expérimenter de visu le phénomène Cure qui commence déjà à sévir sur le continent. A peine arrivé à Rotterdam, le groupe persiste et signe dans la déjante : ils se font tous les quatre arrêter pour outrage public à la pudeur en jouant les nudistes sur la plage. La tournée se déroule à bâtons rompus, mais l’équilibre des musiciens est plus que précaire, oscillant méthodiquement entre concerts débridés, où ils n’hésitent pas à verser dans de surprenantes plages improvisées, et soirées interminables où ils décompressent à force de bières - et parfois quelques Produits Magiques pour pimenter l’atmosphère. Si Smith, Gallup et Tolhurst se sentent parfaitement à l’aise dans ce circuit typique du rock’n’roll band on the road, Matthieu Hartley, lui, a de plus en plus de mal à tenir le rythme. Les imprévus et les changements de planning inopinés déclenchent chez lui de violentes crises de colère, qu’il épanche le plus souvent sur Tolhurst.

Durant cette tournée, Smith dévoile parfois quelques facettes de sa personnalité tourmentée durant les interviews. Ainsi lorsque Paul Morley le rejoint en Hollande pour un entretien, il n’hésite à répondre librement au seul rock-critic anglais qui a vaillamment défendu Seventeen Seconds :

 


« Robert Smith est constamment à la frontière entre l’agitation et l’ennui, et un tel équilibre intrigue légèrement, charme d’une façon détournée. Il n’est pas un reclus prétentieux et simulateur, feignant perpétuellement d’intenses visions, Il n’est jamais bien sûr de ce qu’il faut dire. Il n’est jamais bien sûr des gens qui l’entourent. Se prend-il au sérieux ? »
Paul Morley, New Musical Express

 


« Je me prend au sérieux, mais il y a un stade au-delà duquel on en devient une personne comique. Cela m’inquiète que mes paroles ne puissent intéresser personne car elles sont très personnelles, elles rendent compte de l’état d’esprit dans lequel je suis, elles ne traitent pas des problèmes mondiaux ni de leurs solutions. Beaucoup de chansons de Seventeen Seconds ont été écrites au moment où les choses allaient très mal avec Michael Dempsey. Je me sentais très déprimé et anti-social. C’était un peu comme si je me regardais moi-même. Comme si j’étais deux personnes. D’un côté je me disais qu’il fallait faire quelque chose pour combattre cette déprime et en même temps je me disais non, il ne faut pas, sinon je ne pourrais pas écrire ce genre de sentiments. »
Robert Smith

Pour Seventeen Seconds comme pour les deux albums suivants, Smith tire son inspiration directement de la source de tension que représente la dure vie sur la route. Il est particulièrement sensible aux problèmes relationnels qui surgissent dans le groupe et souvent le déstabilisent. Pourtant les rapports de force entre les musiciens se précisent peu à peu. Lol Tolhurst devient, du fait de sa patience et de sa bonhomie naturelles, la soupape de sécurité par laquelle s’évacuent toutes les tensions négatives agitant les trois autres. Et le caractère de plus en plus ombrageux de Matthieu Hartley ne ménage en rien le batteur :

 


« Ce bon vieux Lol, c’est lui le maître ! Nous le battons, nous l’énervons, nous l’accusons de tout mais il comprend. Il sait que nous devons décharger nos tensions d’une façon ou d’une autre, et c’est lui la cible. »
Matthieu Hartley

C’est tout de même lui, Hartley, qui supporte le moins le chaos et reporte toute sa nervosité sur Tolhurst. Après avoir joué en Allemagne, après un concert annulé à l’université de Lyon (le groupe s’est perdu dans les sinuosités du Jura...), les Cure participent à un festival épique où la tête d’affiche, Roxy Music, est finalement remplacée par l’assaut des Forces de l’Ordre et des Gaz Lacrymogènes. C’en est trop pour Hartley, qui ce soir-là frappe à la porte de Gallup et de Tolhurst avec un arbre qu’il a lui-même déraciné, hurlant qu’on lui donne du feu pour sa cigarette.

