Will Oldham : les archives disponibles  posté le jeudi 02 novembre 2006 12:30

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WILL OLDHAM: ARCHIVES PRESSE


Chroniques
chronique album: Bonnie 'Prince' Billy - The Letting Go (2006)
chronique album: Bonnie 'Prince' Billy & Tortoise - The Brave And The Bold (2006)
chronique album: Bonnie 'Prince' Billy - Summer In The Southeast (Live, 2005)
chronique album: Bonnie 'Prince' Billy & Matt Sweeney - Superwolf (2005)
chronique album: Bonnie 'Prince' Billy sings Greatest Palace Music (Compilation, 2004)
chronique album: Bonnie 'Prince' Billy - Master & Everyone (2003)
chronique album: Bonnie 'Prince' Billy - Ease Down The Road (2001)
chronique E-P:     Rian Murphy & Will Oldham - All Most Heaven E-P (2000)
chronique E-P:     The Marquis de Tren & Bonny Billy - Get On Jolly E-P (2000)
chronique album: Will Oldham - Guarapero : Lost Blues 2 (compilation, 2000)
chronique album: Will Oldham - Ode Music (2000)
chronique album: Bonnie 'Prince' Billy - I See A Darkness (1999)
chronique album: Will Oldham - Joya (1997)
chronique album: Palace Music - Lost Blues And Other Songs (compilation, 1997)
chronique album: Palace Music - Arise Therefore (1996)
chronique album: Palace Music - Viva Last Blues (1995)
chronique E-P:      Palace - Mountain E-P (1995)
chronique album: Palace Songs - Hope (1994)
chronique album: Palace Brothers - S/T puis Days In The Wake (1994)
chronique E-P:      Palace Brothers - An Arrow Through The Bitch (1994)
chronique album: Palace Brothers - There's No-One What Will Take Care Of You (1993)

Articles
article MAGIC:               Bonnie 'prince' Billy : les années Palace (magic, 2004)
article INROCKS:           Bonnie 'prince' Billy : Révolution de palais (Les inrocks, 2004)
article VIBRATIONS:    Bonnie 'prince' Billy : Le nomade (Vibrations, 2003)
article TÉLÉRAMA:       Bonnie 'prince' Billy : L'illuminé du Kentucky (Télérama, 2001)
article VIBRATIONS:     Bonnie 'prince' Billy : Kid B (Vibrations, 2001)
article MAGIC:             Will Oldham : Cristal Palace (magic, 2000)
article ROCK & FOLK: Bonnie 'prince' Billy : ce n'était pas moi (Rock & Folk, 1999)
article INROCKS:         Bonnie 'prince' Billy : Délivrance (Les inrocks, 1999)
article LIBÉRATION:    Bonnie 'Prince' Billy, le rock opaque (Libération, 1999)
article MAGIC:              Bonnie 'prince' Billy : le prince des ténèbres (magic, 1999)
article INROCKS:         Palace Music : Blanc sec (Les inrocks, 1996)
article INROCKS:          Mouvement néo country & néo folk: Ils déchantent (Les inrocks, 1996)
article INROCKS:        Palace Music : Le clochard céleste (Les inrocks, 1995)
article MAGIC:             Palace Music : Chambre avec vue (magic, 1995)
article INROCKS:         Palace Brothers : Palais d'or (Les inrocks, 1994)

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Mes liens favoris  posté le mardi 31 octobre 2006 12:20

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WILL OLDHAM : LIENS FAVORIS


 • palace.free.fr • Palace.free est de loin mon site favori consacré à Will Oldham. Très complet, avec des extraits, paroles (dont certaines avec leur traduction française), discographie, revue de presse, photos et tablatures. Les mises à jour sont fréquentes. Il possède l'énorme avantage d'être rédigé entièrement en français.

the royal stable • Le plus complet des sites dédiés à Will Oldham avec notamment la discographie : un vrai régal pour les fanatiques de l'exactitude ! Tout y est soigneusement répertorié et les mises à jour sont régulières. C'est un hollandais qui s'occupe de cela.

Will Oldham live photo gallery • Comme son nom l'indique, voici un site qui présente de nombreuses photos capturées lors des concerts de Will Oldham depuis 1993. C'est sobrement et clairement présenté, et cela mérite amplement une visite. C'est aussi un hollandais qui s'occupe de cela !

palacerecords.com • Le site officiel de la maison de disques Palace Records, qui héberge Will Oldham et The Anomoanon. Infos régulièrement mises à jour... et de temps en temps d'agréables surprises à télécharger.

