Idaho : les archives disponibles  posté le samedi 06 mai 2006 18:55

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Idaho : les archives disponibles

IDAHO: ARCHIVES PRESSE


chronique album: The Lone Gunman (2005)
chronique album: We Were Young And Needed The Money (compilation, 2002)
chronique album: Levitate (2001)
chronique album: Hearts Of Palm (2000)
chronique album: Alas (1998)
chronique album: Three Sheets To The Wind (1996)
chronique album: This Way Out (1994)
chronique album: Year After Year (1993)

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Idaho : The Lone Gunman (2005)  posté le samedi 06 mai 2006 18:32

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Idaho : The Lone Gunman (2005)

Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  *****




La clé du nouvel album d’Idaho est peut-être à trouver dans la chanson Some Dogs Can Fly quand Jeff Martin chante d’une voix effondrée : "Inside my head, there’s a big king size bed/I’m gonna be here for a few more hours". Non que A Lone Gunman possède des vertus soporifiques, mais il marque une étape supplémentaire dans le lent chemin vers l’abstraction et le délitement que le Californien semble prendre depuis dix ans et plus particulièrement depuis le formidable The Forbidden EP en 1997. De moins en moins de notes dans de plus en plus d’espace, de plus en plus de ciel et de moins en moins de terre ferme. Les guitares sont devenues aériennes pour disparaître complètement aujourd’hui, la voix s’est faite fantomatique, le piano et les claviers ont pris le pouvoir. La beauté pure est restée et Idoho enchaîne les disques bouleversants, emmenant dans son sillage une poignée de fans (é)perdus. Une partie des dix-sept morceaux échappe au format chanson et prend la forme de courtes séquences instrumentales finement ouvragées, traversées par le murmure de Jeff Martin. Wet Work, Cactus Man Rides Again ou U Got That Gunman Thang sont de petites mécaniques fragiles aux rouages rythmiques complexes, enroulées dans des nappes de synthétiseurs analogiques, doucement frappées par des notes de piano en cascade. Symbole de la mutation à l’oeuvre, The Mystery évoque irrésistiblement Kid A de Radiohead, tout en portant l’empreinte forte de l’écriture de Martin. La permanence est là, dans ces chansons sublimes que Idaho distille encore généreusement sur ce dixième Lp : When Sunday Comes, You Flew ou Cherry Wine déploient des mélodies puissantes dans une atmosphère dense. Echelon sonne comme un orage électromagnétique déchirant. Rares sont les disques aussi radicaux et personnels qui se laissent approcher si facilement. Chef-d’oeuvre d’une plénitude absolue, A Lone Gunman confirme que Idaho n’est plus seulement un état américain ni même un état dépressif, c’est un continent à la dérive.

Vincent Théval
dans magic, N°94 d'octobre 2005
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Depuis 15 ans, le solitaire Jeff Martin continue de dessiner les frontières de son territoire sonore, unique et inouïe, avec toujours quelques bouleversantes sadsongs. Crucial.

En septembre 2004, la rentrée nous semblait bien rude... Sans nouvel album d’Idaho à l’horizon, l’automne s’annonçait désespérément moins émotionnel que d’habitude. Habitué dès la tombée des feuilles mortes à notre bonne grosse livraison de Spleen par le grand Jeff Martin, il fallu palier à cette absence et céder à notre petit confort personnel - archi-gâté comme nous l’étions depuis le monumental Alas en 1999. Et puis l’annonce d’un concert parisien en décembre au Point Ephemere parisien nous a requinqué le moral. Rien que l’idée d’assister à une nouvelle prestation possédée du grand Jeff Martin, accompagné de son fidèle guita"sono"riste John Berry, suffisait à notre bonheur. Le soir même, nous étions à la fois heureux et triste. Heureux d’être là, mais constatant avec douleur l’état d’Idaho -sans le sou, ne bénéficiant plus de distribution nationale par chez nous, Jeff Martin se contentait d’une tournée à moindre frais, amputé d’un batteur. Mais même réduit à l’état rudimentaire et accompagné d’une boite à rythme, la lumière qui se dégageait du concert demeurait éblouissante. Les vieux démons n’ont pas quitté la carcasse de Jeff Martin et ses nouveaux exécutoires émotionnels offerts en primeur, nous a réconforté un peu.

Octobre, content de reprendre ses bonnes vieilles habitudes depuis la compilation We Were Young And We Needed The Money (2003), on déguste le nectar Idaho, cru 2005. Attendu comme un double album, The Lone Gunman est finalement un format simple, mais son contenu est écrasant : 17 chansons échelonnées sur près de 70 minutes. Connaissant l’art décousu et sauvage du maître Martin, on sait que ce nouvel album ne sera pas peut-être pas la meilleur manière pour les néophytes de rentrer de plein dans l’univers du groupe. L’écoute demandera quelques efforts, mais que l’oreille et -surtout le cœur- seront récompensé.

