Idaho : Alas (1998)  posté le samedi 06 mai 2006 17:30

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Idaho : Alas (1998)

Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  *****


Aux prémices d’une trilogie intouchable (les impressionnants Heart of Palms et Levitate), Alas constitue certainement le disque le plus lumineux et touchant d’Idaho, là où le grand Jeff Martin semble désormais en paix avec lui-même et de ce fait complètement maître de son art. Bouleversant. En attendant la parution du nouvel album Grown in California cette année - vraisemblablement un double album à l’heure où l’on vous parle - se plonger dans la discographie passionnante d’Idaho laisse traîner derrière nous le goût amer d’une énorme injustice. Comment se fait-il qu’un tel groupe empilant les chefs-d’œuvre depuis dix ans - et qui se bonifie avec le temps, c’est assez rare pour le signaler - soit si méconnu ? Un véritable mystère dépassant les lois de la physique, car depuis ses débuts slow-core jusqu’aux travaux plus récents et nettement plus introspectifs, Jeff Martin demeure l’un des songwriters les plus cruciaux ayant émergé autour de l’idiome du rock US indépendant.

Difficile d’extirper un album en particulier parmi la petite dizaine à leur actif, mais les trois derniers rejetons (Alas , Heart of Palms et Levitate) constituent un bon commencement pour les néophytes. On se penchera ici sur Alas, l’étoile noire de la discographie du groupe.

Disque transitoire, Alas marque surtout un tournant artistique plus apaisé. Après le coléreux Three Sheets To The Winds (1996) où la saturation commençait néanmoins à céder un peu d’espace au piano, Idaho ne repose plus que sur le binôme Jeff Martin et Dan Seta (fabuleux guitariste depuis le second album This Way Out). La dynamique de groupe réduite à un simple duo, Martin peut enfin se laisser aller à composer des compositions plus fragiles et planantes.

La notion d’espace est devenue de plus en plus importante dans l’univers du groupe et à l’image de cette pochette montrant une lune en arrière-plan, ce quatrième album est définitivement un disque lunaire, où la nuit prend ici une place prépondérante. A la fois reposées et rêveuses, les compositions sont moins déprimantes que par le passé, même si toujours très émotionnelles. Complètement désarticulées, les chansons semblent avoir perdu leur orientation et chercher un chemin.

Les fameuses guitares quatre cordes aux accordages spéciaux s’ouvrent à de nouveaux ornements, notamment des violons ou l’apport d’un bassoon et marimba. Et puis il y a aussi ce fameux feedback éthérée, omniprésent, marque de fabrique indissociable du groupe, un souffle phénoménal qui vous transporte littéralement. Enfin, dernier apport - et non des moindres - la voix de Martin, très expressive et bien souvent bouleversante, s’est transformée en un simple murmure et semble dévoiler des confessions inavouables. Tous ces croisements contribuent à créer un disque d’atmosphère proprement surprenant et singulier, que l’on rangera très très près d’un Spirit of Eden de Talk Talk, votre serviteur le considérant personnellement même au-dessus.

Alas regorge de trouvailles et vous embarque de surprise en surprise. “Jump Up”, démarre comme une marche nuptiale avec des sublimes arrangements de cordes, puis s’arrête brusquement pour prendre un nouvel envol vers une autre direction mélodique. Ce contre-balancement permanent où plane ce sentiment de cohabitation de deux chansons en une, Jeff Martin va le développer tout au long du disque.

Flottant comme une bulle de savon, “Scrawny”, crée un sentiment de désert nocturne où le vide peu à peu devient idyllique. “Only in the Desert”, le morceau le plus pop, dénote avec des paroles lumineuses portées par des violons et quelques motifs de xylophone (“every sunrise lets you feel like you’re on top of the world, you feel we’re all brothers”). Le délicat “Clouded” avec ses arpèges précieux, pourrait même vous tirer quelques larmes si l’humeur s’en approche.

“Yesterday’s Unwinding” (avec en arrière-fond la délicieuse et mystérieuse Melissa Auf Der Maur susurrant quelques mots derrière l’oreille de Martin) nous invite à une excursion dans les nuages. Balladé en pyjama entre les halos, on s’y sent tellement bien qu’on ne souhaite plus qu’une chose, ne plus redescendre sur la terre ferme. Revenu parmi les terriens, le voyage se clôt avec un piano solitaire, “Leaves upon the Water”, laissant une brèche aux futurs chefs-d’œuvre Heart of Palms et Levitate.

Disque le plus bref d’Idaho, (9 titres pour moins 30 minutes), Alas brille pourtant par son homogénéité. On y replonge indéfiniment, sans jamais s’en lasser, et il demeure à bien des égards un must de la fin des années 90. Jeff Martin a enregistré l’un des disques les plus somnambules qui nous aient été donnés d’entendre.