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Bonnie 'prince' Billy :The Letting Go (2006)  posté le mardi 17 octobre 2006 21:42

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Genre  :  Folk USA
Note :  ****



Difficile de dire en quoi la cyclothymie légendaire de Will Oldham a contribué à l’emmener sur les terres islandaises pour enregistrer The Letting Go. Les charmes d’un pays parcouru aussi bien par les elfes que par de graves turbulences monétaires où, d’après la presse économique, les dettes contractées par les banques islandaises à l'étranger atteignent actuellement… 324 % du PIB, ont certainement flatté le catastrophisme ironique du natif de Louisville. Ces dérives révèlent d’ailleurs une béatitude inédite, que l’on est tout à fait en droit de prendre au premier degré. Love Comes To Me ouvre le bal avec un bel assagissement porté par la bonhomie des percussions, et rappelle la splendeur de The Way qui introduisait Master And Everyone (2003). Grâce à une orchestration soyeuse, sans rapport avec les relectures garnies de Greatest Palace Music (2004), ce nouvel Lp fait montre d’une tonalité à la fois plus recueillie et moins monacale. Les cordes des musiciens islandais, peut-être entendues chez Johann ou Bardi Johannsson, contribuent à l’évidence à une retenue qui ne confine pas au jansénisme. Dans ses intervalles, le disque trouve une orientation presque soul, avec The Seedling qui aurait pu être pris en main par les arrangeurs de Bill Withers ou le Isaac Hayes de Hot Buttered Soul (1968). On peut le trouver moins saisissant dans sa conclusion, surtout quand il creuse un sillon exploité avec plus de magnificence (et il est vrai plus de parcimonie) par Sparklehorse sur It’s A Wonderful Life. Mais le concours répété des chœurs féminins, loin des facilités étiolées pour attractions folkloriques à Reykjavik, aura tôt fait de porter à nouveau The Letting Go vers les hauteurs et marier les méditations de Bonnie ‘Prince’ Billy à la grâce de Sandy Denny, puis réconcilier ses laudateurs exigeants avec l’univers bucolique d’Animal Collective et Fairport Convention. Après cela, les banques peuvent bien mettre la clé sous la porte.


Julien Welter dans magic n°104 d'octobre 2006
© 2006 magic. Tous droits réservés. 

The Letting Go, le nouvel album de Will Oldham sous le pseudo de Bonnie "Prince" Billy, est une lettre d’Islande, de vieux prêcheur folk, une invitation au lâcher prise.

