Low : les archives disponibles  posté le dimanche 17 juin 2007 14:28

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LOW: ARCHIVES PRESSE


chronique album:          Drums and Guns (2007)
chronique album:          The Great Destroyer (2005)
interview promo:          " Low, le grand sommeil" magic (2005)
chronique compilation: A Lifetime Of Temporary Relief : 10 years of b-sides & rarities (2004)
chronique album:          Trust (2002)
interview promo:          "Aller plus haut" merry-go-round (2002)
concert:                        Low Café de la Danse, 9 décembre 2002, Paris
concert:                        Low Café de la Danse, 19 mars 2001, Paris
chronique album:         Things We Lost In The Fire (2001)
chronique E-P:              Christmas (1999)
chronique album:         Secret Name (1999)
chronique E-P:            Songs For A Dead Pilot (1997)
chronique album:         The Curtain Hits The Cast (1996)
chronique album:         Long Division (1995)
chronique  album:        I Could Live In Hope (1994)

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Low : Drums and Guns (2007)  posté le dimanche 17 juin 2007 14:03

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Low : Drums and Guns (2007)
Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  ****

En 2005, Low publiait The Great Destroyer, un septième album en forme de chef-d’œuvre, mais qui ne manqua pas de diviser. Confiant pour la première fois son slowcore languide aux mains du grand bâtisseur sonore Dave Fridmann, et poussant ses guitares dans leur tranchant, le trio s’était attiré les foudres de quelques inflexibles aficionados de la première heure, en même temps qu’il avait rallié à sa chapelle les plus hér(m)étiques. Que les premiers se rassurent, bien que toujours épaulé par le producteur suscité, voilà le groupe de Duluth retourné à son minimalisme introspectif d’antan. D’une effarante noirceur, Drums And Guns, marqué de toute part par la guerre et la mort, débute par une incantation macabre (Party People) aux paroles presque insoutenables (“All soldiers they’re all gonna die/All babies they’re all gonna die”) avant de passer à un Belarus apaisé, où apparaissent, ô surprise, les premières sonorités électroniques (vous avez bien lu) qui parsèment cet album, ici joliment dispersées sur un tapis de cordes. Et si, à ce stade du disque, on avance encore à tâtons, le gospel blanc de Breaker, ses clappements de mains et son orgue rassurant permettent de pousser un soupir de soulagement. Oui, Zak Sally a mis les voiles il y a deux ans pour s’occuper à plein temps de sa maison d’édition, laissant la quatre-cordes aux mains de Matt Livingston. Oui, le groupe semble ici expérimenter encore une nouvelle voie, ouverte aux boîtes à rythmes et autres loop (elles constituent même parfois l’essentiel des morceaux, comme sur Always Fade, où la basse de Livingston et les voix d’Alan Sparhawk et Mimi Parker sont les seules âmes organiques qui vivent). Mais, non, Low n’a rien perdu de sa force évocatrice ni de son insolente faculté à toucher la beauté du doigt. Et si, à tous ceux qui ne se sont pas remis de The Great Destroyer, certains conseillent même de commencer l’écoute de Drums And Guns par la fin, – le bien nommé Violent Past faisant idéalement le lien entre les deux Lps et la seconde moitié du disque étant moins lénifiante que la première –, on pourrait aussi se servir des paroles de Hatchet comme d’un manifeste introductif : “You’ll be my Charlie and I can be your George/Let’s bury the hatchet like The Beatles And The Stones”.