Toute la troupe rentre alors se reposer quelques jours dans son Angleterre natale, où elle donne deux concerts fin juin. Smith en profite pour expérimenter quelques bribes de compositions sur son vieil orgue, histoire de définir le son qu’il veut donner à leur prochain album, dont il a déjà écrit quelques textes. A peine le temps d’ébaucher le travail, car fin juillet le groupe entamme la quatrième partie de sa tournée internationale. Chris Parry les envoie cette fois aux antipodes. A commencer par la Nouvelle-Zélande, où ils donnent sept concerts, du 29 juillet au 6 août. Puis ils s’attaquent à l’Australie jusqu’au 24. Succès complet. Les promoteurs de la tournée australienne doublent le nombre de concerts prévus et le groupe joue chaque soir dans de minuscules clubs à l’atmosphère irrespirable. Tous s’accordent pour dire que ces sets furent les plus éprouvants jamais donnés. Hartley le premier, qui prend la mauvaise habitude de balancer son synthé dans le public dès que quelque chose va de travers.

 


« Sur scène, il s’obstinait à jouer des choses que je détestais, comme jouer un accord au début de "A Forest" au lieu d’une simple note. Tout commencait à aller de travers avec lui. Il devenait très maussade et fatigué. Ce n’était pas vraiment nous, c’était le rythme de vie. Lorsque nous avons atteint la fin de la tournée, nous avons tous les trois décidé que Matthieu ne devait plus faire partie du groupe. Nous y avons réfléchi de long en large, et nous avons conclu que nous ne prenions plus aucun plaisir à jouer avec lui. »
Robert Smith

Hartley, de son côté, est bien conscient des conflits qui l’opposent au reste du groupe. Dès leur retour en Angleterre, il annonce qu’il quitte The Cure. Trop de pressions, trop d’alcool, trop peu de sommeil... il quitte non seulement un groupe, mais le monde de la musique en bloc, pour retourner à son ordinaire de working-class anglais. La formation est réduite à son noyau de base, un trio qui sent que la moindre défaillance de l’un d’eux déclenchera l’inexorable fin du groupe. Gallup, Tolhurst et Smith ne s’en trouvent que plus solidaires et dès les premiers jours de septembre, entrent au Morgan Studio pour enregistrer les premières bandes du troisième album des Cure.

 


« A partir de ce moment les choses sont devenues de plus en plus intenses, ce n’était pas vraiment l’idéal : personne ne pouvait s’immiscer dans leur trio et c’est probablement Robert qui s’ingéniait à être le plus incestueux, imperméable et mauvais esprit comme je ne l’avais jamais vu. Personne, mais vraiment personne ne pouvait se glisser entre eux. »
Chris Parry

Période cruciale et douloureuse pour le trio, mais également peu satisfaisante au niveau créatif. Smith ne trouve pas le son adéquat pour ses compositions. Après un mois de studio, ils jettent les bandes sur lesquelles ils ont infructueusement tenté de graver "All Cats Are Grey" ou "Primary".

Plutôt que de tourner en rond dans leur studio, Parry et le groupe décident de se lancer dans une nouvelle tournée. Le manager leur programme 27 dates en Europe durant le mois d’octobre, plus une nouvelle tournée en Grande-Bretagne pour le mois de novembre. Les Cure profitent de ces concerts pour expérimenter leurs nouveaux titres. Plusieurs morceaux de l’album Faith voient ainsi le jour dans des salles bondées et cloaquales, où les musiciens éreintés ne tiennent leurs instruments que par la bonne grâce de l’alcool.

Le périple se termine fin novembre, après plus de six mois de concerts pratiquement ininterrompus, durant lesquels les Cure ont joué sur trois continents et visité treize pays.

Dès le mois de décembre cependant, Smith se concentre sur leur troisième album, essayant de définir un concept précis pour poursuivre son exploration musicale. Et le côté existentialiste-torturé de sa démarche ne s’en trouve qu’accentué, le chanteur accédant alors à une phase encore plus noire de son itinéraire personnel.

 


« J’ai pris l’habitude d’aller écrire des chansons dans une église, je pensais à la mort et je regardais ces gens, je sentais qu’ils étaient en dessous de tout car ils espéraient ‘l’éternité’, j’ai subitement réalisé que je n’avais pas la moindre foi et j’en fus épouvanté. Je pensais l’album comme une nouvelle exploration au niveau des idées. Je me demandais comment lorsqu’on est jeune, on est endoctriné et obligé de croire en quelque chose. »
Robert Smith
Sébastien Raizer extrait de l'ouvrage La Thérapie de Robert Smith
(Editions du Camion Blanc, 1993, Pages 37 à 48 )
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La trilogie de The Cure (2) Faith  posté le samedi 03 juin 2006 09:58

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, La trilogie de The Cure (2)  Faith
 
