BIOGRAPHIES  posté le mardi 15 août 2006 07:30

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TIM BUCKLEY  posté le mardi 15 août 2006 07:15

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TIM BUCKLEY
  Chanteur et guitariste de folk, jazz et rock américain, 1966-1975 : né le 14-02-1947 à Washington, Pennsylvanie, mort le 29-06-1975 à Santa Monica, Californie.

Disparu à vingt-huit ans, ce chanteur californien a laissé une des œuvres les plus passionnantes de son temps. Capable de chanter le folk avec une pureté angélique comme de se lancer dans des improvisations issues du free-jazz, Buckley s’est aventuré là où peu de chanteurs se sont risqués, grâce à une voix d’une beauté unique en son genre.

Après une enfance passée à New York, Tim Buckley s’installe en 1956 dans le sud de la Californie avec ses parents. Il fait ses débuts vers l’âge de quinze ans comme chanteur et guitariste dans des orchestres de country and western. Vers le milieu des années 60, alors qu’il n’a pas vingt ans, il se produit déjà seul avec sa guitare dans des cabarets folk de Los Angeles. C’est là qu’il est repéré, au début de l’année 1966, par Herb Cohen, le manager de Frank Zappa. Celui-ci organise son premier concert à New York, au Night Owl Café, en juillet de cette année-là. Cette prestation lui vaut aussitôt un contrat avec la firme Elektra (le label des Doors), dont le patron, Jac Holzman, coproduit avec Paul Rothchild son premier album (sans titre), enregistré en trois jours. On découvre sur ce disque son vibrato unique, qui s’allie à merveille avec une orchestration folk-rock (Van Dyke Parks y joue des claviers) et des textes très imagés écrits par son ami Larry Beckett, comme « Valentine Melody » et « Song Slowly Song ». En 1967, sa réputation grandit grâce à des apparitions régulières dans les clubs new-yorkais. Il lui arrive de se produire avec Nico, l’ex-chanteuse du Velvet Underground. De passage à New York, George Harrison est subjugué. Il tente vainement d’associer Brian Epstein, le manager des Beatles, à la carrière de Buckley. En novembre 1967 sort l’album Goodbye And Hello, qui comprend l’un de ses morceaux les plus fameux, « Morning Glory ». Le groupe qui l’accompagne alors (et qui reste le meilleur qu’ait jamais eu Buckley) est formé du guitariste Lee Underwood, du contrebassiste Jim Fielder (un vieil ami de Buckley, futur membre de Blood, Sweat And Tears) et du vibraphoniste David Friedman. Les arrangements sont plus originaux et aventureux que sur l’album précédent, et on découvre la liberté rythmique du jazz que Buckley va beaucoup explorer par la suite. L’album Happy — Sad, paru au printemps 1969, marque un tournant. Accompagné des mêmes musiciens, il opte pour des arrangements dépouillés, parfois nus au point de ne révéler que la pulsation rythmique derrière les chansons, comme le très étiré « Gypsy Woman ». Cet album demeure la seule réussite commerciale de sa carrière — relative, puisque le disque n’atteint que la quatre-vingt-unième place du hit-parade américain. Le disque suivant, Blue Afternoon, publié en février 1970 par le label Straight (lancé par Frank Zappa et son manager), poursuit dans la même veine d’un folk-jazz mélancolique. Mais l’album Lorca, que Buckley fournit quelques mois plus tard à son premier label Elektra par obligation contractuelle, s’éloigne des structures de la chanson pour explorer une musique fondée, comme le free-jazz, sur l’improvisation. Dans l’album Starsailor, qu’il donne aussitôt après, en janvier 1971, à son nouveau label, la voix ne se détache plus, mais fusionne avec le reste, instrument parmi les autres instruments. Buckley place ces deux albums sous l’influence de John Coltrane. C’est sur le second qu’on trouve la chanson « Song To The Siren », reprise en 1983 par le collectif du label britannique 4AD, This Mortal Coil, avec la voix d’Elizabeth Fraser de Cocteau Twins. En 1971, très peu d’amateurs ont suivi Tim Buckley sur ces terres inconnues. En panne d’argent, il est contraint de survivre en faisant des petits boulots. On dit alors qu’il se consacre à l’écriture d’un scénario. Après avoir été chauffeur de taxi, puis un court moment chauffeur pour la superstar du funk Sly Stone, il va émerger à nouveau, à la surprise générale, à la fin 1972, métamorphosé en chanteur funky. Greetings From L.A. est un album très rythmé, avec des cuivres et des percussions, où il s’abandonne, dans ses textes, à une sensualité souvent proche d’une grande crudité sexuelle (« Nighthawkin’ »). Pourtant, il reste un chanteur confidentiel, couvert d’éloges par la critique, mais ignoré du grand public. L’album Sefronia (1973), qui paraît sous la nouvelle étiquette DiscReet (toujours Zappa et Cohen), contient de très belles reprises, comme « Sally Go Round The Roses » des Jaynetts ou « Dolphins » de Fred Neil. On y retrouve un peu le Buckley des débuts. Fin 1974, pour conjurer l’échec commercial, il enregistre un album cent pour cent funky, Look At The Fool, tout à fait manqué de l’avis général. Au printemps 1975, il entame une nouvelle tournée américaine. Le 29 juin, il doit être emmené d’urgence à l’hôpital de Santa Monica, près de Los Angeles, après s’être administré chez un ami un cocktail d’héroïne et de morphine qu’il aurait pris par mégarde pour de la cocaïne. Il meurt d’un arrêt du cœur.