Faustine Kopiejwski dans magic n°108 de mars 2007

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Avec The Great Destroyer, son précédent album aux claires velléités pop, Low était à une larmichette de recevoir l’onction grand public que sa belle endurance aurait sans doute méritée. Ce qui échoua à l’époque, prévenons leur banquier, ne risque en aucun cas de se produire avec ce Drums and Guns qui équivaut, commercialement parlant, à une rafale de mitraillette dans les deux pieds. En rempilant avec l’imprévisible producteur Dave Fridmann, Low a rajouté à sa vulnérabilité naturelle une dose puissante d’aléatoire, sa musique ne reposant plus sur un socle folk-rock classique mais se retrouvant au contraire soumise à un dérèglement radical comparable à une infection virale, à un génial pourrissement. Drums and Guns est une bombe à fragmentation en même temps qu’un envoûtement, pas du tout une supplique autocomplaisante que l’on écouterait comme on visite un malade testant des chimies désespérées. Il faut néanmoins l’apprivoiser. Une ouverture psalmodiée sur fond de guitares tournoyant au ralenti, qui évoque l’isolation liturgique de la Nico de The Marble Index, donne un peu le ton de l’affaire. Ensuite, les programmation à tâtons, les boucles obsédantes, les arythmies électroniques, les violons perçants, les basses et les orgues rasant les chansons et menaçant de s’écraser sur ce qu’il reste de mélodies, tout concourt à faire vaciller le décor, à troubler les lignes.
Chansons plus volontiers modelées dans la brume qu’écrites dans le béton, voix qui évoquent au mieux un gospel sans illumination, au pire un lamento médicamenteux, paroles à se pendre en ouvrant le gaz, la description forcément réductrice de ce disque sensitif sera, on s’en excuse, peu engageante. Pourtant, derrière ce tableau lacéré, cette aquarelle désolée et criblée de flèches, se dessine une œuvre prenante, irradiée par une grâce pas ramenarde, une grâce en sourdine, et si l’on gratte un peu le mille-feuilles (mortes) sonore qui lui sert de carapace, alors on y découvrira peut-être l’annonce d’un futur printemps, où d’autres hivers dont Low fut jadis le plus beau des conteurs. En attendant, cet album aurait mérité le titre de son prédécesseur : “The Great Destroyer.”

Christophe Conte dans Les inrockuptibles du 20 mars 2007

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Longtemps Low – trio très « down » pour ne pas dire franchement dépressif – du Minnesota s’est amusé (?) à jouer le plus lentement possible. Comme s’il s’était lancé un défi. Le tour de force du couple Alan Sparhawk (guitare) et Mimi Parker (batterie) et de leur complice bassiste Matt Livingston fut non pas d’atteindre leur drôle de but, mais de nous entraîner dans leur monde quasi en apesanteur, temple à l’esthétique minimale où chaque note, chaque parole avaient leur valeur. Ecouter Low donnait l’impression d’être en proie à une douce hypnose : nos paupières devenaient lourdes, on s’endormait pour aussitôt se réveiller dans un monde parallèle où le temps était autre et les sensations, plus intenses. Et puis, après quelques albums, le trio a du se dire qu’il était allé assez loin, que plus lent que très très lent, ça ne rimait à rien. Il ne lui restait plus qu’à tenter d’accélérer le tempo, mais tout en préservant les vertus uniques de sa musique.

Mission accomplie, en 2004, avec le nettement plus énervé (toutes proportions gardées) The Great Destroyer.Qu’attendre alors de ce Drums and Guns : Low transformé en Ramones ? Non. Ce huitième album est celui d’un groupe arrivé à maturité qui peut se retourner sereinement sur son remarquable parcours sans sombrer pour autant dans la redite ou la régression. Drums and Guns se permet ainsi de démarrer par son titre le plus étouffant, suffocant, le minimaliste et synthétique (mais un vieux synthétiseur asthmatique et rouillé), fataliste et incantatoire Pretty People (« tous les bébés vont mourir ») avant de s’avancer vers la lumière. A tel point qu’arrivé à Hatchet, on n’en croit pas nos oreilles : ce titre énigmatique où il est question d’« enterrer la hache de guerre comme jadis les Beatles l’ont fait avec les Stones » n’est rien d’autre qu’une chanson pop ! Enfin presque, à la Low quand même. N’empêche, qui aurait cru que Parker et Sparhawk sauraient, un jour, nous faire sourire ?


Hugo Cassavetti dans Télérama n°2990 du 5 mai 2007

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Si l'écoute du nouvel album de Low ne constitue assurément pas une expérience très agréable, elle est par contre assez édifiante : on mesure dès les premières minutes avec le massacre de Pretty People que la frontière qui sépare la grâce du ridicule était finalement pour le groupe assez ténue. Ici, on voit à peu près où Low voulait en venir : ambiance sombre et frappante, minimalisme brut et plus rêche qu'à l'accoutumée, chant venu direct des tripes, bref, une recette pour un nouveau succès. Sauf que là, non, ça ne fonctionne pas du tout et la chanson ressemble plutôt à un poème miteux d'adolescent angoissé ("All you pretty people/We're all gonna dieeee") mis en "musique" de manière sommaire et mal foutue.

Après un départ aussi abyssal, on aura du mal à se plonger réellement dans ce Drums And Guns, qui, Dieu merci (ou plutôt Low merci), ne stagne pas toujours à un niveau aussi effarant. Comme sur le très inégal précédent The Great Destroyer et ses grosses guitares souvent bien boursouflées, souffle sur ce disque un souffle de changement, de métamorphose pas encore bien dirigée et digérée. Au pire, cela donne des titres fatigants ou quasi inécoutables (sauter à tout prix l'imbuvable Your Poison), au mieux a-t-on l'impression d'assister à l'accouchement d'un nouveau Low, encore juste sorti du berceau et pas bien cohérent, mais pourquoi pas prometteur (Belarus, In Silence).