« Faith était censé être un disque très positif. Il s’est avéré en fait être très morbide. Mais il y a eu un certain nombre de facteurs personnels qui nous ont beaucoup affectés à l’époque. Nous avons eu à vivre avec ce disque maudit et religieux pendant presque un an. Ça n’a pas été une année très agréable... »
Robert Smith

Deuxième partie de la descente aux enfers des Cure, Faith marque également la période la plus sombre dans la vie interne du groupe. L’année 81 est sans doute la plus intense et la plus douloureuse surtout parce que la vie musicale et la vie privée des musiciens s’y trouvent liées dans une spirale infernale. Au moment où Smith laisse dériver son inspiration dans les thèmes les plus funèbres qui soient, la mère de Tolhurst tombe gravement malade et les deux amis se plongent dans de longues discussions et réflexions sur le thème de la mort. Rien de bien gai comme ambiance. Mais la réalité va malheureusement rejoindre les projections morbides de Faith et de son titre emblématique "The Funeral Party" lorsque Mme Tolhurst décède, quelque mois après la sortie de l’album...

Depuis le mois de janvier, Smith fréquente les églises pour cerner précisément le concept qu’il veut donner à l’album, et cette influence se ressent directement sur l’instrumentation des nouveaux morceaux. Il va ainsi utiliser un son de synthé très religieux lors des enregistrements, de même qu’un ensemble à cordes et une flûte.


« J’ai plus de travail à fournir maintenant que Matthieu a abandonné le synthé, plus de recherches à faire au niveau du son. Mais quoi qu’il en soit, personne ne deviendra notre quatrième membre. Il est quasiment impossible que quelqu’un intègre The Cure actuellement. Cela prendrait dix ans pour que quelqu’un soit accepté de la même façon que nous nous acceptons nous-mêmes, et nous sommes tous les trois si ouverts mutuellement que je n’ai aucun regret. C’est comme si nous étions mariés, d’une certaine façon. Et c’est sur ce genre d’intensité que nous construisons nos morceaux. »
Robert Smith

Les Cure ont une attitude de plus en plus autarcique et tentent de se suffire à eux-mêmes. Durant les séances d’enregistrement de Faith, qui commencent au début du mois de février dans l’habituel Morgan Studio, Chris Parry est tenu à l’écart. Le groupe veut approfondir au maximum ses thèmes d’inspiration et se déconnecte radicalement du reste du monde. D’ailleurs cette attitude n’intéresse guère Parry, qui préfère alors s’occuper des autres groupes qu’il a signés sur Fiction.

Les Cure poussent encore plus loin l’isolement en nourrissant un ambitieux projet de vidéo. L’idée de départ est de créer un film d’ambiance sur lequel ils entendent greffer une bande-son, l’ensemble devant être projeté lors de leurs concerts, en guise de première partie. Richard Gallup, frêre aîné de Simon, réalise un court-métrage d’une vingtaine de minutes dans son garage, avec un éclairage de fortune qui parvient à peine à impressionner la pellicule. Le résultat est assez sombre, pour ne pas dire carrément glauque. Qu’importe, le groupe est décidé à aller jusqu’au bout de cette démarche, et coûte que coûte, c’est Carnage Visors qui leur tiendra lieu de première partie.


« Il y a beaucoup de raisons pour ne pas avoir de première partie. Sur la dernière tournée que nous avons faite, nous avons passé des annonces dans la presse disant que les groupes locaux qui voulaient jouer avec nous devaient nous envoyer une cassette pour que nous puissions les choisir. Certains étaient vraiment bons et ça marchait bien avec eux. Mais le problème est d’ordre technique, nous ne pouvions pas faire les deux balances correctement et donc l’une des deux performances était inaudible pour le public. Et puis nous nous sommes demandé pourquoi il devait y avoir des choses comme les premières parties d’un côté et le groupe-vedette de l’autre, comment justifier que l’un soit meilleur ? »
Robert Smith

En pleine phase de détachement du monde qui l’entoure, Smith enregistre un album fort tourmenté, évoquant un flirt très prononcé avec le désespoir. Il a cependant beaucoup de difficultés pour transcender musicalement sa déprime et son désenchantement. Il faut aux Cure cinq studios différents pour boucler Faith, dont l’enregistrement se termine fin février dans le mythique Abbey Road. En fait Smith a énormément de mal à coller un son sur ses délires (consommation d’acide et de speed). Il doit communiquer à Gallup et à Tolhurst les ambiances précises qu’il échafaude, ainsi qu’à Mike Hedges qui l’assiste toujours dans la production de l’album. Chaque titre est ainsi joué et enregistré des dizaines de fois avant que Smith soit satisfait du résultat.