Will Oldham a une tête de bernard-l’ermite qui ne serait pas sorti de sa maison depuis trop longtemps. A chaque fois qu’il balance un album sur le marché, c’est un peu comme si Robinson Crusoé avait trouvé un moyen de communiquer avec le monde extérieur. La réputation farouche et apathique qu’on entretient sur lui est surtout provoquée par une moue chagrine d’enfant privé de sieste. Sur The Letting Go, on a pourtant l’impression que Will Oldham s’est laissé aller, mais pas au fond d’un rocking chair. A des années lumières d’une indolente mollesse qui passerait pour de l’auto-satisfaction, Oldham s’autorise dans ses nouvelles chansons une luxuriance inédite (absente du magnifique Master & Everyone sorti en 2003, sous influence lourde de Cohen) dans les arrangements de cordes, les percussions élégantes et même parfois appuyées, les voix, et une quiétude de surface qui rend l’âme plus libre de se laisser emporter par tous les vents.
Il y a en Islande un arrangeur répondant au nom de Valgeir Sigurðsson, qui est probablement le second sur la liste des producteurs les plus chers du milieu, juste après Nigel Godrich, et qui a sûrement fait du bien aux compositions de Will Oldham, qui étaient jusque là – aussi magnifiques soient-elles – comme des plantes déshydratées. Sigurðsson (fils de la victoire en islandais) collabore aux disques de voisins dont le studio est un refuge - comme Björk depuis 1998 ou plus récemment Mứm et Slowblow - mais aussi aux disques de gens plus insaisissables et moins pointilleux comme Coco Rosie. Il devait aussi mixer Monsters in Love de Dionysos à la place de John Parish. Il y a aussi en Islande des paysages nus et accidentés mais accueillants, des couleurs de pierres précieuses et des manières nordiques qui donnent envie de s’éterniser. Quoi de mieux que la pensée d’une telle île, à la fois bouillonnante et quasi déserte pour renforcer son écriture, lui redonner du relief et en préciser les contours ?
Sur The Letting Go, Oldham l’Américain (du Kentucky) a même trouvé une robinsonne, compagnon de route (ou de déroute) qui double son chant, comme l’écho d’une muse bienveillante ou d’une âme sœur. Il s’agit de la chanteurse Dawn MacCarthy du groupe Faun Fables. Bonnie affectionne toujours autant les guitares accordées trop bas et les voix consanguines entrelacées. Un peu comme quand Rufus et Martha Wainwright font des concerts ensemble. Les prises de voix de Will Oldham sont aussi fragiles mais denses que celles de Chan Marshall (jeune femme ayant elle aussi choisi il y a longtemps de se doter d’un pseudo clinquant). Même s’ils ont du mal à l’admettre, Chan Marshall et Will Oldham se sont, avec leurs deux derniers albums respectifs, autorisés à rayonner en se donnant les moyens de bien faire, de faire les choses simplement, dans le cadre idéal. L’une à Memphis, l’autre en Islande. Passionnée par la voix de country – le côté nasillard en moins – de Will Oldham, Björk lui a même fait chanter Gratitude, le premier titre de son dernier album Drawing Restraint 9, où Oldham chante Björk mieux que Björk. De la même manière, ce sont les pionniers du post rock Tortoise, en manque de renouveau et de cross-over qui ont demandé à Will d’user de sa voix pour mieux hybrider les chansons du disque de reprises mutantes The Brave & The Bold sorti en début d’année.
Au début des années 90, Oldham a tué l’acteur, après quelques rôles pour le cinéma, et a joué sous une myriade de noms farfelus de Box of Chocolate, Sundowers, Rising Shotgun, Palace Brothers, Palace Music ou Palace tout court, à Will Oldham ou Bonnie ‘‘Prince’’ Billy depuis le ténébreux I See a Darkness (1999). Changer de nom, c’était un prétexte systématique pour commettre un meurtre sur un pseudonyme anonyme. C’était une manière, plus symbolique qu’esthétique, de faire peau neuve. Beck ou Tim Buckley, par exemple, ont toujours sautillé d’un genre à l’autre, par peur de tourner en rond, et par pure curiosité. Mais chez Oldham on diagnostique une nécessité identitaire qui tient à la distanciation obsessionnelle et à l’auto-dénigrement. Ce symptôme change néanmoins à partir de I See a Darkness où Bonnie "Prince" Billy prend de plus en plus la place de Will Oldham dans une schizophrénie toute symbolique et provoquée, comme une mise en situation. Oldham, repris par Johnny Cash trois ans avant sa mort, entrevoit la cohérence de son écriture, et use alors avec abnégation du pseudo de Bonnie d’album en album.


Yohav Oremiatzki  dans Les inrockuptibles du 20 septembre 2006
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Bonnie ’Prince’ Billy, songwriter chétif et discret qu’on ne présente plus, revient avec The Letting Go. Laissons-nous donc aller au fil de ces treize nouvelles compositions, qui renouent avec la justesse de I See A Darkness.

Chaque année est, potentiellement, une « année Will Oldham », tant la discographie de ce dernier a une - fâcheuse, dirons certains - tendance à s’allonger. Bientôt quinze ans que Will Oldham compte dans le monde fermé du folk/rock américain, à grands renforts de pseudonymes, comme pour mieux suggérer la schizophrénie latente qui affleure dans des paroles souvent torturées. Et c’est sous son dernier avatar en date qu’il nous présente The Letting Go, septième véritable album sous ce pseudo princier et, c’est une première, opus enregistré hors des Etats-Unis, sur les terres tourmentées d’Islande.

Jusqu’ à présent, The Brave And The Bold, sorti en tout début d’année, n’a pas vraiment suffi pour obtenir le label « année Will Oldham », label pourtant facilement desservi entre 1994 et 1999. Car, à bien y penser, la collaboration improbable entre les boucles de Tortoise et son folk épuré s’est avérée convaincante, sans plus. Un sentiment de déception nous taraude depuis quelques années déjà, car, à vouloir jouer sur tous les tableaux, Will Oldham s’éparpille, se perd, se répète aussi. Collaborations diverses (Tortoise, Matt Sweeney), live (Summer In The Southeast) voire auto-reprises (pompeusement intitulées Great Palace Music) ne nous feront pas dire le contraire. Il n’en reste pas moins que chaque contribution de notre p(r)ince-sans-rire préféré reste intéressante, à défaut d’être exceptionnelle. The Letting Go pourrait peut-être changer la donne, en renouant avec ses bonnes habitudes : des paroles mesurées sur des accompagnements riches et bien pensés.