L'impression générale qui ressort tout de même de Drums And Guns est celle d'un album courageux mais bordélique, et pour tout dire assez raté. Le groupe, épaulé par le controversé Dave Fridmann, ne parvient pas à réellement imposer une production et des arrangements curieux, souvent intéressants mais pas toujours bien utilisés (voix uniquement dans le canal droit, boucles de batterie ou de voix très présentes, nombreux sons électroniques éparpillés) ; Alan Sparhawk se sent trop souvent obligé de pousser sa voix dans ses retranchements pour chanter des textes parfois franchement mauvais (le contraire de Mimi Parker, qui elle assure sur un joli Dust On The Window) et on doit de nouveau subir quelques tentatives peu judicieuses visant à chanter des chansons pop comme les autres (Hatchet, fourvoiement contre-nature).

Low traverse actuellement une période difficile, avec récemment la maladie d'Alan Sparhawk et le départ du bassiste de toujours Zak Sally, et on peut saluer l'énergie qu'ils mettent actuellement à se renouveler. On peut malheureusement aussi, après deux ratages discographiques (celui-ci néanmoins pas loin d'être sauvé par trois bonnes chansons pour terminer, en particulier Violent Past), commencer à trouver le temps long et à se demander vraiment où le groupe veut en venir actuellement et s'ils ne se sont pas tout simplement égarés en chemin.

 

Jean-Yves B. sur Mille-feuille.fr (Avril 2007)
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Low : The Great Destroyer (2005)  posté le samedi 20 mai 2006 21:47

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Low : The Great Destroyer (2005)

Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  ****


Il arrive parfois que le producteur d’un disque soit à peu près aussi important que son auteur, si ce n’est plus. Or donc, la nouvelle est lâchée, la production de The Great Destroyer, le nouvel album de Low, a été confiée à Dave Fridmann. Pour avoir assidûment visité ses merveilles d’architecture gothique flamboyante érigées pour Mercury Rev, The Flaming Lips, Sparklehorse ou Mogwai, on avoue avoir pris peur pour notre cher monastère sis à Duluth, Minnesota. En effet, qu’adviendrait-il des atmosphères cotonneuses égrenées par la guitare et le chant éthéré d’Alan Sparhawk face aux grandes orgues du génie des manettes ? Comment les tambours de Mimi Parker supporteraient-ils pareille (sur)charge ? Distinguerait-on encore la basse élastique de Zak SaIly, la clef de voûte indéboulonnable du trio? Il n’aura pas fallu attendre la fin du premier morceau pour se rassurer. Certes, Low a pris de l’ampleur, mais cette montée en puissance lui va foutrement bien. D’autant que sa musique n’a rien perdu de son pouvoir d’apaisement : un véritable tour de force Il faut dire que les trois musiciens n’ont pas fait les choses à moitié, comme si cette future collaboration leur avait inspiré leurs plus belles compositions à ce jour. Entre structure folk et interprétation sadcore, le triumvirat a choisi de ne pas choisir... À la fois Bob Dylan et Joy Division, Low compte parmi les groupes à guitares les plus doués de sa génération, toutes catégories confondues. Et si Mimi Parker partage plus qu’une ressemblance patronymique avec Moe Tucker, c’est l’ombre du Velvet Underground tout entier qui plane sur les auteurs de Christmas. À contrario de ce que son titre pourrait laisser supposer, Alan, Zak et Mimi n’ont pas sombré dans un déluge noisy punk à la My Bloody Valentine, leur aptitude à se réinventer expliquant (en partie) leur longévité. Entre envolées lyriques et comptines à deux voix, les morceaux se succèdent avec une évidence quasi mathématique. Si l’on ajoute que ce huitième Lp possède assurément la plus belle pochette du mois et que la saison (neige et longues nuits) lui sied à merveille, chacun aura saisi l’importance de The Great Destroyer, l’une des plus belles oeuvres de Low.

