Genre : Country Rock
USA
Note : ****
Finalement, on a eu tort
d’attendre en se rongeant les ongles une hypothétique
sortie des fameuses Archives de Neil Young. De fait, on
avait sous la main son plus brillant héritier et l’on
vient enfin de s’en apercevoir. Jason Molina (puisque
c’est de lui qu’il s’agit) aura trop longtemps
traîné une sale image de Will Oldham du pauvre. Mais
depuis The Lioness, enregistré en compagnie des
comiques-troupiers d’Arab Strap (un disque qu’il faut
écouter sous la tempête pour vraiment comprendre le
sens du mot dépression), Didn’t It Rain, son
précédent et excellent fait d’armes, et surtout
le phénoménal album d’Amalgamated Sons Of Rest
(en compagnie de Will Oldham et d’Ali Roberts), on n’a
d’yeux que pour lui. Soyons clairs, dithyrambiques et
à la limite de l’autoritarisme obnubilé :
The Magnolia Electric est d’ores et
déjà le meilleur disque de l’année. Sa
force de persuasion est tellement énorme qu’on
n’imagine pas un seul instant qu’il ne tienne pas un
siège permanent dans notre coeur et nos oreilles
jusqu’à la fin de 2003. Jason Molina et sa troupe se
placent avec force et honneur en pole-position de l’Americana
sur la piste des Neil Young, Creedence Clearwater Revival, Bob
Seger, Hank Williams et autres Lynyrd Skynyrd. Cet album est
tellement prodigieux qu’il aurait dû s’appeler
Zuma Part 2. Et ce n’est pas seulement la
gémellité vocale entre Young et Molina qui rend
évidente cette constatation. Il y a là une vision
artistique évidente, des aspirations hors du commun, une
capacité de synthèse de la grande musique
américaine, une propension à souffler sur ses
braises, à en rallumer le foyer pour une
éternité. Qu’il sonne à la
première écoute comme un joyau d’une autre
époque ne surprendra que les simples d’esprits.
The Magnolia Electric Co est plus qu’un disque de
guitares (électriques ou non), c’est un tour de force,
un résumé de leur limpide universalité. Lequel
ouvre désormais la porte d’un cercle très
fermé à Jason Molina.
Étienne Greib dans
magic, n°69 de mars 2003
© 2003 magic. Tous droits
réservés.
Dans le
merveilleux film The Big Lebowski, The Dude, ultime
symbole de l’improbable coolitude white-trash yankee,
écoute Creedence dans sa voiture rouillée, un joint
aux lèvres. Elégance. Aujourd’hui, il
écouterait ce Magnolia Electric Co., immense disque
de rock prolo américain, élevé en
trailer-park, éduqué à la
télévision d’Etat et à la
littérature fauchée.
Autrefois caniche de la famille Palace, Songs: Ohia se
démarque définitivement de ces chants
brûlés pour un rock rugueux, rural, fiévreux.
Il faut ainsi entendre l’épique I’ve Been
Riding With The Ghost pour se convaincre que cette country
autrefois chétive, fragile, et à l’occasion
geignarde, s’est mise aux alcools forts, aux sensations
mâles et au rock poilu.
De Bob Seger à Lynyrd Skynyrd, tout le rock mal luné,
mal coiffé, mal pensé des profondeurs provinciales
d’Amérique vient ici prêter main-forte à
l’inspiration de Jason Molina, qui atteint
régulièrement l’acuité visuelle et la
précision journalistique du Springsteen de Nebraska
ou du Eminem de Marshall Mathers. C’est Steve Albini
qui, derrière sa table de mixage en bois
d’époque, canalise l’électricité
mauvaise, la mélancolie vénéneuse, la chorale
virile et ces rocks amochés, lents et sérieusement
burnés.
Et tout ce cirque devrait virer à la parodie, à la
BO-bis d’Almost Famous, à la reconstitution
minutieuse et historique d’une Amérique
fantasmée, entre Easy Rider et Brautigan... Mais
non : pas de chiqué ici, juste des chansons intenses,
intimes, vécues de l’intérieur avec une rare
force de conviction. Attention, cet album transforme votre Clio en
vieille Pontiac cabossée, votre appartement en caravane, et
votre café du coin en repaire borgne pour bikers massifs et
brunes lascives. Vieille classe.
Jean-Daniel Beauvallet dans Les inrockuptibles du
02 avril 2003
© 2003 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits
réservés.
Dixième album
(déjà !) du collectif néocountry
dirigé par l’ex heavy metalleux Jason Molina. Le
groupe phare du label Secretly Canadian propose toujours le
même avoir-faire et bonifie sa formule avec le temps, avec un
chouillas d’émotion qui pourrait bien faire la
différence cette fois-ci.
La somme pléthorique d’albums sortis depuis six ans
par Jason Molina sous le pseudo Songs: Ohia ou autres (Songs :
Albian, Songs : Radix et Songs : Unitas) ne trompe pas
pourtant sur la marchandise du bonhomme. Le résultat est, en
gros, toujours le même, à savoir une néocountry
que l’on a souvent comparé à Palace,
agrémentée d’un accent neilyoungesque
70’s bien avancé. Des remarques qui ont souvent
penché en sa défaveur d’ailleurs. Visiblement,
Jason Molina semble autant prendre en considérations ces
reproches que son peu d’intérêt pour la
dernière vague électro à la mode. Et
c’est temps mieux !