Dans les années qui suivent sa mort, son influence reste présente. En 1983, le label californien Rhino publie un excellent Best Of de onze chansons. Surtout, en 1990, le label anglais Demon a l’excellente idée de publier Dream Letter, un double CD enregistré lors d’un concert donné à Londres en octobre 1968 pour un programme de télévision. Cet album posthume est sans doute le meilleur de Buckley. Avec la beauté aérienne de sa voix, son timbre déchirant et ses improvisations rêveuses, il entraîne l’auditeur dans des contrées inoubliables, servi par un groupe admirable de virtuosité comme de spontanéité. Sa notoriété a pu rester, de son vivant, marginale, et sa courte carrière connaître des éclipses, le lyrisme de sa voix comme la liberté de ses orchestrations en ont fait un classique qui a influencé quantité de chanteurs, singulièrement dans le rock dit « indépendant » des années 80 et 90. Il était le père du défunt Jeff Buckley.

Michka Assayas dans Le Dictionnaire du Rock
(Collection Bouquins, Editions Robert Laffont © , 2000)

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BAUHAUS  posté le mardi 15 août 2006 07:15

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BAUHAUS


  Groupe de rock gothique britannique, 1979-1983 :
Peter Murphy (chanteur), né le 11-07-1957 à Northampton, Angleterre ; Daniel Ash (guitariste et chanteur), né le 31-07-1957 à Northampton ; David Jay [David J. Haskins] (bassiste et chanteur), né le 24-04-1957 à Northampton ; Kevin Haskins (batteur), né le 19-7-1960 à Northampton
.

Originaire du centre de l'Angleterre, cette formation a créé un style de rock morbide et théâtral, appelé « gothique », plutôt désigné sous l'étiquette « Batcave » en France. Mélange de rock traditionnel et de climats électroniques, la musique de Bauhaus ne s'est jamais fixé un genre défini.