Renaud Paulik dans magic n°87 de février 2005
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The Great Destroyer, septième album du groupe de Duluth, est acclamé comme l’épiphanie rock de Low. Comme si Trust, ou les précédents, n’étaient pas déjà rock. Fallait-il le hurler pour que le monde saisisse que sous les drapés lents et les voiles tristes se cachaient hargne et colère ? Secoué par les sombres humeurs et les questionnements sibyllins d’Alan Sparhawk, Low a fait sa mue et laisse donc ici son instinct primaire diriger un peu plus clairement la manœuvre : la dérive de leur continent slow-core, au long de leurs bientôt douze ans de carrière, s’est lentement fracassée sur d’autres rives, plus découpées et tranchantes. Le gris orageux du groupe amer s’est fait bleu électrique, l’ascétisme mélodique a fait place à la plénitude sonique, leur tonne d’agressivité accumulée a sorti ses griffes. Mormons, certes, mais pas béni-oui-oui, et en prise directe avec l’humeur générale.
The Great Destroyer est ainsi une longue et sourde menace, soufflée les dents serrées et les poings crispés. Sur l’implacable ouverture Monkey, dans les stridulations de Everybody’s Song, dans les recoins sombres de l’épique Step, on voit ainsi des tâches et un son gras, quelques piquants d’une haine froide et discrète. Et Dave Fridmann, en habituel grand magicien (Mercury Rev…), de faire résonner le cri à la perfection, de faire un peu plus sortir le groupe de ses gonds, de le conduire à plonger sa délicatesse dans le cambouis. Pourtant, entre deux coups de sang plus ou moins appuyés et toujours d’une élégance sans bornes, subsistent encore quelques pauses, des respirations où le songwriting naturel du groupe, mystique et envoûtant, se hisse loin au-dessus de la crasse, comme sur les superbes Silver Rider ou Cue the Strings.  

Thomas Burgel dans Les inrockuptibles du 02 février 2005
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Un des grands sages de Millefeuille.fr dit souvent: il faut se méfier d'un disque qui sort avec une étiquette le disque le plus ... (complétez avec un adjectif de votre choix), comme d'une compile de Barry White dans une soirée.

Ici l'adjectif annoncé un peu partout et même ici, était "violent". Bon.

A l'échelle de Low, on espérait tout de même pas un disque à la croisée de Slipknot et Mayhem, mais une légère accélération. Et miracle, pour une fois, la bienveillante étiquette était juste : Low nous offre là un disque violent. Mais une violence maîtrisée, parfois même inquiétante.

Les hostilités commencent avec Monkey, et ses décharges de guitares intempestives, ce son trituré...Oui oui, on parle bien de Low, celui de Long Division, et du EP de chansons de Noël, qui enfonce le clou un peu plus loin sur Everybody's Song avec ses sons saturés et ses versets quasiment scandés.

Pourtant la nouvelle direction prise par le groupe connaît des ratés comme sur California qui se révèle être très fade, et Just Stand Back très pop-rock avec tout ce qu'il y a parfois de péjoratif dans ce terme (le son "pop-rock", vous voyez ?). A mi-chemin du disque, on est déjà sûr d'une chose : ce n'est pas le meilleur disque de Low.

Question n°1 : Est-ce vraiment le même groupe dont on parle ? Les envolées guitaristiques dignes du Crazy Horse sur On the Edge of ont de quoi faire bondir à la première écoute, de même que les triturations sonores qui émanent de ce disque...Ce qui nous amène à la ...

Question n°2 : Est-ce que David Fridmann transforme tout ce qu'il touche en plomb ? Considéré par certains comme un producteur omnipotent qui se transforme en membre du groupe à part entière, on a tout de même le bonheur ici de ne pas entendre le "son Fridmann" habituel (parmi les victimes recensées: Mogwai, Flaming Lips, Delgados). Reste à savoir maintenant comment il a pu influencer le trio de Duluth pour l'enregistrement de ce disque aux passages surprenants parfois même décalés.

Question n°3 : Mais alors cet album je l'achète ? Oui, pour au moins une raison : Pissing. Cinq minutes huit secondes angoissantes, du Low comme on l'aime avec toutefois cette douce violence qui caractérise ce disque. Cette lente montée, et ce nouveau son qui trouve enfin sa place à la perfection sans se demander si on a bien affaire au même groupe ou tenter de percer le pourquoi du comment d'un tel disque légèrement décalé, vers lequel on reviendra dans quelques années avec un a priori négatif qui se transformera en sympathie.

Arnaud G. sur Mille-feuille.fr le 27 janvier 2005

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Low, le grand sommeil (2005)  posté le samedi 20 mai 2006 21:22

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Low,
le grand sommeil
Mais quelle mouche a donc piqué Low? Le groupe qui vient de célébrer ses dix ans de carrière et que l’on croyait définitivement atteint par la maladie du sommeil s’éveille au son des guitares déchaînées du bien nommé The Great Destroyer. Explications et éclaircissements rétrospectifs en compagnie des deux éléments masculins du trio de Duluth, amputés de leur batteuse restée pouponner au pays. Un seul être vous manque...