Paul-Ramone sur Pinkushion le 24 mars 2005
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Idaho : Three Sheets To The Wind (1996)  posté le samedi 06 mai 2006 17:30

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  *****

Depuis un certain Year After Year en 93, on s’est juré de ne plus jamais lâcher Idaho. A cette époque, seuls Swell et Red House Painters étaient capables de rivaliser avec la poésie musicale de Jeff Martin, d’approcher la verve mélodique de John Berry. Le départ de ce dernier peu après faillit sonner le glas de cette alchimie chérie. Et This Way Out, deuxième album en clair très obscur, ne sauva sa tête que de justesse. La sortie de Pomegranate Bleeding, premier signe avant-coureur de cet album, avait de quoi laisser perplexe. Pourtant, on le sait, on le sent dès If You Dare en ouverture, un mid-tempo aux effets savamment dosés, ce Three Sheets To The Wind est un bon cru. Cela se confirme par la suite, malgré deux petits dérapages vers un Neil Young gras du bide le temps de Catapult et du single sus-mentionné. Ensuite, tout n’est plus que retenue et douceur de (mal de) vivre. On suivrait jusqu’au bout du monde Jeff Martin pour sa voix d’écorché, pour ses entrelacs de guitares et ses errances existentielles. Il suffit d’écouter Stare At The Sky et sa fantastique mélodie, la nonchalance de Alive Again ou les arrangements discrets de Get You Back pour s’en convaincre. Avec Idaho, jamais cafard n’a été si contagieux.

Philippe Jugé dans magic! n°8 de mai-juin 1996
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Le troisième album des Californiens d'Idaho met les voiles et prend le large : jamais gris n'avait été si somptueux.

Il est sans doute plein de bonnes intentions, le distributeur français des disques d'Idaho, lorsqu'il appose sur le boîtier plastique de leur dernier album un autocollant situant le groupe américain dans la famille d'âme de Swell, American Music Club et Red House Painters. Sur le papier, rien à redire : tous ces gens se nourrissent en effet à la même source. Pourtant, depuis quelque temps déjà, on sent chez Idaho une envie tenace de s'extraire de cette réalité figée, de dépasser sa nature originale. "Groupe d'Amérique flirtant de plus en plus avec Brian Eno et de moins en moins avec Swell et consorts" n'aurait pas été complètement idiot sur l'autocollant promotionnel. Il y a en effet sur Three Sheets To The Wind, -­ Trois draps dans le vent, rarement titre aura si bien parlé du disque qu'il abrite -­ tous les éléments nécessaires pour croire que Jeff Martin veut faire voir du pays à son Idaho immobile. Et lorsqu'un superbe A Sound Awake renvoie un écho évident aux ballades poignantes d'American Music Club, c'est en mêlant à cette influence flagrante le souffle discret d'une inspiration qui n'est fâchée avec personne ­ pas plus avec le jazz qu'avec le blues. Plus électrique que Year After Year et This Way Out (les deux premiers albums d'Idaho), plus vaste, plus voyageur, Three Sheets To The Wind brille d'une cohésion acquise avec le temps, d'un jeu d'équipe autorisant enfin à toutes les aventures. Enfin libre, la voix formidable de Martin sidère par sa gravité ensorcelante et provoque derrière elle quelques belles collisions instrumentales. Avec Catapult ou Pomegranate Bleeding, il paraît loin le temps où Idaho s'écoutait trop jouer, envoûté par ses propres ondoiements. Sur son troisième album, il atteint un niveau de maîtrise fulgurant, tant dans l'écriture ­ toujours aussi sauvage et racée ­ que dans l'exécution ­ magistrale. Et même si cela peut paraître accessoire, il devient impossible de ne pas parler du son phénoménal de Three Sheets To The Wind, chef-d'œuvre d'architecture, de textures et de colorations.

Emmanuel Tellier dans Les Inrockuptibles N°56 du 08 mai 1996
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Idaho : This Way Out (1994)  posté le samedi 06 mai 2006 17:22

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  ****

Quel avenir pour Idaho, ce groupe entré chez nous à reculons ? C'était l’année dernière, l’album s’appelait Year After Year et donnait l’impression d’avoir été enregistré entre deux comas profonds. Chronique d’une vie dessinée au fusain, un titre de mauvais augure. Cette année, c’est This Way Out : le bout du tunnel, une lueur d’espoir dans le monde d’Idaho.  Le groupe s’ouvre au monde, normalise son expression, aujourd’hui plus proche de la pop gangrenée d’American Music Club que des soubresauts post mortem qui agitaient les chansons de Year After Year . La violence a moins d’impact, Idaho dégèle. Quelques notes de piano, une guitare acoustique donnent des ailes à cette musique habituée à ramper. Idaho sonne parfois comme un Crazy Horse en route pour l’abattoir, pas dupe de son euphorie de docteur Coué. Brûlé par quelques maigres rayons de soleil, Idaho retourne donc arpenter ses terres malades et désolées. Rien de bien nouveau ici : le groupe tourne en rond, sur un périmètre à peine élargi. Ce groupe porte sa croix, personne pour lui donner un coup de main. Terrible, ce chagrin sans larmes. Terrible, cette impression de tomber dans le sommeil avec la peur de ne pas rêver. Terrible, ce groupe qui évoque le vide et l’ennui. Sans jamais ennuyer.

Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles n°62 janvier 1995
© 1995 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.

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Idaho : Year After Year (1993)  posté le samedi 06 mai 2006 17:10

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :
  *****




Loin de n’engendrer que des monstres sonores, les USA regorgent de groupes intimistes, chantres d’un mal de vivre moins tape-à-l’oreille. A leur tête, un Mark Eitzel dont le groupe, American Music Club, n’a jamais aussi bien porté son nom. Derrière lui, Red House Painters, Swell, Codeine et autre Slint promènent leur mélancolie d’ouest en est, forains d’une foire depuis longtemps abandonnée. La petite troupe compte désormais un nouveau venu : Idaho. Originaire de Los Angeles, le duo n’a eu aucun mal à se faire accepter dans ce “club” fermé dont les conditions d’admission sont leurs critères de prédilection pour composer une chanson : textes personnels et désabusés sur fond de musique sensible et retenue. Year After Year se pose donc en nouveau manifeste de l’errance, du désoeuvrement, de la mélancolie. Mais contrairement à tous les autres, il se veut moins négatif : car si la voix de Jeff Martin et surtout sa basse sont pesantes (Gone, Sundown, Memorial Day, The Only Road, Year After Year), les larsens de John Berry semblent toujours vouloir traduire l’espoir, autoriser une échappée. Il y a même ce One Sunday presque gai. Incompris chez eux, Idaho grâce à Year After Year vient prêcher chez vous, écoutez-les.  

Philippe Jugé dans M@GIC m u s h r o o m n°8 de l'automne 1993
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Le Club de la Musique Américaine est heureux (?) d'accueillir un nouvel adhérent : Idaho. Aux assemblées générales, chacun se recroqueville dans son coin pour écouter voler les mouches en se rongeant les ongles. Idaho, anonyme duo T-shirts fatigués-cheveux longs, est président de la sous-section bruitistes convalescents. Ceux qui ne peuvent plus le supporter, le bruit. Sur Year After Year, on entend autant les guitares que les doigts qui glissent sur les cordes. Mais le danger est ailleurs. Attention : disque en ruines. A gauche, des pans de guitares lézardés par une autre guitare acide, omniprésente. A droite, une voix qui penche dangereusement, menace de s'écrouler à tout moment. Partout, des compositions où l'érosion a fait son oeuvre. Le détail, le plaisir de l'oeil ont disparu. On se croirait dans la photo de pochette du Mercury d'American Music Club. Year After Year... Idaho n'attend rien, même pas le bout du tunnel. Ni complaisance, ni révolte, juste le vol de nuit sur pilotage automatique, plus pour cause de neurasthénie que par manque d'imagination. Si Sebadoh avait eu une enfance malheureuse, il sortirait des disques comme ça, morne plaine à la beauté pétrifiée (Gone), no man's land où ne passent que des mirages : lent, Year After Year est aussi violent. On a l'impression de visionner au ralenti un reportage sur la violence urbaine. Ici aussi, des accidents et des drames surviennent. Fractionnés, étirés et finalement aggravés. Le bruit comprimé, reste une écriture de fond de puits, chute et écho compris. Un disque en pente. Idaho, un duo qui réussit du premier coup ce que d'autres ont mis des années à trouver. Au Club de la Musique Américaine, des têtes vont tomber.

Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles n°50 novembre 1993
© 1993 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.





En jouant cette musique et en choisissant un tel nom, les deux membres d’Idaho auront sérieusement balisé le terrain pour la critique française. Côté chanson, il est en effet tentant de paraphraser Gainsbourg et Adjani pour suggérer que dans un Etat proche de l’Idaho on semble bien avoir le moral à zéro ; et rayon cinéma, les fans de Gus Van Sant ne manqueront pas de souligner que “Year After Year” a tout pour induire de bons gros accès de narcolepsie. C’est dire qu’avec ce duo de Los Angeles on est assez loin des clichés surf-palmiers-soleil : la Californie d’Idaho semble sortir à grand peine d’une longue période de glaciation et on ne serait guère étonné d’y voir des morceaux de banquise dériver au large de la plage de Venice. Chant contri, mélodies affligées et guitares en berne, John Berry et Jeff Martin paraissent tirer un plaisir fortement teinté d’aquoibonisme d’une entreprise qui a tout l’air d’être vouée à l’illustration des délices du fatalisme morose. En principe ce genre d’exercice prête un peu à sourire tant le catastrophisme confine souvent à la pose nombriliste un rien chichiteuse ; pourtant dans ce cas précis les harmonies pâlichonnes ont un amère goût de volupté qui évoque un Perfect Disaster polaire ou des Swell un brin monolithiques et un disque qui à priori avait tout pour être à la fois pesant et soporifique s’avère au contraire curieusement troublant.  

Bruno Juffin dans Rock Sound n°8 de novembre 1993
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