Bauhaus est le fruit de l'association d'étudiants en art de Northampton, Murphy, Ash, et les frères Haskins. Le groupe enregistre en 1979 un morceau de neuf minutes qui demeure l'hymne fondateur du mouvement gothique : Bela Lugosi's Dead. Peter Murphy chante d'une voix aussi inquiète qu'emphatique sur un rythme oppressant, accompagné par les phrases de guitare planantes et menaçantes de Daniel Ash. Le 45 tours sort chez Small Wonder qui, l'année précédente, a publié le premier 45 tours de The Cure. Son premier album, In The Flat Field (1980), qui paraît chez 4AD-Beggars' Banquet, dégage la même ambiance pesante. Bauhaus surprend en sortant en 45 tours, une reprise de Telegram Sam, un succès de T. Rex, suivi de Dark Entries et Terror Couple Kill Colonel. Mask (1981) est son album le plus connu : il présente une variété de styles à la limite de l'informe, mêlant sonorités planantes et réminiscences de heavy metal, en passant par des rythmes électroniques dansants. Il comprend les deux simples Kick In The Eye et The Passion Of Lovers . Le groupe s'éloigne lentement du poncif gothique qu'il a contribué à créer et, après l'E.-P. Searching For Satori et l'album The Sky's Gone Out (1982), moins pompeux qu'à l'accoutumée, il s'amuse à rénregistrer, chanson pour chanson et note pour note, l'album The Rise And Fall Of Ziggy Stardust de David Bowie. Lorsqu'il prépare Burning From The Inside (1983), il a pratiquement cessé d'exister : Peter Murphy, qui a contracté une pneumonie, n'apparaît que sur la moitié des morceaux, laissant le champ libre aux talents de chanteur du guitariste Daniel Ash, qui oriente le groupe vers une veine plus acoustique. Le classique de Bauhaus, dont la sortie précède la séparation du groupe en 1983, quasi psychédélique, She's In Parties, figure sur ce disque. Bauhaus se sépare en 1983. Après une brève association avec le guitariste de Japan, Mick Karn, sous le nom de Dali's Car, Peter Murphy entame, dès 1986, une carrière de chanteur solo.

Michka Assayas dans Le Dictionnaire du Rock
(Collection Bouquins, Editions Robert Laffont © , 2000)

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JOHNNY CASH  posté le mardi 15 août 2006 07:10

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JOHNNY CASH


 Johnny [John] Cash
Chanteur et guitariste de country américain, 1955-2003 :
né le 26-02-1932 à Kingsland, Arkansas ; mort le 12-09-2003 à Nashville, Tennessee.

Avec une voix de baryton, reconnaissable entre mille, et un rythme («boom-chicka-boom») qui ne l’est pas moins, celui qu’on a surnommé «The Man In Black» (l’Homme en Noir) est le seul chanteur de la musique country dont la renommée a toujours dépassé le public spécialisé. Attentif au sort des minorités et des pauvres, il est plus proche d’un Woody Guthrie ou d’un Bob Dylan que d’un Kenny Rogers ou d’une Dolly Parton.

Issu d’une famille fort modeste de métayers de confession baptiste, Johnny Cash grandit sur les bords du Mississippi, dans la Dyess Colony, où ses parents ont obtenu du gouvernement fédéral un lopin de terre dans le cadre d’un plan de réhabilitation de terrains. En 1937, l’endroit sera complètement inondé par une terrible crue du fleuve et les colons seront évacués. (Vingt ans plus tard, Cash immortalisera l’événement dans la chanson «Five Feet High And Rising».) En juillet 1950, ses études secondaires terminées, Johnny Cash s’engage pour quatre ans dans l’U.S. Air Force et se retrouve en Allemagne. C’est là qu’il apprend à jouer de la guitare et qu’il compose ses premières chansons. En 1954, il quitte l’armée, épouse Vivian Liberto, et s’installe à Memphis où il décroche un poste de vendeur d’équipements électriques. Il y fait la connaissance du guitariste Luther Perkins et du bassiste Marshall Grant, avec lesquels il se produit à la radio KWEM. Après une audition, Sam Phillips recrute le trio pour les disques Sun en 1955. «Hey Porter - Cry, Cry, Cry », qui sort sous le nom de Johnny Cash and The Tennessee Two, se vend à plus de 100,000 exemplaires et grimpe jusqu’à la quatorzième place des classements country. Après un deuxième succès avec «Folsom Prison Blues», Cash décroche en décembre 1955 un engagement au «Louisiana Hayride», le fameux spectacle radiodiffusé de la station KWKH de Shreveport (Louisiane). Moins d’un an plus tard, après «I Walk The Line» (1 million d’exemplaires vendus, n°17) et «There You Go» qui reste n°1 country pendant cinq semaines, Johnny Cash se retrouve au «Grand Ole Opry». Chez Sun, il travaille désormais avec le producteur Jack Clement, accumulant les succès : «Ballad Of A Teenage Queen», «Guess Things Happen That Way», «Ways Of A Woman In Love». Auteur-compositeur accompli, il écrit «You’re My Baby» pour Roy Orbison et le classique «Rock’n’Roll Ruby» pour Warren Smith. En novembre 1957, les disques Sun publient le premier album de leur histoire, Johnny Cash With His Hot And Blue Guitar. Mais Sam Phillips ne croit pas au marché des 33 tours et refuse de sortir un hommage à Hank Williams que Cash a enregistré. Le moment venu de renégocier son contrat, Johnny Cash signe avec Columbia et part s’installer à Ventura (Californie).