Lessivés, cuits, épuisés. Au terme d’une série de journées promotionnelles autour de l’Europe, c’est dans un état plus proche de l’inanition que, de leur Minnesota natal, se présentent devant nous Alan Sparhawk et Zak Saily afin de converser autour de leur huitième album, l’excellent The Great Destroyer. Par expérience, on sait déjà qu’il n’y a pas forcément grand-chose à attendre de ces interrogatoires de fin d’après-midi où les musiciens moulinent automatiquement les quelques réponses standard qui affleurent encore à leurs lèvres, semblables aux marathoniens qui, dans les derniers kilomètres de leur parcours, n’ont même plus besoin de mobiliser une quelconque volonté consciente pour continuer à mettre une jambe devant l’autre. Occupés à engloutir des chocolats Dalloyau qu’une manageuse anglaise, bien intentionnée mais aux compétences culinaires limitées, leur a jeté en pitance (il y aurait, plus généralement, tant de choses à écrire sur les représentations invraisemblables que semblent se faire les managers britanniques des sommets de la gastronomie parisienne...), les deux tiers de Low s’efforcent pourtant de rassembler leurs neurones encore en état de marche pour tenter d’oublier en notre compagnie le mal du pays où les attend Mimi Parker, le troisième tiers du groupe et la moitié d’Alan, la chambre d’hôtel bien méritée, qui n’a jamais été si proche et si lointaine, et les jours du même tonneau qui devraient encore se succéder dès le lendemain matin. Un peu apitoyé, on aurait bien envie de leur suggérer un programme réduit pour les minutes à venir, du genre “un suppo et au lit, sans dîner”. Et puis, finalement, on passe tout de même aux questions.

UN PEU DÉPRIMANT
Après tout, cette grosse fatigue n’a rien pour nous surprendre : l’année 2004 fut bien chargée pour Low, marquée par la conception de ce nouvel Lp et, pour le couple Sparhawk/Parker, d’un deuxième enfant. Il y a eu aussi la sortie d’un coffret, A Lifetime Of Contemporary Relief, rassemblant inédits et versions rares accumulés au cours de dix années d’activisme continu. Une tâche compilatoire à laquelle Zak s’est attelé, non sans mal. “Pour ne rien te cacher, c’était un peu pénible. J’ai dû écouter tous les Cd’s trois fois pour tout vérifier. Trois fois quatre heures de Low, j’avoue que, même pour moi, c’est un peu déprimant! (Sourire.) La première écoute est agréable. On s’aperçoit qu’on a oublié plein de choses, des démos, des chansons qu’on a laissées de côté et qui sont plus réussies qu’on ne le pensait. Globalement, je trouve que c’est plutôt un bon résumé du chemin parcouru pendant ces dix ans”. Pourtant, dans ce contexte d’hyperactivité, The Great Destroyer apparaît comme l’oeuvre la plus radicalement rock et énergique d’une formation dont les détracteurs se plaisent à railler l’apathie. “A nos débuts, c’est incontestable, nous jouions surtout sur des émotions telles la tristesse et la solitude”, reconnaît l’homme. “Il y avait quand même déjà un peu d’espoir ou de joie dans certains titres, mais c’était tellement caché que les gens nous ont collé cette étiquette de groupe dépressif. Sur les trois premiers disques, nous avons planté le décor. A partir de Secret Name et sur les deux suivants, nous avons ajouté de nouveaux éléments dans le décor, des instruments, une palette d’émotions plus large. The Great Destroyer change encore plus nettement les choses. On élargit carrément la scène”. Désormais, les guitares électriques se taillent ainsi une place de choix, reléguant au second plan le piano souvent entendu sur les derniers opus. Selon Alan Sparhawk, il s’agit davantage d’une nécessité esthétique ressentie après-coup que d’une réponse délibérée aux critiques les plus faciles et les plus récurrentes. “On a écrit les chansons ensemble, exactement comme d’habitude. Et puis, on s’est aperçu qu’elles sonneraient mieux si on les rendait plus furieuses, plus désespérées. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais ces chansons ressemblent à des combats. Et, quelquefois, la guitare est l’instrument le plus approprié pour évoquer le combat: on peut l’empoigner, la frapper, la secouer”. Cette découverte d’un Low plus hargneux et moins mélancolique qu’à son habitude s’accompagne d’une autre surprise de taille. Après s’en être remis pendant bien des années à Steve Albini, spécialiste s’il en est des sonorités rugueuses, pour créer une musique faite de lentes atmosphères dépressives, Low a confié la production de son album le plus rageur à Dave Fridmann, grand maître du néo-psychédélisme américain, davantage réputé pour ses talents dans la confection d’ambiances planantes et luxueusement capitonnées que pour sa capacité à capturer avec sobriété des guitares taillées à la serpe. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la collaboration a fonctionné au-delà de toutes les espérances. “Les chansons étaient déjà écrites quand nous avons décidé de faire appel à lui. Nous savions assez bien ce que nous attendions, mais nous avions aussi besoin d’un regard extérieur pour nous aider à explorer certaines pistes. Et il a très bien compris ce que nous voulions. Nous ne sommes pas arrivés chez lui en réclamant des cordes à la Mercury Rev ou le son de batterie de The Flaming Lips. Nous avions envie de ce son très dénudé, très électrique. Même pour sa réputation, il avait plutôt intérêt à nous suivre. Au moins, les gens entendront qu’il n’est pas l’homme d’une seule formule”.