« On jouait les morceaux d’une façon complètement détachée, comme si c’était quelqu’un d’autre qui le faisait et pas nous. Mais chaque fois que je commencais à chanter, toute l’atmosphère se noircissait. Au bout d’un moment, on ne faisait plus rien du tout : je ne voulais même plus chanter. C’était dur, trop dur... »
Robert Smith

Alors que le chanteur nage en plein existentialisme lysergique et cafardeux, Parry s’impatiente. Il devra pourtant attendre début mars et la fin des séances de mixage pour apprécier un Faith enfin abouti.

Et le résultat est loin de lui déplaire. Dès la fin du mois, Fiction commercialise un 45 tours extrait de l’album, "Primary". Peut-être une des seules compositions ‘vivantes’ parmi toutes les autres (avec "Doubt"), à cause du sentiment de colère et de rage qu’elle exprime, "Primary" se distingue surtout par son étonnante structure à deux basses et son rythme allégé, qui n’est pas sans rappeler les premières mélodies concoctées par Smith. D’aucuns croiront d’ailleurs voir dans ce 45 tours un renouveau pop des Cure, un retour aux racines acidulées qui firent leurs premiers succès. Mais les guitares précises de Smith et les roulements frénétiques de la batterie sont trompeurs. Après un passage à l’émission Top 0f The Pops, où le groupe donne une prestation aussi nonchalante et désenchantée que la première fois, quelques critiques écharpent soigneusement "Primary" :


« Mon admiration pour Robert Smith mise à part, je me demande combien de temps les Cure peuvent continuer de construire leurs chansons sur la même progression d’accords, avec cette basse montante et cette batterie figée. Pour l’instant "Primary", leur chanson la plus rapide, sonne comme leur plus lente passée en accéléré. »
David Hepworth

Depuis que Smith a sciemment lâché le créneau pop pour créer ses propres mélodies et développer son propre style, la presse ne passe rien aux Cure. Au contraire. Comme si on leur reprochait de ne pas décliner "Killing An Arab" ou "Boys Don’t Cry" à l’infini. C’est oublier le caractère entêté de Robert Smith, qui déjà se refuse à sacrifier la moindre parcelle de son intégrité. Et surtout pas pour les charts. Leurs 45 tours se placent tout juste dans le Top 50, et sauf pour Chris Parry peut-être, c’est le dernier des soucis des Cure.

En attendant la sortie de Faith, Robert Smith s’attèle à la composition de la bande sonore du film de Ric Gallup qui doit assurer leurs premières parties. Après trois jours de répétitions, il décide d’enregistrer Carnage Visors en une seule prise. Aidé d’une boite à rythme, il laisse dériver ses sons de guitare d’une façon pratiquement improvisée, démultipliant des boucles lentes et sourdes, additionnant et répétant des thèmes qui sonnent comme une prolongation ivre et perpétuelle de Seventeen Seconds. Après cette première prise à l’aveuglette - qui dure le temps que Smith étanche trois bouteilles de vin -, Gallup complète la bande par quelques lignes de basse et le tout est fignolé avec quelques touches de synthé, sourdes et monotones. Pas de paroles, presque pas de mixage : Carnage Visors est quasiment un instantanné de l’univers musiconirique de Smith, très proche des ambiances froides et sombres de Seventeen Seconds. Même si elle n’apparait que sur la face B de la version cassette de Faith, cette composition d’une vingtaine de minutes représente pour Smith la façon la plus directe et la plus évidente de créer de la musique comme il l’entend, quelque chose de complètement instinctif basé sur un sentiment précis, aussi fugace et impalpable soit-il.


« J’ai toujours essayé de produire des disques qui soient d’une seule pièce, qui expriment une certaine atmosphère dans sa globalité. Pour explorer quelque chose à fond, une seule chanson ne suffit pas. C’est pourquoi j’ai toujours aimé les albums de Nick Drake, ou les disques des Pink Floyd comme Ummagumma. J’aime beaucoup de musiques qui sont bâties autour de répétitions, de chants Bénédictins et de mantras Hindhous. Ces musiques sont construites autour de lents changements, qui permettent de traiter les choses avec beaucoup de précision. »
Robert Smith

Il en est ainsi des compositions de Faith, même si les morceaux sont abordés sous des angles différents opaques et brumeux pour "The Holy Hour", "Other Voices" ou encore "The Funeral Party", avec des ambiances monotones étirées jusqu’à la rupture ; plus violents et plus agressifs pour "Primary", "Doubt" et "The Drowning Man". Cette dernière est par ailleurs une référence directe à la noyade accidentelle de l’incontournable inspirateur de Smith, Percy Shelley.