En 1959, Johnny Cash tourne son premier film, Five Minutes To Live (rebaptisé par la suite Door-to-Door Maniac), dans lequel il interprète un tueur psychopathe. Il joue au Canada et en Australie. En 1960, les Tennessee Two deviennent Three avec l’arrivée du batteur W.S. Holland. Cash donne alors quelque trois cents concerts par an et consomme beaucoup de petites pilules énergétiques. En 1962, il est en Corée. En 1964, il chante au Newport Folk Festival avec Bob Dylan, dont il est l’ami. En 1965, il est arrêté par la Brigade des stupéfiants à la frontière mexicaine, à El Paso (Californie), alors qu’il transportait toute une cargaison d’amphétamines dans l’étui de sa guitare. Il s’en tire avec une peine de trente jours de prison avec sursis et 1,000 dollars d’amende. En 1966, Carl Perkins rejoint le Johnny Cash Show qui, avec June Carter et divers membres de la Carter Family, présente sur scène un large éventail de la musique populaire américaine. Divorcé de sa femme en 1966, il épousera June Carter deux ans plus tard. Tombé à soixante-dix kilos (le gaillard mesure près de deux mètres), il entreprendra avec son aide une sérieuse cure de désintoxication. Après une longue période d’errance, où il passera par New York, il se fixe à Nashville. Sa nouvelle femme fera de lui un chrétien fondamentaliste, soucieux de propager un message de salut par la foi.

Tout au long de ces années, les chansons de Johnny Cash ont connu une popularité constante : «All Over Again» (1958), «Don’t Take Your Guns To Town» et «I Got Stripes» (1959), le classique «Ring Of Fire» (1963), «Understand Your Man», le «It Ain’t Me, Babe» de Dylan (1964), «Orange Blossom Special» (1965), «Jackson» en duo avec June Carter (1967), «Folsom Prison Blues» et «Daddy Sang Bass» (1968). Au cours des années 60, il enregistre une série d’albums ambitieux qui tranchent avec la production country habituelle : Ride This Train (1960) fait la chronique de la traversée en train de l’Amérique par un hobo (vagabond), Blood, Sweat And Tears (1963) est un hommage à la classe ouvrière américaine, Bitter Tears (1964) traite de la condition des Indiens d’Amérique (on y trouve «The Ballad Of Ira Hayes», l’indien qui le premier hissa le drapeau américain lors de la bataille d’Iwo Jima et mourut misérable et alcoolique), Ballad Of The True West (1965) est un double album en hommage au folklore de l’Ouest, Orange Blossom Special (1965) comprend trois chansons de Bob Dylan, et le fameux At Folsom Prison (1968) est enregistré devant quelques centaines de détenus. Cash participe à l’enregistrement de Nashville Skyline (1969) de Bob Dylan, pour lequel il écrit les notes de pochettes, chantant en duo avec lui «Girl From The North Country». Il donne au pénitencier de San Quentin, en Californie, un concert filmé par la télévision, suscitant l’album Johnny Cash At San Quentin, dans lequel figure un de ses plus gros succès internationaux, «A Boy Named Sue» (1969), écrit par l’auteur satirique Shel Silverstein. L’establishment de Nashville qui, jusque-là considérait Johnny Cash avec méfiance, lui décerne six récompenses de la Country Music Association : meilleur chanteur, artiste de l’année, meilleur simple, meilleur album, meilleur groupe vocal (avec June Carter) et, pour faire bonne mesure, une récompense pour services rendus à la cause de la musique country ! Dans la foulée, il décroche son propre show télévisé qui restera à l’antenne pendant près de trois ans.