IN/OUT
Ce souci d’échapper aux catégories usuelles de la critique et de l’industrie musicales anime les membres de Low depuis leurs premiers balbutiements. Il faut dire qu’en une décennie, le trio s’est vu coller davantage d’étiquettes plus ou moins réductrices qu’un article de fin de soldes en quatorzième démarque : de leur lenteur légendaire jusqu’aux austères convictions mormones du chanteur, tout a été sujet à raillerie. Ce n’est pas, en tout cas, du côté de la religion, qu’il faut chercher les clefs de l’oeuvre de Low, comme le confirme une fois de plus Alan. “Nous ne sommes pas un groupe de musique chrétienne. Certes, Mimi et moi sommes croyants, mais Zak ne l’est pas. Les gens ont une représentation très caricaturale des mormons. Ma foi n’est pas constamment une source d’angoisse et de tristesse.
C’est plutôt une expérience assez joyeuse. Quant aux références religieuses qui peuvent être présentes dans les textes, je m’efforce toujours qu’elles restent assez ouvertes. C’est davantage une façon de susciter des évocations poétiques, soit rien qui n’ait déjà été fait par Johnny Cash ou Nick Cave”. Les influences affichées par Low ne sont pas nécessairement plus éclairantes. À quelle extrémité du spectre musical pourrait-on, en effet, l’assigner lorsqu’il se réclame tout à tour de Joy Division ou de Black Sabbath, reprend Pink Floyd et The Beach Boys, et déclare rêver de jouer un jour en première partie de Morrissey. “Plein de gens font du rock et le font très bien. Nous n’avons jamais pensé à leur f aire concurrence. D ‘un autre côté, je trouve aussi que de suivre la vague d’un revival folk ou country nous limiterait tout autant. Nous avons enregistré autant des morceaux très longs et bruitistes que des reprises de John Denver. Nous n’avons jamais été vraiment intégrés dans un courant précis. Au début des 90’s, nous n ‘étions pas acceptés par la scène indépendante. Puis nous n’avons pas fait partie du courant post-rock, et nous sommes aujourd’hui plutôt mal partis pour nous accrocher au wagon de la new-wave new-yorkaise. On ne serait pas très crédible. (Sourire.) Au bout de dix ans, nous sommes plus libres que la plupart de nos confrères. Et c’est très appréciable. Pour résumer, le fait de ne jamais avoir été in nous a peut-être permis de ne jamais être out. C’est sans doute aussi ce qui explique cette relation si particulière et si intime que Low a cultivé avec un public, certes restreint, mais d’une constance et d’une dévotion suffisamment rares pour susciter l’étonnement et l’admiration, dans une période riche en sensations fugitives et en passions éphémères. “Low n’a jamais été une formation que
les gens écoutent parce qu’ils pensent qu’ils vont avoir l’air cool. La relation avec le public ne s’est jamais construite dans l’instant, ou comme quelque chose de fugitif. Il existe un rapport beaucoup plus profond, plus fidèle. C’est mieux ainsi”
. Cette relation si particulière tient peut-être avant tout à ce sentiment d’intimité si particulier éprouvé à la fréquentation des oeuvres et des prestations scéniques. Contrairement à l’axiome rock selon lequel un bon groupe ne saurait être durablement créatif sans que ses membres se foutent régulièrement sur la gueule, le trio laisse transparaître à travers ses chansons, ses attitudes et ses propos, un bonheur communicatif à être ensemble. Pour Sparhawk et Parker, ces dix ans de collaboration artistique ont coïncidé avec autant d’années de vie commune, pour le pire, rarement, et pour le meilleur, surtout. “Le fait de travailler avec la personne qu’on aime et avec son meilleur ami comporte bien sûr des risques. Les jours où ça se passe mal musicalement sont rarement des bons moments pour le couple. Mais, la plupart du temps, c’est juste formidable. La relation créative enrichit la relation amoureuse. Le fait de créer quelque chose de beau, sur scène, avec ces deux personnes que j’adore procure une sensation grisante. C’est un peu comme d’aller à la clinique tous les soirs pour donner naissance à un nouvel enfant. Et tous ceux qui ont eu des enfants un jour savent ce que ça peut apporter... ”. La sincérité de ces propos ne saura être remise en doute : avant de laisser les deux compères s’en retourner à leurs devoirs professionnels et familiaux, on leur demande juste une petite phrase de conclusion en forme de bilan pour ces dix ans de militantisme mélancolique. Un cri du coeur sort simultanément de la bouche des deux hommes : “Mimi est notre arme secrète !”.