Il est bien loin le temps des ballades minimalistes aux six-cordes austères, sur fond de boîte à rythmes fantomatique. Désormais, BPB a apprivoisé les arrangements de cordes discrets, et plus généralement, les ambiances pacifiées. Dès Love comes to me, on découvre avec bonheur à quel point le prince de l’americana s’est assagi, posé, et cette plénitude lui va à ravir. Dans une atmosphère feutrée, suggérée par des cordes, BPB évoque une fois de plus l’amour tel qu’il l’affectionne : inattendu et invahissant. Nouveauté à noter : il est soutenu par une voix féminine assez haut-perchée, qui dessine des entrelacs vocaux enchanteurs. Cette douceur fémininine, pour le moins inahibituelle, saupoudre par touches discrètes la majorité des titres, s’apparentant par moments à des lamentations de sirènes (“The Letting Go”, “God’s Small Song”).

La musique de BPB s’en trouve transfigurée : il enchaîne les morceaux acoustiques avec une inspiration retrouvée, sans doute encouragé par cette nouvelle muse. “Strange Form Of Life” par exemple, est sous-tendu par une progression crescendo, tandis que “Cursed Sleep” (single qui a précédé la sortie de l’album) voit le chant de BPB plus assuré que jamais, encouragé par quelques nappes de cordes. Car le vilain petit canard du folk se laisse maintenant aller à des passages langoureux (“I Called You Back”) ou ténébreux, sur l’acme que représente “The Seeding” : cordes, section rythmique marquée et choeurs s’assemblent dans un morceau d’une grande intensité, aux accents dissonants. Et lorsque BPB retrouve son format favori (la ballade acoustique), c’est avec le concours malicieux de sa choriste (“Big Friday”), et quelques détails qui font la différence : une rythmique aux accents électroniques sur “Lay And Love” ou un xylophone sur “Wai”. L’introspection, thème favori de notre troubadour, est désormais au service d’une nostalgie maîtrisée, rappelant ainsi Nick Drake (“Cold & Wet”) ou Leonard Cohen (“No Bad News”, “Big Friday”), deux aînés prestigieux qui veillent sur cet album particulièrement réussi. Encore une médaille - ou plutôt une distinction honorifique - en prévision pour le barbu de Louisville...

Julie L-N sur  Pinkushion le 13 septembre 2006
© 2006 Pinkushion. Tous droits réservés.

 




Il est désormais de mise d'accueillir chaque nouvelle sortie de l'autrefois quasi-intouchable Will Oldham avec une certaine circonspection. Bien des fans le confirmeront, qui ont été surpris, échaudés voire très déçus par les derniers projets du malicieux barbu (best of d'auto-reprises, album live très dispensable, collaboration avec Matt Sweeney, ou un Master & Everyone un peu plat). Notre méfiance nous aura même joué des tours, puisqu'il y a peu encore, le single annonciateur de The Letting Go, la majestueuse ballade Cursed Sleep, nous semblait raté, ses arrangements de cordes théâtraux nous rappelaient la grandiloquence lourdaude des moments les moins inspirés de Sufjan Stevens. Pourtant aujourd'hui cette chanson nous paraît l'un des incontestables sommets mélodiques et vocaux d'un disque qui n'aura cessé de s'imposer un peu plus au fil des réécoutes successives.

Stylistiquement, The Letting Go est un cousin de Master & Everyone, en ce sens que le son y conserve cette même qualité d'intimisme et de chaleur acoustique. L'instrumentation, plus fournie, et la production, un peu moins lisse, diffèrent néanmoins sensiblement. Outre une section de cordes (jouées par des musiciens islandais) très présente et Jim White à la batterie, Bonnie "Prince" Billy a invité ici Dawn McCarthy (alias Faun Fables) à chanter avec lui sur la plupart des chansons du disque - la quasi-chanson-titre étant même une véritable collaboration entre les deux. Beaucoup pourront être irrités de la présence de cette intruse au micro, mais on s'y habitue assez vite, et il faut reconnaître qu'elle renforce l'atmosphère intimiste, douce et romantique de The Letting Go - celle-ci étant régulièrement pervertie par des textes souvent étranges où l'obsession de la mort se fait particulièrement sentir et magnifiée par une voix qui a rarement été aussi pure.