Dans les années 70, il ne cessera de soutenir les auteurs-compositeurs anticonformistes de Nashville, dont il est le modèle. En 1970, il tourne aux côtés de Kirk Douglas dans The Gunfight, un western financé par la tribu apache des Jicarillas. Il prend sous son aile un jeune auteur-compositeur nommé Kris Kristofferson, dont il enregistre «Sunday Morning Coming Down», rédigeant les notes de pochettes de son premier album. Soucieux de propager le message chrétien, il enregistre en 1971 The Man in Black sur lequel il interprète un duo avec l’évangéliste Billy Graham. Puis il se rend en Israël avec June Carter pour tourner sous la direction de Robert Elfstrom The Gospel Road, un film sur la vie du Christ qui donnera lieu à un double album (1973) auquel participeront Kris Kristofferson, Larry Gatlin et les Statler Brothers. A partir de la seconde moitié des armées 70, il publiera en moyenne deux albums par an. Toujours prêt à soutenir les jeunes auteurs-compositeurs, il enregistre des chansons de Guy Clark, Billy Joe Shaver, John Prine et même Bruce Springsteen. Ses gendres sont également mis à contribution : Rodney Crowell, le mari de Rosanne Cash, participe à l’album Silver (1979) où il joue de la guitare et signe «Bull Rider» ; l’Anglais Nick Lowe, alors marié à Carlene Carter, est sur Rockabilly Blues (1980) en compagnie de Dave Edmunds, Martin Belmont et Pete Thomas pour une reprise de son «Without Love». En 1981, Cash tient le rôle principal dans un téléfilm adapté de la chanson «The Baron» extraite de l’album du même nom. Il enregistre l’année suivante The Survivors avec Jerry Lee Lewis et Carl Perkins. En 1986, il tourne sous la direction de Ted Post dans un remake peu crédible de La Chevauchée Fantastique en compagnie de Willie Nelson, Kris Kristofferson et Waylon Jennings, avec lesquels il enregistre Highwayman (1985) — un Highwayman 2 verra le jour en 1990, suivi de The Road Goes On Forever en 1995. Ses albums, pourtant, se vendent mal. Après Heroes (1986), en duo avec Waylon Jennings, Columbia ne renouvelle pas son contrat et Cash signe avec Mercury.

Dans Water From The Wells Of Home (1988), il est entouré d’une pléiade de stars parmi lesquelles Emmylou Harris, les Everly Brothers, Roy Acuff, Waylon Jennings, Paul McCartney et Hank Williams Jr. La même année sort Til Things Are Brighter, album-hommage où de jeunes artistes comme Michelle Shocked, Brendan Croker, Sally Timms ou les Mekons reprennent ses chansons. Pourtant, au début des années 90, Johnny Cash se retrouve à nouveau sans maison de disques. En 1993, U2 fait appel à lui pour chanter «The Wanderer» sur Zooropa. Il faudra attendre 1994 et l’énergie d’un Kick Rubin pour qu’il enregistre un nouvel album, American Recordings, accompagné, pour la première fois de sa carrière, de sa seule guitare sèche. Rubin utilisa en dernière instance les maquettes qu’il préféra aux prises en studio. Ce disque est remarquable et il décroche en 1995 le Grammy décerné au meilleur album de folk contemporain. «Delia’s Gone» est très diffusé. Cash y reprend aussi le «Bird On A Wire» de Leonard Cohen, «The Beast In Me» de Nick Lowe et aussi une chanson de Glenn Danzig, «Thirteen». Fin 1996, il récidive avec Unchained, toujours sous la direction de Rick Rubin qui, cette fois, fait appel à Tom Petty et à ses Heartbreakers pour l’accompagner. Le résultat est saisissant : Cash se montre autant à l’aise sur des reprises de Beck ou Soundgarden que sur des standards des Louvin Brothers ou de Jimmie Rodgers. Atteint de la maladie de Parkinson, il a dû considérablement ralentir son activité à partir de 1997. La chaîne musicale câblée VH-1 a publié en 1998 un album de chansons sans amplification, partagé avec Willie Nelson. Columbia a publié le remarquable coffret The Essential Johnny Cash en 1992.