Le gouverneur Jeff Martin, chef de son état d’Idaho, nous avait prévenu : les guitares seront aux abonnés absentes. Et dès “The Orange Cliffs”, il s’y emploie : un piano précieux et solitaire emporté brusquement par un souffle ibérique digne de Sigur Ros, gelant toute résistance. La métamorphose « piano » amorcée depuis Alas semble être arrivée à son point culminant. Il ne reste des fameuses guitares quatre corde que quelques samples employés en paysage sonore via ce fameux larsen atmosphérique qui a fait sa singularité pendant près de dix ans. Lassé de cette brume de bruit blanc, Jeff Martin a pris ses distances. On ne peut même pas prétendre que le pari est risqué, tant Idaho s’est toujours distingué par son incapacité à se mettre dans le rang.

The Lone Gunman poursuit cette série de ballades écorchées entamée depuis la trilogie intouchable Alas/Heart of Palm/Levitate avec un travail d’ambiance considérablement étoffé. Les plages sont vissées par des boites à rythmes découpés et d’enrobages sonores plus sophistiqués : un Wurlitzer et des synthés sortis du grenier, quelques instruments à corde échantillonnés. Jeff Martin s’est réinventé en pianiste délicat, surprenant, capable d’écrire des sad songs bouleversantes (le troublant “When sunday comes”, tout droit sorti de Levitate) ou de partir dans des labyrinthes mélodiques rappelant Keith Jarrett (le kaléidoscopique « Grown in California »). The Lone Gunman est d’ailleurs parsemé d’instrumentaux -près de la moitié du disque-, souvent de brèves séquences qui ne durent pas plus de deux minutes, en perpétuel mouvement.

Mais ce côté désarticulé bien connu d’Idaho ne tend jamais vers la démonstration stérile ou « Melhdauesque ». Idaho a toujours eu quelque chose de cassé qui le protège, le rend terriblement attachant et ne le pervertie pas. Cette volonté autodestructive de fuir les schémas ressassés, reconstruire à l’envers ce qu’il a détruit pour aboutir à une matière jamais informe, devient un passionnant laboratoire d’émotion entre les mains de Jeff Martin.

On a un peu peur qu’à trop vouloir s’enfoncer, Martin ne sombre dans une forme d’autisme musical. Mais la bonne poignée de sublimes chansons qui restent sur ce (déjà !) dixième album prouve que le californien parvient toujours à transporter magnifiquement son chant sur la corde sensible. Idaho réserve encore quelques petits trésors pop tels que “You Flew”, où un égaillé tuba de fanfare nous entube. Qu’il est étonnant d’ailleurs de constater à quel point le chant de Martin peut être contrasté, murmurés sur disque et possédé en concerts où l’homme est capable d’hurler comme un damné.

Douce ironie, Idaho a un peu le même statut que son état homonyme : un coin déserté, marginal, mais qui demeure incroyablement dense pour toute personne osant pénétrer dans son territoire. Voilà un génie, un vrai.

Paul-Ramone sur Pinkushion le 4 octobre 2005
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Idaho a toujours été un groupe qui ne savait pas bien ce qu'il voulait, ou du moins qui ne semblait pas vraiment réussir à trouver sa voie. La formation guidée par le californien Jeff Martin (qui a appelé son groupe ainsi parce qu'il évoquait la désolation de l'état d'Idaho) est née en même temps que Red House Painters, le premier LP datant de 1993 : l'album inaugural, qualifié de "slowcore", Year After Year, reste à ce jour encore l'un des plus réussis de la discographie. Idaho n'a pourtant que rarement remis en valeur la splendide voix de Jeff Martin, l'homme derrière le nom (autrefois un vrai groupe, maintenant plutôt un pseudonyme). Hearts of Palm, en 2000, concentre certainement la quintessence d'Idaho, avec ces balades aériennes, enrichies de l'amour du piano, des balais sur les batteries, de paroles plus proches de l'assemblage de mots que du discours... et surtout de la voix de Jeff Martin, à la gravité constante, fragile et capable d'atteindre des sommets d'intensité sonore que l'on a malheureusement, jusqu'à présent, presque uniquement entendus qu'en concert.

A propos de concerts, les quelques dates européennes de l'année dernière n'étaient pas faites pour rassurer sur l'inspiration qui guide le groupe actuellement. Idaho était alors un duo entre Martin au piano, et John Berry, collaborateur de la première heure, à la guitare... et le Mac à la batterie. C'était tout Idaho : l'impulsion pour se concentrer sur les meilleurs éléments est là, mais bien souvent, elle est entachée par de vieilles habitudes, comme dans ce cas, où tout aurait été bien plus sympathique sans cette batterie fantôme, qui rechignait à fonctionner, alors que Martin pourrait très bien se débrouiller seul avec son piano. C'est d'ailleurs ce qu'il a parfois fait sur Hearts of Palm et sur la plupart des albums récents, qu'il a enregistré seul (avec overdubs) - ainsi que lors d'un showcase à Rouen en 2002, qui ne doit pas être un cas isolé.