Cette formule fonctionne donc à merveille sur une grande partie du disque, qui contient plusieurs des plus belles chansons écrites par Oldham depuis Ease Down The Road (voir les cinq premiers titres du disque). Dans sa deuxième partie, le disque a malheureusement tendance a se déliter quelque peu, à devenir volage pour le meilleur ou pour le pire. Bonnie s'improvise bluesman dans un Cold & Wet dont la présence est ici vraiment incongrue, mais une approche très folk sur une relecture musicale du poème d'Emily Dickinson Then The Letting Go s'avère fort convaincante. La chanson cachée Ebb/Tide est d'un ennui total, tout comme à un moindre degré God's Small Song, un piètre hommage à la musique de Baby Dee qui méritait mieux. The Seedling récupère quant à elle les cordes du Kashmir de Led Zeppelin pour un résultat évidemment assez troublant. L'écart le plus déroutant (quoique pas si étonnant) est la longue ballade country FM I Called You Back, qui semble dénuée de toute aspérité (jusqu'au texte particulièrement gnan-gnan - "Everytime we kiss, we find ourselves in love again"), mais est au final loin d'être désagréable.

C'est cette versatilité et cette irrégularité d'autant plus frustrantes que le disque avait particulièrement bien commencé qui empêchent donc The Letting Go de conserver une vraie unité qui aurait pu lui conférer un statut de petit classique Oldhamien. Nonobstant ces réserves, on a ici la preuve que Bonnie "Prince" Billy est encore capable de se réinventer avec goût, et que son incomparable voix semble même se bon(n)ifier encore. C'est déjà pas mal, et ça permet pour l'heure de passer outre des errements qui semblent au regard des beautés offertes par ailleurs assez anecdotiques.

Jean-Yves B.sur mille-feuille.fr  le 26 septembre 2006
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BONNIE 'PRINCE' BILLY & TORTOISE : The Brave And The Bold (2006)  posté le dimanche 07 mai 2006 12:15

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Genre  :  Pop Rock USA
Note :  ***


Il y a quelques années, lorsque Tortoise et celui qui se faisait encore appeler Will Oldham se partageaient les premiers rôles dans les nouvelles galeries souterraines de la musique américaine, les uns au rayon post-rock, l’autre dans la réserve néo-country existentielle, une telle double affiche aurait fait sensation. Néanmoins, en 2006, Tortoise ne figure plus tout à fait aux avant-postes du rock et Oldham a tellement alterné les disques indispensables et les rogatons qu’il ne constitue plus une caution forcément fiable.
Aux antipodes l’une de l’autre musicalement, ces deux entités majeures de la dernière décennie possèdent pourtant depuis longtemps, sur un plan humain, des couloirs de correspondance. Une fois ces figures reliées pour de bon, on était en droit de s’attendre à un véritable croisement entre les paysages sonores diffractés chers à la cellule grise de Chicago et le chant magnétique de Bonnie “Prince” Billy, postulat forcément excitant.
Le choix d’un terrain neutre, celui d’un album de reprises parfois iconoclastes (de Springsteen à Devo), augmentait les chances d’une collusion fertile. Elle a effectivement lieu sur le dos de ce brave Elton John, dont l’affable Daniel de 1973 se retrouve travesti en créature reptilienne naviguant à l’intérieur d’un marécage de sons circulaires et de guitares en abyme qui paraissent lui dévorer les chairs au ralenti. Etonnante également, la version comateuse du Thunder Road du Boss – un véritable feu de Bruce –, tiraillée par des synthés vintage qui lui donnent un côté Grandaddy sous morphine assez amusant.
Souvent relégué au rôle de simple backing-band, Tortoise n’est pas vraiment dans son élément lorsqu’il se force à camper les idiots punk-rock (It’s Expected I’m Gone des Minutemen, That’s Pep de Devo) au lieu de déployer son jeu tout en confluences et liaisons, sensuelles et sensorielles.
Dans ce registre-là, (Some Say) I Got Devil de l’oubliée Melanie est une belle réussite, tout comme le déchirant Pancho, chanson interprétée sur le tard par le countryman Don Williams – sur la BO de Cisco Kid – et qui méritait bien cette nouvelle mise en lumière.
Finalement plus à leur aise dans la sobriété que dans l’outrance, les protagonistes de ce disque récréatif – qu’ils comparent aux Basement Tapes, ce qui est très exagéré – ont pourtant cherché à se faire violence, notamment en revisitant dans sa langue d’origine Cravo e Canela du Brésilien Milton Nascimento, pour un résultat parfumé quoiqu’un brin cacophonique.
On les sent d’ailleurs bien moins empruntés lorsqu’ils se contentent de faire allégeance à leurs contemporains les plus proches : Lungfish et Quix*o*tic, traités avec plus d’égards qu’Elton ou Bruce.  