Jean-Louis Lamaison dans Le Dictionnaire du Rock
(Collection Bouquins, Editions Robert Laffont © , 2000
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12-09-2003 > DISPARITION DE JOHNNY CASH
Le chanteur américain Johnny Cash, légende de la musique country avec des titres tels que "I Walk the Line" et "Folsom Prison Blues", est décédé vendredi 12/09 à l'âge de 71 ans à l'hôpital de Nashville, dans le Tennessee.

Johnny Cash est mort à 02h00 du matin (07h00 GMT) "du fait de complications diabétiques qui ont entraîné une défaillance respiratoire", selon la chaîne de télévision CNN citant une porte-parole de l'hôpital, Nicole Base.
Enfant de la Grande Dépression, Johnny Cash était la voix des éprouvés de l'Amérique dont il chantait depuis plus de 50 ans les peines et les espoirs.
Dans la même veine qu'un Bob Dylan ou un Leonard Cohen, Johnny Cash, surnommé "Man in Black" (l'homme en noir), avait la voix cassée de trop d'alcool et d'excès mais savait comme personne évoquer la vie des mineurs de Pennsylvanie, des ouvriers du Michigan, ou des prisonniers de St Quentin.
Au cours de 50 ans d'une impressionnante carrière, Johnny Cash a enregistré plus de 400 albums et quelque 1.500 chansons bercées par sa voix grave et profonde. Devenu une icône aux Etats-Unis, une plaque portant son nom figurait dans le Country Music Hall of Fame depuis 1980.
Avant son hospitalisation dans un hôpital de Nashville (Tennessee, sud) pour une pancréatite, il était en train de travailler sur un nouvel album avec des chanson écrites par sa femme, June Carter Cash, également chanteuse de country, décédée en mai à l'âge de 73 ans, selon son manager Lou Robin.
Johnny Cash cultivait un réel amour des racines et de la musique américaine. De ballades en évocations romancées ou viriles, il se plaisait à conter les maux et les espoirs de tout un pays avec un recul adéquat et ce qu'il faut de dérision. Son inspiration était la vie elle-même.
La santé chancelante mais toujours sur la brèche, il venait d'être nominé à 6 reprises pour son clip "Hurt" lors des récentes MTV Video Awards et avait remporté une récompense, la dernière d'une longue série.
Né en février 1932 dans une famille pauvre de l'Arkansas (sud), une région particulièrement éprouvée par la Grande Dépression, il avait travaillé dans des champs de coton puis en usine avant de s'engager dans l'Armée.
C'est en 1955, qu'il signe son premier contrat musical avec la société Sun Label qui compte dans son catalogue Elvis Presley, Carl Perkins et Jerry Lee Lewis. Son premier succès s'intitule "Doggone Lonesome". Ses textes coulent de source et servent à la perfection une musique définitivement inspirée. Le ton est désinvolte, le regard détaché. Ses textes marient poésie, ironie et satire.
Suivront d'autres grands titres comme "Folsom Prison Blues", "I Walk the Line" et "Ring of Fire".
Au début des années 60 pourtant, tout manque de se terminer. Alcool et drogue sont sur le point de l'engloutir. Il connaît lui-même la prison.
En 1965, à 33 ans, il en paraît quinze de plus. Son visage est ravagé mais sa voix n'aura peut-être jamais été plus belle.
Son mariage, le second, avec June Carter le ramène à la vie. Son inspiration devient plus religieuse sans tomber dans la bondieuserie. Ce raconteur d'histoires se veut toujours défenseur de la veuve et de l'orphelin.
Ses ennuis de santé - il était atteint, entre autres, de la maladie de Parkinson - ne l'empêchait pas de courir les routes. De salles de concerts étroites en bars enfumés, il assurait quelque 200 représentations par an.
Son dernier album, "The Man Comes Around" avec notamment des reprises de Depeche Mode, John Lennon et Paul McCartney et un duo avec Fiona Apple était emprunt de mélancolie. La voix était fatiguée mais toujours juste et n'avait rien perdu de sa beauté. Le dernier titre sonnait comme une promesse : "We'll Meet Again" (nous nous retrouverons).

Dépêche AFP.