C'est pourquoi la bonne nouvelle de The Lone Gunman, première nouveauté depuis quatre ans, est annoncée par le label bordelais Talitres : "Les guitares sont pour un temps ici délaissées et cèdent le pas à une collection de pianofortes ou électriques (Wurlitzer) et à d'antiques synthétiseurs analogiques polyphoniques (Prophet 5)." Quand on a toujours espéré que Martin signerait un album de chansons au piano, délaissant l'instrumentation superflue, il y a de quoi se réjouir à lire une telle annonce.

Que donne alors The Lone Gunman ? Est-ce enfin l'album d'Idaho que l'on attendait ? C'est sûr, l'album est bien plus réussi que le dernier en date, Levitate, en 2001, qui reprenait difficilement le flambeau de Hearts of Palm ; la compilation de b-sides We Were Young and Needed the Money (2002) comptait quelques réussites, dont quelques démonstrations de brio de la part de la voix de Martin (This Day ou Shoulder Back) mais sans vraiment convaincre. Cette fois, l'instrumentation n'est plus un obstacle ; Martin n'a pas hésité à la multiplier ou l'atrophier selon les besoins, et surtout oublier les conventions à la guitare/basse/batterie, se contentant avec inventivité et légèreté de ses claviers, guitares horizontales ou synthétiseurs qui assurent la section rythmique au besoin (Live Today). Malheureusement, ce n'est pas encore cette fois que Martin réussira vraiment à mettre en valeur sa voix. C'est vraiment regrettable quand on l'a entendu hurler dans le micro de ce chant à la fois clair et triste, mélodieux et puissant, lors de ses concerts. Peut-être faut-il écouter Idaho à plein volume, contrairement à ce que le rythme habituel de ses chansons commanderait.

Et peut-être vaut-il mieux, pour apprécier Idaho, ne pas trop s'attendre à un déploiement d'énergie vocale tel que Mark Kozelek a pu créer sur le Bridge Album ou sur Songs for a Blue Guitar... Dans le fond, le groupe de Jeff Martin a toujours été perçu comme un cousin de Codeine (ce qui n'est vraiment perceptible que sur Year After Year) et donc pas vraiment le lieu de démonstrations de puissance vocale. Abandonnant cette idée, The Lone Gunman a bien des qualités, et d'abord une certaine légèreté qui a bien souvent été masquée par les racines "sadcore" du groupe, racines à présent bien enterrées. Un morceau comme You Flew, avec sa section rythmique digne d'une fanfare, démontre bien qu'Idaho est désormais capable d'un humour léger et décontracté que l'on aurait bien du mal à percevoir dans Year After Year ou même encore dans Hearts of Palm. Echelon, le second morceau, un des rares à comporter de la guitare, est typique de l'Idaho de ces dernières années (il pourrait être un outtake de Hearts of Palm) : son très aérien, un peu mélancolique, sans tristesse exagérée... L'album est constitué de courtes balades tranquilles, sans prétention, et au final constitue une belle réussite, sans révolution, mais avec une inspiration que l'on avait pas retrouvée depuis Hearts of Palm.

Constantin D. sur Mille-feuille.fr le 6 octobre 2005
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Idaho : We Were Young And Needed The Money (2002)  posté le samedi 06 mai 2006 17:42

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Idaho : We Were Young And Needed The Money  (2002)

Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  ***


Déjà dix ans d’activisme (de moins en moins) confidentiel pour Idaho, et, malgré ce titre en forme de repentir, pas une note dont il ait à rougir. Cette vraie-fausse compilation, composée exclusivement d’inédits et de chutes de studio, retrace assez fidèlement, et dans le désordre chronologique, les différentes périodes de ce prolifique pionnier du slowcore. Des débuts en combo indé triste et efficace, où la guitare à quatre cordes de Jeff Martin sous-tendait avec une agressivité contenue des compositions d’une vraie finesse, ce disque offre surtout le désenchanté Carefully Turning. Au milieu des années 90, le co-fondateur John Berry s’en va voir ailleurs, et les guitares se corsent. C’est de cette époque que proviennent essentiellement ces dix-sept titres, qui évoluent entre cavalcades alambiquées (Come Over, Flat Top), ballades retorses (Shoulder Back, A Second Chance) et petite merveille d’OVNI californien nommé Much Closer Now. Les très beaux Nothing Wrong (issu des sessions de Hearts Of Palm) et Stayin’ Out In Front témoignent, eux, de l’ère dite adulte d’Idaho, qui lui valut (enfin) un surplus de reconnaissance. Aussi divers que cohérent, We Were Young And Needed The Money contient de petits détours stylistiques réjouissants qui furent pourtant écartés des albums précédents. Heureusement, ça n’était pas non plus une raison de nous les cacher.