Commercialisé le 11 avril 81, Faith marque une nouvelle étape dans l’approche artistique des Cure. Depuis les premiers enregistrements, Smith a du mal à encaisser le sentiment de dépossession qu’engendre la délégation des tâches. Ainsi il s’est mis à la production. Et il fait appel à Porl Thompson pour la réalisation des pochettes plutôt que de faire confiance à un designer inconnu de Polydor. Sitôt impliqué dans le projet, Thompson quitte l’école d’art qu’il avait intégrée après son départ des Easy Cure et monte sa propre boîte de design, Parched Art.


« J’ai tout de suite oublié l’école et je m’y suis mis à fond. Comme pour toutes les pochettes suivantes, j’ai d’abord attendu que la musique soit terminée pour commencer à travailler, et j’allais assister à beaucoup de séances de répétition et d’enregistrement pour m’imprégner de l’ambiance. »
Porl Thompson

Ayant capté l’atmosphère sépulcrale de Faith, il déforme une photographie de l’abbaye où Smith allait jouer enfant. Le résultat, témoin d’une indéniable complicité au sein de la “famille” Cure (qui n’en est qu’à ses débuts : par la suite vidéos, films, radio pirate...) et d’une certaine osmose multi-artistique n’est pas du tout du goût de la maison-mère Polydor. Parry doit intervenir et mettre en avant les gages d’indépendance de son label Fiction pour que la pochette - plutôt lugubre - soit acceptée.

Musicalement le contenu n’est guère plus réjouissant. Dès le premier titre, "The Holy Hour", Smith pose le ton : atonie sacrée et déprime montée sur écrin de glace, le tout crénelé par l’inlassable basse de Simon Gallup. D’emblée le chant donne une impression de malaise et de douleur réelle, arrachée d’une gorge écorchée : les textes de Faith, exsangues et flous, sont bien plus personnels à Smith que ne l’étaient ceux de Seventeen Seconds. A l’évocation éthérée de climats hantés succède une tentative tortueuse et hachée de traduction de sensations morbides et schyzophréniques (speed, LSD, alcool, et L’Age De Raison de J.-P. Sartre). La fête bat son plein avec "Other Voices", "All Cats Are Grey" et "The Funeral Party", passage le plus chargé, intense et brumeux de l’album. Un concentré du concept pensé pour Faith. Après cela, les trois titres suivants - "Doubt", "The Drowning Man" et "Faith" - tiennent pratiquement de la redite.

N’empêche. Smith n’a pas hésité à mettre à plat ses sentiments et ses pérégrinations mentales, si torturés soient-ils, au risque d’essuyer un bide commercial - apparemment le dernier de ses soucis...


« Nous nous sommes souvent concentrés sur le côté noir de la nature humaine. C’est davantage intrigant... au moins dans une perspective littéraire. Dans la réalité, le côté sinistre n’est pas aussi intéressant que ça. Il serait même plutôt dégueulasse. Mais bon, nous n’écrivons pas sur la réalité du monde extérieur, nos chansons n’ont rien à voir avec ça. »
Robert Smith

La presse anglaise manifeste cependant très rapidement son point de vue sur la chose. Smith est comparé à Ian Curtis : on l’accuse de vouloir refaire le cou(p) du suicidé céleste. Les critiques ne sont pas tendres, pas touche à Joy Division.