LA DISCOGRAPHIE
Swing low, sweet chariot... Petit retour sur Johnny CASH, plus précisément sur sa discographie historique (toutes les rééditions des années 50/60). Il a été beaucoup question dans les notices nécrologiques de la personnalité du bonhomme, de son parcours atypique dans l'industrie nashvillienne, etc... ; mais c'est vraiment sa musique qui importe, c'est tout ce qui nous reste maintenant, et là on peut juger sur pièces, sans la tentation de céder à l'hagiographie ou de se livrer à des considérations lyriques sur le mythe ou la mystique de 'l'homme en noir'.
Foin des flonflons et de l'esbrouffe, restons près de l'os — comme l'est toujours resté l'homme et sa musique... D'abord, quels que soient les disques (bons ou moins bons), la force et l'attrait de CASH réside principalement pour moi dans sa voix et sa diction — parfaite, sans pathos et sans cabotinage intempestif. Une véritable voix américaine, rivalisant aisément avec SINATRA au niveau de l'articulation, si ce n'est au niveau du phrasé, plus rustique et monotone. D'où peut-être le malaise à l'écoute des derniers albums, où la voix n'est plus ce qu'elle était : le roc imperturbable s'est effrité, la maîtrise absolue — même lors de ses périodes d'addiction — n'est plus que lutte de chaque instant pour ne pas sombrer. L'autre attrait de la musique de CASH, c'est le mélange unique des grandes traditions populaires des Etats-Unis qu'elle propose : country, folk, gospel, pop/variétés..., qui fait peut-être de lui l'artiste américain le plus représentatif. Le meilleur de ce grand brassage (et donc de la discographie du bonhomme, si l'on met à part les "American Recordings" qui sont plus dans la veine indie-folk crépusculaire) reste les deux albums live à San Quentin et Folsom Prison, qui sont en fait des best-of (avec 2/3 titres spécialement écrits ou chantés pour l'occasion) et qui résument dans ses grandes lignes, et avec l'énergie de la scène en plus, les 15 premières années de la carrière de CASH. À partir de là, on peut remonter dans sa discographie jusqu'aux débuts pour Sun Records, à la production très minimaliste (même pour un habitué des enregistrements dépouillés typiques du rockabilly, ça surprend pas mal).
"The very best of the Sun years" (Metro) est une bonne compilation de cette période-là : 30 titres sur la cinquantaine enregistrée au total pour le label, dont quelques uns de ses grands standards qui figureront dans une version ô combien plus sauvage sur les lives carcéraux de 1968 et 69 (la comparaison est vraiment, VRAIMENT cruelle pour les originaux...).
La suite de la disco (les rééditions parues ces dernières années) offre du bon et du moins bon, c'est selon. Pour moi, il y a 2 albums qui se détachent :
1) "Songs Of Our Soil" (1959), une collection de chansons traditionnelles, dans un style encore très spartiate mais qui met bien en relief des mélodies relativement accrocheuses (seul inconvénient, disque très court : moins de 30 mn, même avec les bonus tracks !) ;
2) "Johnny Cash sings the ballads of the True West" (1965), un double-album concept sur l'Ouest sauvage et ses mythes, aux arrangements opératiques très soignés (ça fait penser un peu à l'ambiance des westerns du temps de 'la séance du jeudi' présentée par Eddy MITCHELL...). Les chansons sont vraiment bonnes (quelques perles absolues, avec cordes, piano, choeurs célestes... tout le toutim, mais toujours dans un style sobre et retenu) et on sent (ça s'entend) que CASH est à fond dans ce qu'il chante et raconte, ce qui n'était pas toujours le cas à l'époque, où il était le plus souvent "raide".
Ensuite, si vraiment on y tient, "Hymns by Johnny Cash" (1959), un recueil d'hymnes et de gospels dépouillés, et "Carryin' On with Johnny Cash & June Carter" (1967), un album de duos avec sa future femme, dans une orchestration country un peu plus enlevée mais toujours minimale. Pour le reste, je ne peux vraiment rien recommander : "The fabulous Johnny Cash" (1958), son premier album pour Columbia, me paraît un peu trop monotone ; "Ride this train" (1960), un concept-album sur les trains, n'a pas grand chose pour attirer l'oreille (des introductions parlées trop longues, et pas vraiment de mélodies) ; "Orange Blossom Special" (1965), une collection très disparate (3 reprises de DYLAN, pas toutes réussies, un gospel, 'Danny Boy'...) et CASH semble être absent quand il chante... Il y a aussi d'autres albums du début des années 60 (bien meilleurs ceux-là, d'après ce que j'ai pu en lire) qui mériteraient d'être réédités, en particulier "Ring Of Fire", un best-of de titres sortis en singles ; "Blood, sweat & tears", concept-album sur la classe ouvrière, et "Bitter Tears", concept-album sur les Indiens d'Amérique, avec la célèbre 'Ballad of Ira Hayes'. Mais bientôt devrait sortir le coffret compilant les chutes de studio des séances pour American Recordings... Affaire à suivre, donc.