Gilles Duhem dans magic, N°64 de Septembre 2002
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Originaires de Los Angeles, Jeff Martin et John Berry avaient choisi le nom Idaho parce que “c’est un Etat loin de tout, mystérieux, on ne connaît personne qui y vit”. Un beau nom pour se perdre ou se faire oublier. Depuis l’épicentral Year After Year (1993), disque emblématique de la vague dite "slowcore", les disques d’Idaho n’ont jamais démérité, sonnant toujours comme des tremblements de terre au ralenti. Le problème d’Idaho étant que pas grand monde n’a ressenti les secousses. Le désespoir a donné naissance aux chansons d’Idaho, l’espoir fait durer le groupe. En attendant un probable futur chef-d’œuvre, Idaho offre à ses fans, peu nombreux mais fidèles, une compilation rétrospective de titres inédits enregistrés au cours des dix dernières années.
A l’origine, la compilation devait s’appeler Fabulous Partying Gifts. "Gifts", parce qu’Idaho fête ses dix ans d’existence. "Partying", parce que Jeff Martin a de l’humour. "Fabulous", parce qu’il y a vraiment quelque chose de fabuleux dans la musique d’Idaho. Ses chansons soniques et lentes, Jeff Martin les chante comme un naufragé rejeté par la mer au moment où il allait se laisser couler, au bord de l’épuisement et de l’extase. Son élément naturel, c’est un magma de guitares carbonisées, craquelées, désagrégées.
Des guitares à quatre cordes, faites maison, parce que Jeff Martin n’a jamais été fichu de jouer de la guitare comme tout le monde. Après trente-cinq ans de pratique (il a commencé à jouer du piano à deux ans, sur le Steinway de sa grand-mère) et dix ans d’Idaho, Jeff Martin ne maîtrise toujours pas la musique. C’est elle qui le contrôle, le guide et le dépasse. 

Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles du 18 septembre 2002
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Aprés dix années d'une existence aussi discrète qu’exemplaire, Idaho fait presque figure de vétéran d'une scène alternative-rock US dont l'âge d’or se situerait dans les 90's. Ça tombe bien, "We Were Young..." regroupe des enregistrements inédits allant de 1992 à 2000 et dont certains ont été effectués chez Jeff Martin lui-même. Sans pour autant que ces derniers soient particulièrement remarquables au milieu des autres, tant le groupe met un point d'honneur à ne pas s'écarter d'une ligne de conduite bien spécifique : batterie métronomique et sans fioritures, basse très clairement influencée par la new-wave anglaise, guitares évoluant dans une nébuleuse toute neil youngienne, chant de slacker harassé par une journée de blocage intensif, et qui évoquerait presque parfois un Jay Mascis présentable. Témoignage historique d'une lo-fi intransigeante, inspirée et débordante d'humanité.  

Laurent Garcia dans Rock Sound hors série n°24    "Un an de rock : 2002 en 400 disques"
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En 2002, Idaho fête ses dix ans. Le groupe de Jeff Martin comptabilise six albums studio, un album live, une poignée de formats courts et désormais aussi une compilation de titres écartés, enregistrés de 1992 à 2000.
We Were Young and Needed The Money  s’adresse plus au fan qu’au découvreur qu’on orientera plutôt vers les albums studios. 17 titres, soixante minutes qui laissent la part belle à des guitares vibrantes, agitées et sombres, assez éloignées de la marque de fabrique slowcore et des dernières sorties discographiques plus douces et apaisées.
Le disque ne suit pas un ordre chronologique, Jeff Martin semble avoir voulu brouillé les pistes, les repères, à la recherche d’une certaine cohérence d’ensemble, comme pour vouloir faire de ce disque un vrai album. Les notes de pochette sont à ce titre difficilement lisibles. On aurait préféré qu’elles soient plus riches, qu’il prenne le temps d’expliquer le parcours de chaque morceau et l’histoire qu’il cache, on se contentera de la deviner.
Le co-fondateur de Idaho, John Berry, résume bien la situation dans le dossier de presse: ‘A lot of these songs seemed too “poppy” or too conservative to us at the time we recorded them’. Chacun de ces morceaux a été d’une façon ou d’une autre écarté des disques parce qu’il ne collait pas à l’ensemble, il faut d’ailleurs à ce point reconnaître à Idaho ce talent et souci de cohérence et qualité sur leurs albums.
Social Studies (99) a ainsi et probablement été écarté de Heart of Palm car trop pop et dissolu, mais tout autant sombre et rêveur d’un autre côté, quelque part entre deux eaux, hésitant, ne sachant pas très bien quelle option choisir.
Teeth Marks (95) vient de la période Three Sheets to the Wind, même caractère aérien et sophistiqué. La nature un peu trop pop et noisy – les guitares à la fin - du morceau a du lui valoir son écartement mais cela reste un morceau intéressant.
Bizarre que le très beau This Day (97) n’aie jamais trouvé place sur le Forbidden E-P ou sur Alas. L’alchimie fonctionne ici à merveille et nous immerge dans l’univers grandiose de Idaho.
A l’opposé on comprend très bien la remise du lourdaud et quasi-grunge Come Over (96), arrivé trop tard pour remplir un peu plus This Way Out’ (94) ou Year After Year  (93). En 96, Idaho naviguait définitivement vers d’autres eaux. Flat Top (96) est un autre de ces brûlots, victimes du tournant de carrière.
Shoulder Back (95) est une des quelques pépites que cette compilation révèle. Rien de nouveau mais une gemme de plus à l’actif d’Idaho première époque. ‘Breathe’ tente le doublet, même session d’enregistrement dessinant des paysages communs, mais reste une honorable face B.
A Second Chance (96) a du rater de très peu sa qualification, morceau habité et vibrant, manquant peut-être d’un peu de clarté. Straw Dogs (96), Signs of Life (96) – très beau - , Much Closer Now (96) poursuivent, peut-être signes d’un disque avorté. Il est en effet curieux de constater comment plus de la moitié des titres (9 sur 17) datent des années 95 et 96, zone probablement troublée de l’histoire d’Idaho.
Sur Spiral  (99), Nothing’s Wrong écarté de Heart Of Palm, on retrouve le groupe en phase de renaissance, débarqué de ses labels et lancé dans l’aventure de l’autoproduiction. Stayin' Out In Front  (00) est un peu imbuvable, trop poppy et manquant de retenue.
L’album se termine alors avec trois morceaux datant des débuts (92), extraits de l’époque du Palms  E-P et du premier album Year After Year. Un peu datés, on leur préférera les vrais disques.
We Were Young and Needed The Money est un disque pour collectionneur archiviste, pour ceux qui ont usé les vrais albums d’Idaho a force de les avoir écoutés et qui, par nostalgie, recherchent un peu de saveur fraîche issues des mêmes eaux, des bouts d’histoire à compléter, à recoller.