« N’importe quel imbécile doté d’un synthétiseur et de quelques connaissances sur Kafka peut faire la même chose. »
New Musical Express

Tout fiel mis à part, certaines chroniques analysent Faith d’une manière plus objective. Certes, le côté mélodramatique et scabreux de l’album est souvent mis en avant. Certains insistent même beaucoup sur les qualités anesthésiques qu’ils lui trouvent. Malgré cela, qui n’est qu’un aspect parmi tant d’autres de l’oeuvre de Smith, John Gill remarque l’investissement personnel nécessaire à l’écoute de Faith. Ecoute active, donc. Qui le mène exactement là où son concepteur voulait en venir :


« Vous devriez lire entre les lignes. La psychologie n’est peut-être plus à la mode, mais Faith l’utilise comme prétexte, jouant avec les espoirs et les croyances les plus profonds. Comme Smith le répète à la fin de la chanson qui donne son titre à l’album, ‘Il ne reste que la foi’. Sans elle ils n’auraient pu faire cet album. Ainsi est la vie et j’en redemande. »
John Gill

Loin de se laisser décourager par la désapprobation générale de la presse, les Cure se lancent dans la tournée promotionnelle de Faith dès le 18 avril, baptisée "The Picture Tour". Cette fois ils mettent les plus gros moyens à leur service, en louant une sono identique à celle des Pink Floyd. Pour eux, il s’agit non seulement d’avoir du matériel fiable, mais également de pouvoir reproduire sur scène la puissance des ambiances que le studio leur permettait de générer.

Cette seconde tournée internationale programmée par Chris Parry doit occuper les Cure jusqu’à la fin de l’année, et les balader de Grande-Bretagne en Hollande, d’Allemagne en Belgique, d’Amérique du Nord en France... sans oublier la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Canada.

Le groupe écume les salles de concert britanniques jusqu’à la fin mai, et l’accueil du public est sans commune mesure avec celui que la presse a réservé à Faith. Seuls sur scène chaque soir, les Cure commencent leur spectacle par la projection du film de Richard Gallup, Carnage Visors. La bande-son concoctée par Smith est l’entrée en matière idéale pour leur propre set : un mélange obscur et minimaliste de chants grégoriens et de guitares lancinantes mode Hendrix. C’est aussi pour le groupe une façon de tester la réceptivité de leur public aux ambiances d’outre-tombe qu’il s’apprête à distiller. Pour le New Musical Express, présent aux premiers concerts de la tournée, Carnage Visors et Faith, même combat :


« Ce n’est vraiment pas très bon, juste une série de formes mouvantes à regarder, pendant que le soundtrack austère de Smith impose les conditions adéquates à la performance des Cure qui va suivre. »
New Musical Express

Pour la presse, ces concerts se résument à des ‘Funeral Party’. Smith ne dément pas. La performance des Cure se compose dans sa quasi totalité des deux derniers albums, auxquels ils rajoutent à la demande expresse du public, des ‘classiques’ en guise de rappel : "10:15", "Grinding Halt", "Killing An Arab". Bien que les titres de Seventeen Seconds et de Faith permettent au groupe de longues plages d’improvisation où la répétition est poussée jusqu’à l’hypnotisme, où Smith égrène des sons de guitare qui touchent au conditionnement skinnérien, l’exercice est plus rude que prévu pour les musiciens. L’investissement de Smith est déstabilisant tant sur le plan physique que nerveux, et la répétition systématique des morceaux de Faith déclenche à chaque concert la même crise émotionnelle qui a prédestiné à leur création. Spirale infernale qui aspire le trio vers les abîmes de la langueur et du désespoir.


« Pour le public, il n’y avait aucune échappatoire. Les critiques disaient que les concerts étaient des cérémonies religieuses, et c’était vrai. La plupart du temps, je quittais la scène en pleurs. C’était horrible, mais en même temps une bonne expérience, étrange et intense. Nous jouions le plus souvent Faith dans sa totalité plus quelques titres de Seventeen Seconds, et parce que nous ressentions si profondément ce que nous faisions, si quelqu’un hurlait quelque chose, Simon et moi devenions fous, et nous sautions souvent dans le public pour tirer les choses au clair. »
Robert Smith

Pour tenir le choc dans leur voyage au bout de la nuit, les Cure se laissent gaillardement aller à un remède déjà éprouvé et dont l’efficacité n’est plus à démontrer : la boisson. Qu’ils agrémentent à l’occasion de fêves psychotropes.


« Je crois pourtant que durant toute cette période nous avons su garder un certain sens de l’humour. Mais il restait caché. En un sens, c’est bien puisque cela nous a permis de jouer avec une intensité qui sans cela aurait semblé feinte et fabriquée. Pour le public, nous étions un groupe dépressif et morbide, en privé nous n’étions pas du tout comme ça. »
Robert Smith

Début juin, les Cure s’attaquent à nouveau au continent européen. Ils donnent une poignée de concerts en Hollande, en Belgique et en Suisse (Fribourg, une quarantaine de personnes pour tout public, Smith chante assis sur le bord de la scène) avant que les évènements prennent subitement une tournure dramatique. Juste avant de s’installer derrière sa batterie à Sittard, Hollande, Tolhurst apprend le décès de sa mère. "The Funeral Party" prend alors un sens tout particulier pour les membres du groupe, qui retournent précipitemment à Crawley : le titre est joué lors des funérailles.