Matthieu Grunfeld dans magic n°87 de février 2005
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Low : A Lifetime Of Temporary Relief - 10 years of b-sides & rarities - (2004)  posté le samedi 06 mai 2006 11:09

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  *****

Rarement groupe aura si bien porté son nom. Depuis 1993, le trio de Duluth (d’où est également originaire un certain Robert Zimmerman), Minnesota, fait l’éloge de la lenteur, avec une constance, une excellence et une prolixité qui en font l’une des formations les plus passionnantes de l’époque. Les plus tristes également. Pour fêter leur dixième anniversaire discographique — leur premier album au titre programmatique, I Could Live In Hope, est paru en 1994, sur le label Vernon Yard Recordings —, Alan Sparhawk (guitares, voix), sa femme Mimi Parker (voix, percussions) et Zak Sally (basse, claviers) s’offrent aujourd’hui un superbe coffret rétrospectif, dont le graphisme sobre et le bleu pastel siéent parfaitement à une ligne de conduite des plus exemplaire. Jamais à court d’inspiration, des années, les supports discographiques (45 tours, picture discs, cassettes, etc.), les reprises, les collaborations (avec les producteurs Kramer et Steve Albini, le groupe Dirty Three...) et autres participations à des compilations en tout genre (magazines, hommages, radio). S’il a souvent fait sien le répertoire des autres, avec un sens de la relecture et de l’à-propos rarement démenti (Surfer Girl des Beach Boys, Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me des Smiths, Blowin’ In The Wind de Bob Dylan, Blue-Eyed Devil de Soul Coughing...), le groupe a même publié en décembre 1999 un album de Noël, simplement baptisé Christmas, qui lui a valu un tombereau d’éloges critiques, sans parler des fans transis, qui frôlèrent la crise d’apoplexie, la veille du réveillon et de la dinde aux marrons. Évidemment, ce coffret riche en sons et en images (cinquante-deux morceaux répartis sur trois Cd’s, un double Dvd constitué de documentaires, d’extraits de concerts et de clips (sic)), s’adresse prioritairement à eux, mais pas seulement. En effet, il n’est jamais trop tard pour plonger dans les ténèbres et entrevoir la Low-mière. Découvrir (ou réentendre) des titres lysergiques comme Lullaby (la première composition de Mimi Parker, qui n’est pas sans rappeler le Cure cafardeux des débuts) ou Cut (la toute première chanson écrite par le groupe) suffit à résumer l’anesthésie addictive produite par Alan, Mimi et Zak. D’où l’expression souvent utilisée de... Low qui dort à leur endroit. À la fois monochrome et spectrale, crépusculaire et sereine, cette musique ô combien fascinante possède des trésors insoupçonnés, tel un inexplorable puits sans fond.