Didier sur
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Idaho : Levitate (2001)  posté le samedi 06 mai 2006 17:38

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Idaho : Levitate  (2001)

Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  *****


Depuis le départ de John Berry, Jeff Martin est le tenancier de la maison Idaho. En un mot, Martin est Idaho. Soit une poignée de disques de folk atmosphérique, une formation fluctuante au gré des saisons, quelques (trop) rares concerts et des clichés joliment flous, Idaho fait tout pour devenir une légende underground, un groupe culte aux disques difficiles à dénicher, mais vénéré par quelques communautés d’aficionados. Il arrivera à ses fins, certainement, et voilà bien là tout le mal qu’on puisse lui souhaiter. À l’instar de Songs:Ohia, le groupe utilise des guitares à quatre cordes (et non des basses), afin de mieux limiter encore les fréquences d’un spectre sonore déjà fort peu encombré, à la limite du silence. Comme ses comparses de Dakota Suite, Martin et ses musiciens marient tradition folk et musique ambient. Comme Will Oldham, Idaho ne renie pas ses racines. Il les révére outrageusement, anarchiquement parfois. Lorgnant à l’occasion sur les récents enregistrements de Radiohead — notamment pour les parties vocales — les chansons de Levitate ne se soucient guère des conventions et oublient bien vite toute convenance pour plonger dans une ascèse instrumentale apaisante interprétée, le plus souvent, sur un simple piano droit. C’est à peine si l’on entend ces guitares en bois effleurées, ces batteries balayées dans l’ombre d’un studio qu’on imagine clos, retiré du monde et où l’on peut voir voler la poussière dans un mince filet de lumière. Et même s’il n’apporte rien de plus à la discographie imposante de son auteur, ce nouvel Lp mérite néanmoins un détour.