Songs : Ohia use du même principe artistique que Will
Oldham en s’acoquinant avec d’autres musiciens pour
chaque nouvel album (remember The Lioness avec les Arab
Strap, voir aussi justement avec l’ex-maestro de Palace). La
seule différence notable, c’est que les musiciens de
sessions réquisitionnés sur The Magnolia Electric
Co, se sont mués en un réel collectif. En plus
d’avoir fait appel à Steve Albini pour ces talents
d’alchimiste du son, Jason Molina s’est aussi
entouré d’une tribu de neufs musiciens (dont trois
chanteurs) à rendre jaloux la chorale
dévergondée de The Polyphonic Spree.
Enregistré dans des conditions quasi "live", et de main de
maître par Steve Albini dans son Electrical Audio Studio
à Chicago, l’orchestre présent ici est la
même que sur l’album live Mi Sei Apparaso Come Un
Fantasma Italian (2001). Mis à part les habituelles
interventions féminines, Molina laisse Lawrence Peters
s’époumoner sur un titre "The Old Black Hen",
mémorable de retenu, à mi-chemin entre Fairport
Convention et Graham Parsons.
Dès les premières notes de lap steel sur
"Farewell Transmission" on sait que l’on naviguera
dans les eaux americana bien balisées. Le bottleneck trace
son chemin et nous accompagne dans notre périple tout au
long de ce disque. L’ensemble oscille entre ballades
flokloriques et morceaux mi-tempo marécageux. Sur
"I’ve Been Riding with the Ghost", la voix de Molina
est troublante de ressemblance avec le "Loner", si bien que
l’on jurerait avoir affaire à un inédit de
première facture. Le reste des titres chantés par le
maître des lieux est du même acabit. Sur "John
Henry Split My Heart", la Lap Steel se fait plus rugueuse et
fait communion avec les riffs tordues des Les Paul. "Hold On
Magnolia" termine l’album sur une note plaintive, le
long de sept minutes mêlant étroitement guitare
claire, violon soliste et toujours cette lap steel poignante et
inspirée.
Certains vont crier au plagiat sans vergogne, d’autres
verront en Jason Molina un songwriter doué, capable de
rivaliser sur le même terrain que Neil Young période
Tonight’s The Night et Zuma. A
l’heure où la carrière du vieux Young commence
à s’essouffler (enfin, il nous a déjà
fait le coup à la fain des années 80, puis à
sorti coup sur coup une torché de chef d’oeuvres...)et
que son coffret rétrospectif se fait toujours attendre,
The Magnolia Electric Co semble une alternative
idéale. D’autant plus qu’on a certainement
affaire à un des meilleurs albums dans le genre. Ce qui
n’est pas une mince affaire, vu le poids assommant de
l’héritage.
Paul-Ramone sur PINKUSHION le 17 mars
2003
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L'année 2003 semble décidement marquée par
la qualité des disques qui sortent... mais aussi par
l'hideuse apparence des dits disques. Ce nouvel effort de
Songs: Ohia risque bien de gagner
quelque laurier dans les deux catégories. Pendant que
Brian Molko dort avec avec un
fantome, Jason Molina, le cerveau du groupe (pour ne pas dire le
seul maître à bord), lui le chevauche sur le
deuxième titre de ce nouvel album de Songs: Ohia. La différence est
anecdotiquement métaphorique, mais qui échangerait un
disque de Songs: Ohia contre un
baril de Placebo ? Le songwriter
laisse ici exploser toute sa classe et son savoir faire dans un
mélange de styles (rock, folk, country) qui fleure bon le
terroir américain comme on l'aime. Difficile de reconnaitre
les longues berceuses plaintives de "The
Lioness", le son est ici beaucoup plus clean et les
chansons moins torturées. Dès les premières
notes slidées de Farewell
Transmission, on a l'impression de retrouver un vieux
disque qu'on a adoré pendant des années avant de
l'oublier completement dans son grenier tant tout sonne
immédiatement comme du pain béni. Molina nous
mène inconsciement sur le terrain sec du "Viva Last Blues" de Palace pour défier Will Oldham sur sa contrée (difficile en
effet de ne pas comparer les deux voix). Ce duel mené a
bien, on aura ensuite droit à une formidable séance
de domptage d'électricité sur John Henry Split My Heart où
Molina, en savant fou improbable, croise dans une éprouvette
au volume poussée à 11 les déflagrations
guitaristiques du Words de
Neil Young et Broken Chairs de Built To Spill. On a déja vu pire. Seul
petit bémol, un The Old Black
Hen trop countrysant pour être honnête, que
Molina a l'intelligence de ne pas chanter lui-même.
L'anglaise Scout Niblett
démontrant pourtant que Songs:
Ohia chanté par autre que Molina ne mène pas
forcément au flop.
Éric F. sur millefeuille le 14
juillet 2003
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