Franck Vergeade dans magic, n°84 d'octobre 2004
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Mine de rien, Low vient de fêter son dixième anniversaire : un anniversaire en grande pompe, fêté comme il se doit par un bel objet discographique, ce A Lifetime Of Temporary Relief, coffret de trois CDs, complété par un DVD riche en surprises.
L’occasion est parfaite – pour le groupe comme pour nous, gentils auditeurs – de faire le point sur ce groupe américain, originaire de Duluth (Minnesota), que trop de gens imagine se complaire dans une idée parfaitement monomaniaque de la musique.
Formé par le couple Alan Sparhawk et Mimi Parker, accompagné par leur ami bassiste Zak Sally, Low est l’exemple même de la sobriété, jusqu’à l’entêtement. Une guitare économe, une basse à la limite du silence et un kit de batterie réduit au minimum (une caisse claire et une ride) : chez eux, le silence entre deux notes est aussi lourd de conséquence que les notes qui l’entourent.
"Comme si Joy Division rencontrait Simon & Garfunkel" : C’est par cette drôle d’association que le groupe décrit sa propre musique. Cette rencontre, totalement improbable, se déroule pourtant depuis une dizaine d’années, sur les différents albums du groupe.
Sur leurs premiers albums, produits par l’artisan Kramer, on est pourtant plus proche du Closer de Joy Division que des deux boys-scout du folk. Ce n’est qu’à partir de l’indispensable Secret Names (1999) que la consonance folk du trio prendra de l’ampleur, notamment grâce aux harmonies vocales divines du couple Alan/Mimi.
Si, sur disque, le maniérisme éhonté de ces musiciens a souvent été critiqué, ceux qui ont vu le groupe sur scène savent, contre toute attente, que le groupe s’y révèlent passionnant. Car c’est sur scène, débarrassé de ses artifices, que la musique du groupe se montre la plus généreuse, toujours sur le fil entre le ridicule et le divin.
Dans une ambiance presque religieuse, les concerts de Low sont autant d’instants chipés à l’éternité : on s’y recueille, on s’émerveille et on en ressort les larmes aux yeux, persuadé d’avoir vécu hors du temps pendant un peu plus d’une heure.
A l’écoute du coffret A Lifetime Of Temporary Relief, coffret de 3 CDs et un DVD, on comprend mieux le parcours atypique de ce groupe, parti des limbes du sous-genre des sous-genre, le slow-core, pour mieux accéder à cette intemporalité rêveuse. Entre faces B, extraits live, morceaux rares et l’ensemble des clips, complété par deux documentaires passionnants, A Lifetime Of Temporary Relief arrive donc à point pour remettre les pendules à l’heure. 

Martin Cazenave dans Les inrockuptibles du 15 juillet 2004
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Low commence par un L comme lent, lysergique, léthargique ou lescargot. Low joue lentement, patiemment, des berceuses vénéneuses, des chansons qui ont poussé la logique apaisante du troisième album du Velvet (dit "l’album au canapé") jusqu’à l’extrême (chansons dites "du plumard sous l’édredon"). Beaucoup de groupes américains – il existe même deux mouvements parallèles (slowcore et sadcore) pour les décrire, même si le mot "mouvement" ne semble pas trop adapté à cette espèce engourdie – jouent ainsi avec les nerfs (ankylosés) et les humeurs (mélancoliques). Mais aucun n’a atteint le raffinement et l’ampleur sonique de Low. Low mérite douze points au Scrabble et aujourd’hui un joli coffret bleu ciel (couleur du spleen léger) où ranger la cinquantaine d’inédits, de maquettes ou de chansons rares, éparpillées sur des singles, des compilations ou des hommages… L’occasion, notamment, de recenser une partie seulement des nombreuses reprises osées par les Américains (Smiths, Bee Gees, les Beach Boys, Dylan ou Pink Floyd) – un art de la déconstruction, du dépouillement, du recueillement et de l’anesthésie dans lequel Low excelle.
Réparties sur trois CD, ces comptines égrenées note par note, chantées avec la ferveur d’un gospel de l’ère glaciaire provoquent une assez jouissive torpeur et une violente chute de température. Elles demeurent pourtant systématiquement hospitalières, car habitées et résolument pop sous leurs faux airs désolés, sous leurs silhouettes de natures mortes. Si cette "pop" panoramique s’écoute en image par image, elle se regarde désormais aussi, grâce à un DVD double face où le groupe a recensé ses films de vacances, ses archives de tournées, ses souvenirs d’enregistrements (le making-of de deux albums : Trust dans une église et In the Fishtank dans un studio d’Amsterdam, en compagnie de Dirty Three) ou ses onze clips, qui sont aux vidéos chaudasses de R&B ce que la ceinture de chasteté est à Rocco Siffredi. Une masse considérable d’images qui, à la fac de médecine, pourrait enseigner les effets secondaires d’une cure de Lexomil, Valium et Codéine. On y voit ainsi logiquement Low marcher au ralenti sur une banquise, rire quand il se brûle, répondre à des journalistes français, parler de spiritualité dans le désert, s’enflammer au souvenir du punk-rock, se moquer des douanes canadiennes ou passer l’aspirateur. Des images plutôt frustrantes et rabat-joie, car nettement moins mystérieuses et bienfaisantes que celles suggérées par ces chansons qui imposent la divagation.  

Jean-Daniel Beauvallet dans Les inrockuptibles du 28 juillet 2004
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