Renaud Paulik dans magic! N°56 de novembre-décembre 2001
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«Quand je ferme les yeux, je vois une caisse sombre dans laquelle je suis enfermé. Impossible d'en sortir. Levitate, c'est ce sentiment de claustrophobie.» Jeff Martin ne va pas mieux, et c'est presque une bonne nouvelle. Impossible pour l'auteur-compositeur et homme à tout faire d'Idaho de ressembler à autre chose qu'à un ectoplasme inadapté: «Je ne fais pas grand-chose en ce moment. Je me lève tôt, prends une douche froide, nourris mes deux chiens et mon chat, puis je fais une demi-heure de yoga et j'avale une énorme tasse de café. Après, je me mets au piano. Ou je pars faire les boutiques, parce que je porte les mêmes fringues depuis des années; il est temps d'en changer. Ou de nettoyer mon studio, car c'est le vrai bordel. Je crois que quelque chose est en maturation. Je dois pouvoir maintenant ranger une pièce correctement.» Il existe un vrai paradoxe qui colle au cas Idaho: plus l'homme se perd, plus sa musique gagne en profondeur. Plus elle se peaufine, moins elle semble intéresser le public.
A côté de la plaque. L'an dernier, tandis que le groupe se produit en concert à la Guinguette Pirate durant deux soirs, rendez-vous immanquable pour une poignée d'irréductibles patientant au-devant de la petite scène de la péniche, Jeff Martin passe son temps à manipuler les fils du bout des doigts, la peur au ventre (de se faire griller la cervelle par un court-jus). Sous deux lampions et entre deux roulis, Idaho joue et se plante quelquefois: «Nous ne faisons pas beaucoup de concerts. Nous revenons d'une tournée aux Etats-Unis réduite à quelques cafés de Boston et à une ou deux universités sur la côte Est. En fait, on n'est pas tellement demandés, ce qui n'est pas un mal, car ces voyages sont toujours épuisants.»
Le bonhomme semble toujours un peu à côté de la plaque. Pourtant, c'est sûrement de cette maladresse chronique, comme s'il jonglait en permanence avec une pierre brûlante, que naît la vraie singularité d'Idaho: produire une musique qui n'intègre aucun schéma préformaté, exempte de toute politique mercantile, quitte à se tirer une balle dans le pied.
Récemment, Jeff Martin a annulé une nouvelle tournée en France. Après les attentats du 11 septembre et la crise qui toucha la Swissair (compagnie qui devait les acheminer), le groupe a préféré ne pas venir, par peur de se retrouver bloqué en Europe. Pourtant, l'événement, juste avant la sortie de Levitate, aurait pu avoir des conséquences heureuses sur l'auditoire: «Ma musique n'est pas très accessible, j'en ai conscience. A l'avenir, je ne pense pas faire des morceaux plus ouverts, même si c'était bien que le cercle s'ouvre un tout petit peu. Financièrement aujourd'hui, c'est très dur.»
Extrême ralenti. Une fois au piano, ou guitare en main, au Jeff Martin franchement empoté succède le Jeff Martin talentueux et surproductif. En cela, Levitate est un album indispensable. Des onze titres à la tristesse gaie qui le composent, aucun ne se détache vraiment. For Granted, qui débute comme un final de marathon à bout de souffle, se cambre parfois sous les harangues d'une guitare électrique. Orange est un vrai bijou, centré sur un piano en boucle et des ânonnements zen. A l'opposé, Come Back Home recèle une vraie préciosité, de cordes hésitantes et de soupirs; tandis que Casa Mia incarne un Idaho brut: au piano, le mentor y récite une ballade ralentie à l'extrême, comme si ses doigts n'étaient pas sûrs de pouvoir poser la note suivante.
Droit des animaux. Même si l'album s'inspire directement des précédents, Levitate sonne, pour Jeff Martin, comme une «étape»: «J'ai envie de mener un projet solo. ça peut paraître paradoxal, vu que je fais déjà tout dans Idaho. Mais j'aimerais réaliser un album plus apaisant, que les gens pourraient écouter pour se détendre.» S'y ajoutent une nouvelle production d'Idaho, un DVD du groupe et des visuels, histoire d'assurer à Jeff Martin quelques années de travail, qui, si elles ne lui permettent pas de vivre royalement, devraient lui occuper les mains (et l'esprit) un bon moment: «Il m'est impossible aujourd'hui d'arrêter. Mais, si je devais quand même m'y résoudre, je crois que j'œuvrerais dans une association qui milite pour les droits des animaux.».

Bruno Masi dans Libération du 22 novembre 2001
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Depuis des années, Idaho avance plus ou moins dans l’ombre, dans cette autre Amérique qu’on a découvert un jour avec Palace et quelques autres. D’abord perdu quelque part dans le folk américain, ce groupe à géométrie variable, aujourd’hui dirigé par le seul Jeff Martin, a peu à peu trouvé un cheminement personnel vers une musique épurée, où chaque note trouve sa place dans un paysage de plus en plus minéral et crépusculaire.
Avec Levitate, bon titre pour un album que peu de choses retiennent finalement au sol, Idaho inscrit sa mélancolie dans un décor fragile et presque lumineux en effleurant lentement les parois pour en tirer quelques frissons à peine visibles. Il joue maintenant avec le silence, économise ses gestes de plus en plus gracieux pour mieux écouter et trouver le ton juste. Car tout chez Idaho devient maintenant essentiel, comme si tous ces moments suspendus, volés au temps qui passe, n’étaient que les bons. Ou tout du moins ceux qui expriment beaucoup, avec peu. Quelques guitares, quelques échos, une voix cabossée, une batterie qui s’efface et surtout un piano, qu’on entend partout sans trop savoir si beaucoup de notes s’en échappent. Si Wondering The Fields et 20 Years en ouverture s’accrochent encore à quelques bribes d’un folk électrique et malade, l’album se décompose progressivement jusqu’à une certaine forme d’abstraction, vers une musique plus ambitieuse et affranchie qui n’abrite dans le même temps aucune envolée spectaculaire. C’est comme si on entrait avec Neil Young et sa guitare pour être invité à mi-parcours par Mark Hollis, qui nous tend la main au loin sans qu’on arrive jamais vraiment à le rejoindre. Alors que l’on croyait connaître Idaho sur le bout des doigts, Jeff Martin parvient encore à nous surprendre, à nous émerveiller en supprimant tous les fils de ces anciennes blessures pour n’en garder que les traces, dont la nudité suggère autrement mieux l’historique à l’image du très beau Orange, presque murmuré. Vu d’ici, la Californie d’Idaho a vraiment une drôle de gueule.