A la mi-juillet, après avoir achevé leur série de concerts dans le nord de l’Europe, les Cure s’octroient un break, une petite semaine pour enregistrer leur prochain 45 tours ainsi que leur première véritable vidéo. Pensée en dehors de tout concept d’album, "Charlotte Sometimes" voit l’inspiration de Smith renouer avec un esprit plus pop. Loin d’avoir la basse lourde et mécanique de ses dernières exactions, ce morceau possède une mélodie aussi finement ciselée que les premières compositions des Cure. Un soupçon plus torturé quand même. Enregistré en deux jours dans les nouveaux studios de Mike Hedges, "Charlotte Sometimes" donne l’impression d’être le siamois tronçonné de "A Forest", avec ses lignes de basse sculpturales et ses synthés d’ambiances pouvant servir de bande-son pour l’Ange Du Bizarre d’Edgar Poe. La guitare de Smith, plus discrète, agit comme de fins moulinets au scalpel pour peaufiner l’ensemble. "Splintered In Her Head", la face B, est de la même veine, avec son rythme envoûtant d’un cérémonial de l’étrange et son chant erratique glissant tout droit d’une chambre d’écho pleine d’huile. Dernière collaboration du groupe avec le producteur Mike Hedges, ce 45 tours est une bouffée d’oxygène dans le marathon infernal des Cure.


« Ces titres correspondent à une période qui a été très dure pour le groupe et spécialement pour moi. Pour la première fois, je me suis rendu compte que le groupe avait en lui la possiblité et le pouvoir de faire quelque chose de très sérieux. Je sentais que les gens qui venaient alors à nos concerts étaient tellement engagés dans notre musique qu’ils auraient pu se tuer pour nous. Le public voulait voir en moi un nouveau Ian Curtis. C’était très extrême. »
Robert Smith

Coup d’essai pour les Cure au niveau de la maîtrise visuelle, la vidéo de "Charlotte Sometimes", tournée dans un asile psychiatrique abandonné, ne leur donne aucune satisfaction. Les images ne reflètent guère leur conception et leur approche musicale. Du côté de leur identité de groupe par contre, les choses se précisent peu à peu. Sous l’influence de Gallup, indéniablement, et de son goût prononcé pour les vêtements noirs et la tignasse savamment négligée. Et Smith commence à laisser son trauma déteindre sur son look en arborant quelques discrètes touches de maquillage. Sens de la théâtralité qui débute avec la seconde tournée américaine du groupe, en juillet 81, et qui verra son apogée lors de la période Pornography.

Cette tournée aux Etats-Unis se déroule dans le même esprit que les premiers concerts du Picture Tour, alternance de tension nerveuse et de relâchement alcoolisé. Les choses empirent lorsque les Cure traversent le Pacifique. Leur public néo-zélandais et australien, décidément réfractaire à leur tangente cold-wave, leur réclament "Fire In Cairo" ou "10:15" d’une façon plutôt appuyée. Smith, Gallup et Tolhurst en sont exaspérés. Mais c’est au Canada qu’ils touchent le fond, où des spectateurs interrompent régulièrement leurs concerts pour leur demander de jouer du Chuck Berry, par exemple.

Début septembre, après deux semaines de repos, le Picture Tour entame la partie française de son itinéraire. A la même période, Chris Parry commercialise aux Etats-Unis le double-album Happily Ever After, qui contient les deux derniers opus des Cure.

Bien que le groupe ait conquis un public de fidèles en France, leurs concerts sont toujours aussi mouvementés et éreintants. Sauter dans la foule lorsque celle-ci manifeste sa désapprobation est devenue une habitude, pratiquement un jeu entre Gallup et Smith qui de concert jettent leurs instruments au sol, s’en vont en découdre avec les spectateurs, avant de remonter à nouveau sur scène comme si de rien n’était.