Christophe Conte dans Les inrockuptibles du 25 janvier 2006
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Sur le papier, le projet ressemble ni plus ni moins à un rêve de mélomane. Mais on sait malheureusement trop bien que tous les rêves ne doivent pas se réaliser, de peur qu’ils tournent au cauchemar. Et qu’on ne s’en relève jamais. C’est donc avec une drôle d’impatience fébrile que l’on a écouté une première fois The Brave And The Bold. Sans rien dire, du début à la fin, de crainte que notre enthousiasme immédiat(Cravo É Canela, une géniale cover brésilienne placée en ouverture) ne soit aussitôt tempéré par une déception consécutive (le jeu un brin démonstratif de Tortoise à l’épreuve du It’s Expected I’m Gone des Minutemen, seconde plage du disque).
Au bout des quarante minutes réglementaires, il fallut bien se rendre à l’évidence : “chef-d’œuvre”, mot pourtant si galvaudé qu’on préfère l’utiliser avec les précautions d’usage nécessaires, en y adossant quelque guillemet. Or donc, pour avoir épaulé Bill Callahan (Smog) – l’éternel outsider et faux jumeau de Will Oldham – lors de l’accouchement de l’inoubliable Dongs Of Sevotion (2000), on savait les cinq musiciens de Tortoise (Dan Bitney, John Herndon, Doug McCombs, John McEntire et Jeff Parker, par ordre d’apparition alphabétique) capables de s’adapter avec une aisance confondante au format pourtant si restrictif de la chanson, aussi torturée soit-elle.
L’annonce d’une collaboration du collectif chicagoan avec Bonnie ‘Prince’ Billy a dès lors pris l’allure d’un Yalta insensé entre le génie du folk lo-fi et le groupe-phare du post-rock décomplexé. D’autant que le résultat est cet album entièrement constitué de reprises (dix au total), dont le simple énoncé des originaux suffit à donner le vertige… En effet, qui d’autres que ces six hommes-là pour ainsi faire se côtoyer Elton John (la version de Daniel figure potentiellement le sommet infranchissable du disque) et Bruce Springsteen (Thunder Road, méconnaissable et fascinant chemin de traverse en regard de l’original), Richard Thompson (le séminal The Calvary Cross, dont le traitement n’aurait pas dépareillé sur Master And Everyone, l’enregistrement le plus arrangé de Bonnie ‘Prince’ Billy) et la méconnue chanteuse country Melanie Safka (le déchirant (Some Say) I Got Devil) sans se ridiculiser ? Mais l’extravagance des assemblages (on songe à des plaques tectoniques qui se chevaucheraient) ne saurait éclipser le plaisir inouï procuré par l’alchimie qui se déroule ici, devant nos yeux ébahis et nos oreilles stupéfaites. Emmené par un son effrontément saturé mais jamais saturant, The Brave And The Bold donne à entendre un Will Oldham plus habité que jamais, ainsi qu’un Tortoise plus libre qu’à l’accoutumée (surtout en mémoire du fort mitigé It’s All Around You de 2004).
Il suffit, pour s’en convaincre, d’entendre la complémentarité à l’œuvre sur le bien nommé Love Is Love de Lungfish, où la voix incantatoire d’Oldham (doublée par celle d’un membre de la formation chicagoane) se marie avec une musique en fusion (orgue vrombissant, séquences assourdissantes, arpèges dissonants). Idem sur le jouissif That’s Pep de Devo, dont la version endiablée frôle le free jazz. Quand vient l’heure de la conclusion, On My Own de Quix*o*tic joué façon bouleversante veillée funèbre, on ne sait plus s’il s’agit d’un rêve fantasmé, éveillé ou réalisé…

Renaud Paulik et Franck Vergeade dans magic, n°97 de février 2006
© 2006 magic. Tous droits réservés. 