Jérôme Olivier
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Sixième album et voici bientôt dix ans depuis la sortie du premier 7’’ pour Idaho. Levitate est leur second LP à sortir en autoproduction sur leur propre label Idahomusic.
Très belle carrière sans faux-pas pour le groupe San Francisco, l’un des chantres du slowcore aux côté des Red House Painters, de Mazzy Star, Swell, Spain ou les Radar Brothers. Sans doute également le seul qui ait gardé intactes toute sa verve et toute sa sensibilité.
Même s’il n’a jamais eu droit à une distribution et à un accueil médiatique pourtant largement mérité, Idaho a su développer une carrière et une discographie qu’on ne peut que trouver exemplaires dans le monde indépendant, où la plupart des carrières sont brèves. A son sixième album, Idaho garde tout son sel et ça c’est suffisamment rare pour être signalé.
Levitate poursuit la voie largement entamée par le reste de la discographie, poussant un peu plus loin ce souci d’être aérien, sincère, gracieux et esthétique dans l’expression d’une mélancolie profonde et tenace.
La nouveauté sur ce disque consiste à faire autant, voire plus avec moins, moins de sons, moins d’instruments et la révélation de subtilités masquées et fragiles au grand jour. On retrouve donc un Idaho à l’effectif quasi réduit, mis à part une batterie discrète et économe. Jeff Martin a ainsi composé l’intégralité de  Levitate, jouant guitare, basse, clavier, piano et voix. Seule la batterie pure et parfaite présente sur une partie des morceaux a été jouée par un musicien extérieur. Un certain Alex Klimmel étudiant en académie de musique et fan hardcore d’Idaho qui avait envoyé des bandes à Jeff Martin lui proposant ses service.
Ce disque est peut-être également le plus introverti, le plus serein et le plus révélateur sur Jeff Martin. Tout baigne ici dans une mélancolie tranquille, intime et chaleureuse. Jamais Idaho ne sonne renfermé ou malsain, la tristesse est toujours sereine et apaisante. Il y a beaucoup de pudeur ici. Le climat est poignant, sincère et humble et les larmes servent à évacuer la douleur aucunement à un quelconque apitoiement.
La musique cinématique d’Idaho, ses mélodies ombragées et ses espaces accueillants et séduisants restent la promesse continue de lendemains meilleurs et c’est ce qui la rend précieuse et attachante. C’est la B.O. d’un vague à l’âme léger et profond à la fois, agréable, qui laisse un espace large d’interprétation personnelle.
Une des grandes nouveauté de ce disque est la place importante jouée par le piano qui amène une touche qui n’est pas sans rappeler celle de Mark Hollis ou du Blue Nile. Levitate est bon et envoûtant comme tout album d’Idaho, il est simplement moins rock et plus accès songwriting, mais l’essence et les mélodies restent les mêmes.
Pas de doute dès les premières secondes de  Wondering The Fields, la guitare au son reconnaissable entre toutes et le chant lascif, envoûtant et mélancolique : il s’agit bien d’Idaho. Les mêmes montées au ciel quelques secondes plus tard avec une économie de son nouvelle et une subtilité maximale qui laissent à jamais quelque poursuivant que ce soit loin derrière.
Suit un 20 years classique qui aurait pu être une des meilleurs plages du premier album. Quatres minutes sous un soleil noir que l’on déchire peu à peu comme un voile de poussières qui nous masquait la réalité. Le souvenir d’instants intenses et tellement fugaces qu’ils disparaissaient au moment où on en prenait conscience.
For Granted est la première composition à marquer l’évolution et la différence. Une plage beaucoup plus liée au chant qu’avant, un rythme continu qui sert de fil conducteur et sur lequel la voix s’appuie manquant presque de la faire céder sous le poids d’un spleen tenace. La tristesse est tangible, mais en rien liée à une simple nostalgie plutôt à l’envie de ne pas défaillir et rester réceptif à une certaine vision forte et sensible de ce qui nous arrive.
Le soleil pétille le long du littoral en notes de piano sublimes. Un  On The Shore qui respire le bonheur et l’émotion. On reste béats et immobiles, plein de lumière et de visions heureuses, éthérées et paradisiaques dans les yeux, éblouis, pour un accomplissement qui n’est pas sans rappeler les meilleurs moments de Gloria Record.
On a droit alors à un « Levitate Pt2 », expérimentation en guise de respiration sur l’album. Mise bout à bout, collage, collection d’instants de grâce privilégiés qui ne se sont pas laissés polir et glisser dans une morceau.
Suit un Santa Claus Is Weird en totale apesanteur, avec des lyrics d’une beauté et un chant d’une candeur dignes de celles de Christopher Simpson (Gloria Record, Mineral). Idaho atteint là un de ses pics himalayens d’une grâce inégalable ; il faut tendre l’oreille pour entendre un chœur féminin ultra discret et quand, à la fin, on entend les chants d’oiseaux, plus de doute on est au paradis.
Orange quant à lui rappelle The Album Leaf et Durutti Column, dynamique de la perte d’équilibre, mélodie dans le vide, glow organique sur lequel vient se poser délicatement un chant tourmenté.
Jeff Martin se laisse à jouer simplement du piano sur Come Back Home et le recouvre d’une rock song mélodique typique, aux guitares toujours enivrantes, et qui déconnecte comme peuvent le faire celles de The Good Life.
Simple piano voix alors, Casa Mia comme la mer que l’on entend murmurer dans un coquillage porté à l’oreille. Secondes de recueillement nocturnes, face à la ville apaisée et endormie.
Le passage du cycle se termine alors avec la plage éponyme, condensé de rêves et de méditations planantes, aux couleurs foncées de la nuit qui tombe, du soleil qui s’évanouit.
Chef-d’œuvre, futur classique déjà culte.
Et je me rappelle en 1994, couché sur mon lit, écoutant songeur et déprimé le Palms E-P d’Idaho. Dieu que la vie est belle ce soir.