« Je ne me rappelle pas vraiment la plupart de ces concerts. J’étais dans cette phase de folie dépressive qui allait aboutir à Pornography. J’avais besoin d’un break - trop de tout aucun répit. De toute façon je n’avais aucun contrôle sur ce que je faisais. Nous étions tenus de faire de gros concerts, avec la sono, l’équipement pour le film, tous ces jeux de lumière et pratiquement pas d’argent en retour, nous étions obligés de jouer toutes les nuits. C’était encore une des stratégies de Bill... »
Robert Smith

La tournée française prend fin le 17 octobre. Les Cure prennent un mois pour tirer les leçons de cette seconde tournée internationale. Apparemment, le concept Carnage Visors n’a pas fait ses preuves : dès le 25 novembre, le groupe se lance dans une tournée anglaise avec And Also The Trees et le duo 1313 en première partie. Cette série de concerts a pour conséquence directe de rapprocher encore plus Smith et Severin, qui joue dans 1313 avec Lydia Lunch. D’où conflits à l’intérieur des Cure, les deux autres membres jalousant l’amitié que Smith porte au bassiste des Banshees...

La tournée se clôt le 3 décembre, et le chanteur des Cure se plonge aussitôt dans la composition de nouveaux morceaux. Pornography est parti pour être bâti sur les ruines de Faith...

Cependant que Smith s’absorbe dans ses travaux d’exorciste, Parry émet des réserves sur la capacité des Cure à tenir un tel rythme :


« Je pense que Faith est un album superbe, réduit à l’essentiel et très stylé, éthéré, mais il a demandé de tels efforts pour être créé... Vous savez, les drogues étaient là, la demande du public était là, les paroles étaient écrites à même le sol du studio... Je pouvais deviner qu’ils n’allaient pas tenir longtemps comme ça. »
Chris Parry
Sébastien Raizer extrait de l'ouvrage La Thérapie de Robert Smith
(Editions du Camion Blanc, 1993, Pages 49 à 60 )
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La trilogie de The Cure (3) Pornography  posté le samedi 03 juin 2006 09:54

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, La trilogie de The Cure (3) Pornography

« Je ne sais pas pourquoi j’ai fait tout cela, je sentais simplement que je devais le faire. Je ne voulais plus être normal, je ne voulais plus me sentir en sécurité. »
Robert Smith

Violent, peu accessible, extrême, auto destructeur... Ces qualificatifs s’appliquent autant à l’album Pornography qu’à Robert Smith lui-même. Durant les brèves pauses du Picture Tour, dérivant entre Sartre et Lautréamont, il a déjà posé à la batterie les structures de quelques morceaux, dont "Cold" et "Figurehead". Cet instrument va se révéler crucial pour l’élaboration des nouvelles compositions : Smith l’utilise comme structure de base pour étancher ses délires psychotiques.

Année de tous les excès, 82 est également la dernière à obéir à l’effarante loi studio d’enregistrement-sortie d’album-tournée internationale. Dès la fin du mois de janvier cependant , le studio Windmill, situé au sud de londres, est pris d’assaut par les troupes de Fiction. Sans Mike Hedges pourtant, qui les accompagnait depuis Three Imaginary Boys. Pour une fois, la rupture se fait sans drame, cordialement. Hedges est devenu, au fil de ses multiples travaux, un producteur respecté et recherché : il part ainsi s’occuper de la gestation du prochain album des Banshees, A Kiss In The Dreamhouse. Chris Parry présente alors plusieurs producteurs susceptibles d’épauler Smith dans son travail, en vain. Aucun ne correspond au “membre occulte” que le chanteur recherche (conflits de personnalités, froissements d’égos). C’est finalement Phil Thornalley qui emporte le morceau. Jeune ingénieur du son, il a déjà travaillé avec d’autres groupes pop plus ciblés, comme Duran Duran ou les Thompson Twins. Malgré ce passif fort éloigné de l’itinéraire des Cure, décidément acommercial, c’est lui qui tient tête à Smith lors de la maturation de Pornography :


« La seule chose que je connaissais d’eux était "Killing An Arab", une bonne chanson mais trop démonstratrice à mon goût. J’étais très naïf, je ne savais même pas qu’ils avaient eu des succès, alors je les traitais comme des gens normaux qui cherchaient une atmosphère saine. »
Phil Thornalley

Mais le dilettantisme est vite de la partie. Concrètement, c’est déjà un groupe brisé qui vient enregistrer. Smith se partage entre le studio et l’appartement de Steve Severin, s’adonne à l’hallucination la plus éhontée, ce qui n’est pas sans inquiéter son confrère des Banshees. C’est dans cet état de confusion totale qu’il écrit les textes définitifs de Pornography, errant entre acides,