Will Oldham alias, Bonnie ‘Prince’ Billy et le quintet expérimental de Chicago s’allient pour un disque de reprises iconoclastes. Du grand art.
Le choc d’une rencontre entre le prince de la country lo fi et l’une des formations phares du rock expérimental allait forcément provoquer chez les fans des deux clans quelques boutons de fièvre. Il est vrai que sur papier, l’association promettait de bien belles surprises tant le spectre musical de chacun peut être aux antipodes et pourtant intimement lié.
Depuis plus de dix ans, Tortoise et Will Oldham font partie de ces artistes qui comptent, tant par leur vision singulière que par leur inspiration qui ne leur a pratiquement jamais fait défaut. Les deux pionniers ne s’étaient jamais rencontrés sur disque, mais tous deux sont des habitués des collaborations improbables : Oldham se plait à changer de pseudo et groupes selon l’humeur et passer des nuits blanches en studio en bonne compagnie : Matt Sweeney, Silver Jews, Ryan Murphy, Nicolai Dunger, le superbe EP Amalgamated Sons of Rest avec Jason Molina et Alasdair Roberts... Quelques figures du post rock font partie de son entourage, tel son vieil ami le guitariste David Pajo, David Grubbs et Dirty Three. Et puis le barbu dégarni a tout de même participé à l’un des disques le plus emblématiques du genre, le Spiderland de Slint (bon il est simplement crédité pour la pochette, mais tout de même). Quant à la formation rock amphibie de John Mc Entire, ses travaux avec Stereolab, Tom Zé et The Ex avaient laissé quelques bons souvenirs.
The Brave and The Bold, titre vraisemblablement inspiré d’une aventure de la ligue des superhéros (!!!), opte pour la rencontre iconoclaste des genres. Le choix des dix reprises est souvent judicieux, piochant entre poids lourds mainstream, gratin rock avant-gardiste, songwriters méconnus, musique brésilienne et coups de cœur indé. Si l’on devait comparer ce disque à ses géniteurs, nul doute que ce serait vers Bonnie ‘Prince’ Billy que l’on pencherait, car c’est un disque de chansons, même si très riche aussi en terme d’ambiances. L’entrée en la matière très exotique par “Cravo e Canela” du brésilien Milton Nascimento affiche cette notion d’éclectisme musical. Finalement, ce sera le morceau qui se rapproche le plus du style de Tortoise, par ses clés mélodiques abstraites et son influence world.
On s’y attendait un peu de la part des paysagistes sonores de Tortoise, lorsqu’ils s’approprient quelques standards rock, ceux-ci deviennent méconnaissables. Mais c’est aussi le cas d’Oldham lorsqu’il reprenait en concert “Big Balls” d’AC/DC... L’intro de clavier fantômatique du “Thunder Road” de Springsteen, l’une de ses mélodies les plus célèbres, ne laissera aucune chance aux admirateurs du «Boss». Il ne reste de la version originale que les paroles Beatnik. Le son rappelle les synthés crades de ces Giallo italiens de la fin des années 70, flippants. La production est foisonnante, et les instruments de John McEntire (claviériste et batteur), Bundy K. Brown (guitariste et bassiste), Dan Bitney (claviériste et percussionniste) Doug McCombs (bassiste) et John Herndon (batteur et claviériste) pullulent d’idées, cherchent à se frayer chacun un chemin, d’établir une nouvelle vie à partir du squelette des originaux. “Daniel”, une vieillerie de cet empâté d’Elton John, se transforme ainsi en ballade industrielle, une traversée d’un désert radioactif d’où s’extirpe une mélodie poignante. Avec le même traitement synthétique, “Love Is Love” de Lungfish laisse échapper des résonances à la Suicide. Ce sont deux des titres les plus incontournables de l’album.
Paradoxalement surprenant, la reprise de Devo est certainement l’interprétation la plus fidèle du lot, un peu décevante. Ce qui est dommage car lorsque le super groupe s’attaque à la branche rock radical, les guitares abrasives des Punk rockers réactionnaires Minutemen deviennent troubles, noyées dans un beat plus tentaculaire et revigorant.
D’autres titres ont conservé l’essence mélodique des versions originales : c’est le cas du “Poncho” du cowboy crooner Don Williams. Une vraie ballade sensible, flottant sur un nuage d’arrangements légers : xylophone et orgue Hammond. “The Calvary Cross” du virtuose folk de la six-cordes Richard Thompson est aussi la pièce de résistance du disque. L’atmosphère rêche et traumatisante composée par l’ancien Fairport Convention a été agrémentée d’un arpège poisseux à l’empreinte John McEntire et quelques chœurs célestes discrets. La voix de Bonnie ‘Prince’ Billy atteint ici - et comme sur "Daniel" - des sommets d’émotion. Will Oldham s’est déjà rapproché de ce format limite pop sur Joya ou I See A Darkness, et c’est bien souvent dans ce cas de figure que les étincelles se produisent. The Brave and the Bold est rempli d’audace et d’ingéniosité, c’est un succès. Mais ça, ce n’est pas une surprise.