Didier sur www.matamore.net
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Idaho : Hearts of Palm (2000)  posté le samedi 06 mai 2006 17:34

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Idaho :  Hearts of Palm  (2000)
Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  *****

De façon emblématique, il arrive à Jeff Martin, seul maître à bord du groupe Idaho depuis un bon bout de temps, la même chose qu’à Mark Kozelek, la seule âme qui vive au sein de Red House Painters : le syndrome de la désaffection. De ces deux musiciens américains à l’inspiration proche, on retrouve le même parcours musical en pointillé (silence radio puis retrouvailles par intermittence), une "carrière" sabordée au nom de l’exigence artistique et des disques qui sortent au petit bonheur, sans l’attention promotionnelle d’un quelconque label. Finalement, une manière de retourner à l’état de simple artisan : on ne pouvait demander moins à Idaho dont on était sans nouvelles depuis au moins trois ans. Hearts Of Palm donc, sixième album d’une discographie hasardeuse, s’écoute avec méfiance (encore du folk tristounet…). Avant, bien entendu, de succomber sans résistance. Cette mélancolie yankee agit toujours comme un poison doux aux neurones, même après l’avoir fréquentée de loin en loin. C’est comme pour l’alcool : après le sevrage, il ne faudrait plus y toucher et puis on retombe. Du coup, on se saoule avec bonheur dans Hearts Of Palms, un disque magnifique et plaintif, subtilement bâti (piano sobre, chant clair guitares libres et cristallines…) autour de chansons comme on n’en fait plus : Down In Waves à la sécheresse maladive, les ballades décalées Happy Times ou Evolution Is Cold, Under accompagné par le chant des grillons… C’est du folk rock d’avant le déluge, un retour aux sources de Neil Young et du Dylan 70’s, c’est aussi un album proche de Jim O’Rourke dans sa veine la plus mélodique, c’est surtout l’histoire d’un come-back imprévu et largué : Idaho est toujours en vie et c’est une bonne nouvelle.

Hervé Crespy dans magic! n°46 de Novembre/Décembre 2000
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La neurasthénie a encore maintes nuits devant elle. L'un de ses plus dévoués serviteurs, donné pour agonisant à l'époque de son dernier album (Three sheets to the wind, 1996), revient dans un état proche de l'Idaho nonchalamment enjôleur qui nous avait conquis au temps de Year after year et This way out. Ce retour en beauté, presque une résurrection, dément nos pessimistes diagnostics et prouve avec éclat que Jeff Martin et Dan Seta ont de la suite dans les idées noires. Ayant su remonter la très monotone pente qui risquait fort de le mener à sa perte, le duo de Los Angeles poursuit son exploration des brumes spleenétiques et signe en chemin ce qui pourrait bien être son meilleur album à ce jour, en tout cas le plus (é)mouvant. Si l'on repère ici encore nombre de bleus à l'âme, l'on constate aussi que le rouge monte de nouveau aux joues et si le moral est toujours d'argile, la main qui se glisse dans le gant de velours souterrain est redevenue de fer. En route, Idaho n'a pas vraiment changé : ce groupe est toujours celui que nous avons aimé à ses débuts, avec le même parfum léger de mélancolie qui lui colle à la peau.

Jérôme Provençal  dans Les Inrockuptibles du 12 décembre 2000
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