L'Arrangeur Masqué a posté ce message le 10/10/2003
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THE CHAMELEONS  posté le mardi 15 août 2006 07:05

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THE CHAMELEONS


  Groupe de rock britannique, 1981-1987 :
Mark Burgess (chanteur et bassiste); Dave [David] Fielding (guitariste); Reg [Reginald] Smithies (guitariste); John Lever (batteur).

Cet excellent groupe formé en 1981 à Middleton, près de Manchester, a été beaucoup plus apprécié en Europe et aux États-Unis que sur sa terre natale. Le son des Chameleons se caractérisait par un mur de guitares menaçantes et la voix grave, quasi suffocante, de Mark Burgess. Leur rock crépusculaire était porteur d’un grand lyrisme, comme en témoignent des chansons simples et d’une grande efficacité, comme « In Shreds » et « Don’t Fall ».

Les Chameleons sont remarqués dès leurs premiers concerts, en 1981. Après un premier E.-P., Nostalgia (1981), produit par Steve Lillywhite, Epic, une filiale de CBS, leur fait aussitôt signer un contrat. Le groupe enregistre son premier 45 tours, « In Shreds » en 1982. Faute d’obtenir un succès immédiat à une grande échelle, il est lâché par la multinationale et doit se rabattre sur le label indépendant Statik. Leur premier album est exceptionnel : Script Of The Bridge (1983), avec les deux simples, « As High As You Can Go » et « Nostalgia » (réenregistré ?), et l’excellent « Don’t Fall », reflètent bien leur intense énergie sur scène. Ce disque est un classique de l’époque, très sous-estimé par la critique. Les Chameleons font alors de nombreuses tournées européennes qui leur apportent, par le bouche à oreille, un public fervent. Leur deuxième album, What Does Anything Mean Basically ? (1985), très bien produit, est encore mieux accueilli que le précédent. Cet album à la tonalité sombre, avec un son d’orgue d’église et des couches superposées de guitares, bouillonne d’une sorte d’énergie implosive dont vont se souvenir les groupes de la future vague noisy pop anglaise, de Lush à My Bloody Valentine. En 1986, les Chameleons, au seuil de la gloire, signent un contrat avec les disques Geffen. Le résultat est l’album Strange Times (1986), un disque aventureux dont le son, moins dense et moins focalisé, déconcerta les amateurs des débuts sans convaincre un nouveau public. La malchance s’abat alors sur le groupe : le manager Tony Fletcher meurt brusquement. A la mi-1987, les Chameleons se trouvent dans l’impasse et se séparent. Burgess forme avec le batteur John Lever un nouveau groupe, The Sun And The Moon, qui ne dure que le temps d’un album. Fielding et Smithies enregistrent de leur côté quelques simples intéressants sous le nom des Reegs. En 1990, Burgess fonde le label Glass Pyramid où il publie des enregistrements inédits des Chameleons. Parmi ceux-ci, le plus intéressant est l’E.-P. Tony Fletcher Walked On Water, où l’on peut entendre les derniers — et excellents — morceaux enregistrés par le groupe. Burgess est réapparu en 1993, enregistrant l’album solo Zima Junction (1993) accompagné par les Sons Of God. La compilation Return Of The Roughnecks a été publiée en 1997.

Michka Assayas dans Le Dictionnaire du Rock
(Collection Bouquins, Editions Robert Laffont © , 2000
)
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