Paul-Ramone sur 
Pinkushion le 13 janvier 2006
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BONNIE 'PRINCE' BILLY : Summer In The Southeast (2005)  posté le dimanche 07 mai 2006 12:12

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Genre  :  Country Folk USA
Note :  **


Au début des années 90, Will Oldham, alors petit frère des pauvres chez Palace Brothers, ouvrait une voie béante, fondamentale pour les années à venir. A l'arrière de la pochette de son premier album, There's no-one what will take care of you, y'avait une route, qui traversait le désert : tout un pan du rock américain, en rupture des déguisements électriques et des rages simulées, s'engouffrera sur ce chemin cahoteux, poussiéreux. On parlera alors de melancountry, d'americana, puis de néo-folk : il aurait suffi d'évoquer un front du refus à tout ce vacarme gâché, à tout ce rock bouffi, impuissant, dégénéré qui croissait sur les ruines du grunge et des années 80.
Will Oldham remit les compteurs du rock américain à zéro, le ramena à l'âge de pierre, aux fondamentaux (Creedence, Crazy Horse, Johnny Cash, Leonard Cohen...), avec un dogmatisme particulièrement courageux et suicidaire. Mais son message fut entendu haut et fort par toute une génération, de Luke à Devendra Banhart, de Cat Power à Björk, qui l'a récemment recruté... Une voie séminale, mais aussi une voix capitale, comme on n'en croise qu'une ou deux par décennie, suffisamment étrange – comme effrayée, effarée par les histoires amochées qu'elle raconte – pour engendrer autant de carrières que de consternation. Bref, Will Oldham est le Neil Young de sa génération, un passionnant maverick.
C'est en live, pour la première fois officiellement, qu'on le retrouve aujourd'hui, susurrant ou aboyant ses histoires cagneuses et psychiatriques avec un groupe électrique, méchant, hirsute, sorte de Velvet Underground des champs brûlés. Au dos de la pochette, y'a toujours une route, mais elle mène au sommet d'une montagne : la moindre des choses.

Jean-Daniel Beauvallet dans Les inrockuptibles n°522 du 30 novembre 2005
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Summer in the Southeast, le premier album live de Bonnie 'Prince' Billy — provisoirement autorebaptisé Pink Nasty et communément connu sous le nom de Will Oldham — est un euphémisme en soi : la majeure partie des enregistrements de notre Américain schizophrène fleure bon la prise directe et la fièvre collective. Accompagné de sa section rythmique de prédilection (son frère Paul Oldham à la basse et Peter Townsend aux tambours), des guitaristes Matt Sweeney (co-auteur de l'inusable Superwolf) et David Bird, et enfin de l'orgue et des choeurs essentiels de Ryder McNair, Bonnie revisite du fin fond de l'Amérique (Floride, Georgie, Mississippi, Caroline du Nord) le meilleur de sa discographie. Ou peu s'en faut. Mais loin de faire double emploi avec les réarrangements sublimes du Greatest Palace music, le répertoire s'étoffe ici sous l'effet de la fée électricité, troquant les subtilités acoustiques d'antan pour une densité nouvelle. Plus brut que les récents travaux du Prince du Kentucky, ce disque fait du neuf avec du vieux (les intouchables Pushkin et I send my love to you), tout en rendant grâce aux classiques immuables (Break of day, I see a darkness, Ease down the road). Et si le radical Sucker's evening révèle ici toute sa splendeur en blues crasseux, Beast for thee n'apporte en revanche rien à la version originale, certainement encore trop fraîche pour envisager un quelconque réajustement. Mais tout cela ne serait rien sans l'humanité sidérante de la voix du maître, dont on sait depuis le début des hostilités qu'elle nous accompagnera, exactement comme celle de Tom Waits, jusqu'à nos plus vieux jours.

Renaud Paulik dans magic n°96 de novembre 2005
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